Le « docteur des fous » dans le roman populaire français et anglais de 1840 à 1880

En 2011, dans L’Évolution des idées en géologie. Des cosmogonies à la physique du globe, le philosophe et historien des sciences Bernard Balan situe la « fondation » de la science géologique à la fin des années 1960, c’est-à-dire au moment où il est définitivement établi, grâce aux travaux de géophysiciens anglais et américains, que la surface de la Terre est mobile aussi bien dans un sens horizontal que dans un sens vertical . Devant l’émergence tardive, en matière de physique du globe, d’un discours scientifique, Balan s’interroge sur les raisons pour lesquelles le développement des études « géologiques » depuis la fin du XVIIIe siècle, et certains résultats obtenus par l’étude des strates déjà anciennes, n’ont pu aboutir plus tôt à l’explication tectonique. Ce « retard » de la géologie par rapport à d’autres branches de l’histoire naturelle a, selon lui, deux causes possibles : il fallait pour que la « géologie » progresse et naisse enfin qu’aient été acquis les résultats de la thermodynamique ; il fallait aussi que la géologie s’arrache aux mythes des origines et, plus particulièrement aux récits bibliques de la Genèse et du Déluge, qu’elle a d’abord et surtout chercher à laïciser. Ce second argument n’est guère nouveau ; il est récurrent sous la plume de ceux qui, depuis les années 1740 avec Buffon jusqu’aux années 1830 au moins avec Charles Lyell, entreprennent non seulement de retracer l’histoire de la Terre mais aussi de fonder la géologie en tant que science expérimentale. En 1812, Georges Cuvier s’étonne, au moment d’exposer une méthode d’analyse des fossiles essentielle aux progrès de la géologie, qu’aucun des anciens n’ait attribué les bouleversements de la surface du globe à des causes lentes ou n’aient cherché dans l’état actuel des causes agissantes. Il en dénonce très vite la raison en ces termes : « Pendant longtemps on n’admit que deux événements, que deux époques de mutations sur la surface du globe : la création et le déluge, et tous les efforts des géologistes tendirent à expliquer l’état actuel en imaginant un certain état primitif modifié ensuite par le déluge, dont chacun imaginait aussi à sa manière les causes, l’action et les effets » .

La poésie scientifique du XIXe siècle : oppositions et réconciliations avec la religion

Au XIXe siècle, la science alimente de nombreux débats et, de manière corrélative, la poésie scientifique est loin d’être neutre. En particulier, la question de la religion et de Dieu revient sous presque toutes les plumes. Traditionnellement, religion et science font mauvais ménage dans les esprits. C’est au point que Jacqueline Lalouette, qui a étudié l’anticléricalisme au XIXe siècle, parle de « sciences de combat » : science des religions, sciences de la terre et sciences de la vie sont avancées pour démontrer l’inexistence de Dieu. L’examen du corpus Euterpe (1792-1939) révèle plusieurs positions relativement à la question religieuse ; comme on s’en doute, bon nombre d’auteurs opposent science et religion. Il est intéressant de confronter leurs arguments à ceux des poètes qui essaient au contraire de les réconcilier.

À la conquête de la terre. Nature et humanité dans la poésie postromantique.

Tirant son inspiration des sciences appliquées et des inventions utiles à l’homme, la poésie industrielle apparaît dans les années 1830[1]. Elle dénonce ou, plus volontiers, loue les avancées industrielles ou techniques. Au travers d’une voix prophétique, elle présente une vision de l’avenir, parfois sombre[2] mais le plus souvent riante. Cela signifie non seulement la naissance d’un nouveau thème poétique mais aussi qu’en très peu de temps, les rapports entre l’humanité et la nature tels qu’ils apparaissaient dans la poésie se transforment radicalement.