Théâtre et neurosciences : fiction versus naturalisation

Abstract : On s’accorde à reconnaître au théâtre l’élément caractéristique de l’« empathie » du spectateur et / ou du public, aussi bien que la collaboration entre l’âme et le corps. Le recours aux compétences scientifiques afin de les comprendre a toujours marqué le travail des acteurs et des pédagogues théâtraux qui sont aujourd’hui à l’écoute des découvertes neuroscientifiques. Pour les chercheurs se consacrant au théâtre comme pour ceux des neurosciences, l’intérêt réciproque semble toutefois se résumer à un simple programme d’application ayant pour sujet les compétences de l’acteur et les réactions du spectateur. Après avoir rappelé les deux découvertes les plus significatives pour la performance théâtrale — celle d’A. Damasio concernant le marqueur somatique et celle de chercheurs italiens conduite par G. Rizzolatti concernant les neurones miroir —, je présenterai les raisons pour lesquelles ce faisant, on travaille subrepticement dans le sens de la naturalisation du théâtre – qui est ainsi pensé de fait comme une catégorie naturelle. Mon but est au contraire de saisir la qualité idéale du théâtre en tant que phénomène esthétique, c’est-à-dire la permanence tout au long des différentes représentations d’une structure typologique que l’on comprend à travers la perception et qui qualifie la forme essentielle du théâtre sans la traduire en concept pur. Un cas d’étude aidera la démarche avec la contribution de l’anthropologie esthétique de H. Plessner, et nous amènera à reconnaître le rôle de la fiction, à savoir de l’expression artistique de la duplicité existentielle propre à l’homme en tant que tel, à laquelle font finalement référence les deux découvertes mentionnées.