Regain de Jean Giono : survivances d’un savoir panique du vivant

Le savoir scientifique concernant le vivant est somme toute un savoir récent. D’autres ont précédé, dont les mythes : celui de Pan a longtemps permis de donner forme et sens à la sauvagerie du monde. Et des écrivains semblent en avoir entendu les profonds échos au début du vingtième siècle. L’œuvre de Jean Giono, par exemple, vibre d’une conscience exacerbée de la vie – puissante, violente, presque incontrôlable – que « La trilogie de Pan » manifeste explicitement. La nature y est au premier plan : dans un environnement farouche, des forces élémentaires réveillent la part animale des personnages, leur part à la fois sombre et lumineuse, la plus vive. C’est au dernier opus de la trilogie, Regain, que nous nous intéressons en détail parce qu’il atteint un certain équilibre entre la terreur infligée par le dieu incarnant une monstrueuse nature et la lente compréhension du grand « mélange » brassant toutes les créatures vivantes en un immense corps cosmique. Examiner les manifestations de Pan dans ce roman conduit à se demander quel savoir du vivant – irréductible et pourtant progressivement domestiqué – il produit. Mais si Regain est un roman panique c’est aussi en ce que – par sa langue poïétique – il participe de l’énergie créatrice du vivant tout en se reconnaissant d’une autre nature.