HISTOIRES DU VIVANT ; SAVOIRS DU CORPS : SIRI HUDSVEDT, THE SHAKING WOMAN, PAUL AUSTER, CHRONIQUE D’HIVER ET PENNAC, JOURNAL D’UN CORPS

La biographie et l'autobiographie depuis une quinzaine d'années se focalisent essentiellement sur le corps et la dimension vivante du sujet. Pensé comme l'agent essentiel et l'élément déterminant de la vie d'un individu, il donne tantôt lieu à des « autopathographies » dans le cas de récits de maladies, tantôt à une observation minutieuse des sensations et des impressions corporelles comme rythme propre de l'expérience. Le récit du corps – supposé muet – occupe donc le devant de la scène dans La Femme qui tremble de Husvedt, Journal d'un corps de Pennac et la Chronique d’Hiver d'Auster ; ces textes réhabilitent le récit dans la compréhension du corps vivant, et comme manière de capter ce qu'a de spécifique le vivant, mouvant et dynamique. Entrelaçant vécu émotionnel et dimension savante, ces récits troublent la hiérarchie des discours. Cependant, ce corps, loin d'être familier, est constamment mis à distance. À la fois intime et étranger, il questionne l'identité, la mémoire, notre rapport politique même avec nos caractéristiques biologiques et ethniques. Ce paradigme nouveau du récit de vie, qui n'est pas seulement un « thème » littéraire, contribue enfin à une approche critique du discours biomédical. En niant, dans la tradition de Canguilhem, la pertinence du recours à la norme, le corps se définit comme forme de vie, savoir de la singularité et de la particularité, et non plus science du général. Mots-clés : autobiographie, récit du corps, discours biomédical, savoir du corps

Savoirs, littérature et théories de l’analogie (dans la Petite Cosmogonie portative de Queneau et Palomar de Calvino)

"The study of grammar, in my opinion, is capable of throwing far more light on philosophical questions than is commonly supposed by philosophers. Although a grammatical distinction cannot be uncritically assumed to correspond to a genuine philosophical difference, yet the one is primâ facie evidence of the other, and may often be most usefully employed as a source of discovery.” Bertrand Russell The Principles of Mathematics, Cambridge, 1903, p. 42.

Introduction. Economie et littérature : contacts, conflits, perspectives

Ce champ critique ouvert par Jean-Joseph Goux dans les années 80 et illustré aujourd’hui en France principalement par les travaux d’Yves Citton et de Martial Poirson a connu un important essor aux Etats Unis depuis une vingtaine d’années. Le New Economic Criticism s’est en effet considérablement développé, surtout depuis les années 2000, après les premiers travaux de Marc Shell (avec entre autres, Money, Language and though, 1982, Art and money, Chicago UP, 1994) ceux de Warren J.

Les Faux-monnayeurs au prisme de l’économie monétaire : une relecture -de Gide sur les traces de Jean-Joseph Goux

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Résumé : On peut faire des Faux monnayeurs une lecture économique. Inspiré par les travaux de son oncle Charles Gide, Gide romancier pense les questions de la parenté, de l’échange, de la parole et de la valeur littéraire au prisme de l’économie monétaire de la fin du XIXe siècle. Ces traits analysées par Jean-Joseph Goux témoignent cependant d’un mouvement ambigu ; refus de la possession, mais spéculation sur l’art, éloge de la pauvreté, refus de l’ascétisme protestant mais ascèse esthétique ; au jeu du « qui perd gagne », le personnage gidien entretient à l’œuvre un rapport qui ne se résout jamais dans un résultat, un produit consommable, mais dans l’improductivité d’un travail littéraire qui se substitue à l’œuvre « finie ».