La naturalisation de l’économie dans le roman du XIXe siècle

Résumé : Si l’histoire de la pensée économique et l’épistémologie de l’économie ont réfléchi, avec un intérêt renouvelé ces cinq dernières années, à la notion de loi naturelle de l’économie, c’est-à-dire à la prégnance de l’idée de nature et du modèle des sciences physiques sur la science économique à partir des physiocrates, il resterait à savoir en quoi les romanciers du XIXe siècle ont été exposés à ce naturalisme économique. Celui-ci paraît en effet en prise avec le roman réaliste du siècle : il fonde une anthropologie et formule des lois qui peuvent contribuer à configurer la fiction. Tentant de dépasser la simple étude des sources ou l’inventaire des lectures économiques des romanciers, le présent article se propose d’analyser un roman d’Yves Guyot, proche de Zola, économiste acquis aux formulations de Jean-Baptiste Say sur l’ordre naturel de l’économie, pour voir en quoi ce roman d’amateur pourrait participer d’une poétique libérale marquée par le naturalisme économique. C’est peine perdue, et on mesure ici la distance entre théorie économique et écriture de roman, mais ce mauvais exemple permet d’introduire à ce que serait l’expression romanesque des lois naturelles de l’économie.