Introducción – Cruzar la frontera: literatura y ciencia

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    El presente número 16 de la revista Épistemocritique surgió con el propósito de dar mayor visibilidad a las diversas líneas de investigación que, a lo largo de estos últimos años, han venido dedicándose en España a «la literatura y los saberes». Expresión de un interés creciente por estas cuestiones, tanto del lado de las ciencias como de las humanidades, Pasos hacia una epistemocrítica hispánica es una obra colectiva realizada en el seno del Proyecto de Investigación ILICIA.

Autores // Auteurs

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Francisco González Fernández (Paris, 1964) est professeur titulaire de l’Université d’Oviedo, spécialiste de la littérature française moderne et contemporaine, en particulier les œuvres de Flaubert, Lautréamont, Artaud, Bonnefoy, Proust et Beckett. En 1999 il a publié l’essai intitulé La scène originaire de Madame Bovary et, en 2006, l’étude Literatura francesa del siglo XX.

Introduction – Franchir la frontière : littérature et science

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Ce 16e numéro de la revue Épistémocritique est né dans le dessein de rendre un peu plus visibles les diverses lignes de recherche portant sur «la littérature et les savoirs» que l’on poursuit depuis ces dernières années en Espagne. Expression d’un engouement grandissant pour ces questions, aussi bien du côté des sciences que des humanités, Vers une épistémocritique hispanique est un ouvrage collectif réalisé dans le cadre du Projet de recherche ILICIA.

LES COMPTES DE CHARLES PERRAULT OU PARALLÈLE DES FABLES ANCIENNES ET DES MATHÉMATIQUES MODERNES

L’inscription d’idées et de structures mathématiques dans les œuvres littéraires est une réalité qui parcourt l’histoire de la littérature comme un courant souterrain qui émerge parfois avec force. Le conte est un genre qui – comme l’indique nettement l’étymologie que ce mot partage avec « compte » – manifeste même dans les récits les plus élémentaires un rapport étroit entre la narration et le calcul arithmétique. De même qu’au XIXe siècle Edgar Allan Poe révolutionna le genre en créant le « conte algébrique », un siècle et demi auparavant Charles Perrault avait inventé le « conte arithmétique ». Dans plusieurs de ses Contes du temps passé, cet écrivain avait semé ses narrations de nombres qui composent un système de reprises parfaitement calculé. Plus particulièrement, Le Petit Poucet se révèle au lecteur attentif comme une figuration du calcul, de telle sorte que le héros semble suivre du début à la fin un itinéraire qui reproduit l’histoire des mathématiques, en allant du calcul le plus élémentaire (en comptant sur les dix doigts, en employant des cailloux) pour finir par réaliser des opérations bien plus complexes. En partant d’un incipit où le narrateur met à l’épreuve le savoir mathématique de ses lecteurs et en aboutissant à un excipit qui offre de façon singulière deux possibles dénouements auxquels le lecteur est confronté comme à un problème, Perrault compose un « conte de comptes », un véritable récit allégorique où il intègre le savoir mathématique de son temps (nombres logarithmiques, Grand chiffre, abaque rhabdologique, machine arithmétique de Pascal) dont à la même époque il avait mis en évidence dans ses autres écrits, du Parallèle des Anciens et des Modernes aux Hommes illustres, le rôle essentiel que cette science jouait au siècle de Louis le Grand. Mots-clés : Charles Perrault, conte arithmétique, connaissance mathématique