Des esprits animaux atomiques ? Une interprétation pour l’origine de l’âme matérielle du XVIIIe siècle. De Telesio à Sade

Résumé : De Démocrite à Sade, on observe le développement d’une longue tradition philosophique et littéraire qui a supposé l’âme comme étant matérielle, capable de se dissoudre au moment de la mort, puis de s’intégrer à la nature. La substance de l’âme était tantôt corpusculaire, comme le soutenaient les Atomistes, tantôt continue, ainsi que le défendaient les Stoïciens. Mais il semble qu’à partir du XVIème siècle, il y ait eu une confusion entre les deux approches, de sorte que la substance de l’âme matérielle devient au fur et à mesure un fluide paradoxalement corpusculaire. Chez Sade par exemple, les esprits animaux sont assimilés à un fluide nerveux électrique qui se compose d’atomes. Et pourtant, un siècle plus tôt, un esprit animal atomique se trouvait déjà chez Gassendi, Willis et Newton. Il apparaît que c’est Telesio qui a initié ce mouvement – en mélangeant la notion d’âme telle que défendue par les Stoïciens avec celle de Lucrèce –, dont le modèle a été ensuite emprunté par son disciple, Campanella. Dans cet article, nous proposons d’examiner la tradition de l’âme matérielle envisagée comme un fluide subtil constitué de particules, voire d’esprits animaux atomiques. Nous essayerons de montrer que l’hypothèse est moins paradoxale qu’il n’y paraît au premier abord.

Mots-clés : esprits animaux atomiques, âme matérielle, atomes, pneuma, physique stoïcienne, physique atomiste, XVIème-XVIIIème siècles.