Louis Bouilhet et Flaubert. L’invention d’une nouvelle poésie scientifique

Ami de Flaubert, Louis Bouilhet partageait quelques-unes de ses idées esthétiques, en particulier sa conception de l’art pour l’art, de l’impersonnalité de l’écrivain. Hostiles à l’implication du Moi, des sentiments et des opinions dans la littérature, les deux écrivains considéraient la science comme un modèle esthétique à opposer au romantisme. « La littérature prendra de plus en plus les allures de la science », disait Flaubert (lettre à L. Colet, 6 avril 1853). Si, en 1854, Louis Bouilhet dédie à son ami le poème Les Fossiles plutôt qu’un autre poème, c’est sans doute parce que les deux écrivains partagent le même attrait pour les sciences naturelles.

Corps mystiques, esprits malades

Résumé : Nerval et Flaubert ont vécu eux-mêmes des hallucinations et ils écrivent à une époque où se diffusent des savoirs médicaux sur le rêve et la folie. Le docteur Jacques Moreau de Tours et Alfred Maury ont particulièrement contribué à faire évoluer les représentations du moi et de la conscience, en ébauchant des thèses pré-freudiennes : transformation des idées en sensations physiques, somatisation, rôle de l’inconscient et du refoulement.

Bouvard et Pécuchet : le monde comme représentation ?

Cet article étudie une manière de philosopher propre à l’écrivain. La littérature est une expérience de pensée et la poétique du roman une philosophie en acte. S’éloignant radicalement du modèle balzacien, Flaubert invente un roman des représentations, une archéologie des savoirs en farce. Il n’y a que des manières de voir, dit-il. La vérité est impossible et le monde semble perdu derrière l’écran des représentations. Attiré par le bouddhisme, lecteur tardif de Schopenhauer, Flaubert perd-il le sens du réel ? La poétique critique de Bouvard et Pécuchet donne vie à une interrogation philosophique.

Zola et la machine vivante. Les apories d’un modèle mixte

              Dans plusieurs romans du cycle des Rougon-Macquart Zola utilise le modèle de la machine à vapeur pour figurer le dynamisme ambigu de l’histoire, de la société et de la vie[1] en tenant à distance les idées de providence divine ou de finalisme historique[2]. Dès les plans préparatoires du cycle il est soucieux d’éviter la tendance philosophique de Balzac[3].

Flaubert et le philosophique : éthique et esthétique

Par le travail de l’intertextualité, perceptible dans les énoncés de sa correspondance, mais aussi par la forme critique – qui est encore une forme de pensée – Flaubert conserve un rapport au philosophique. Il est même au centre de son esthétique et de son éthique parce que la Vérité étant frappée d’immoralité lorsqu’elle a la forme d’un discours, il lui faut régler différemment le rapport de l’œuvre au cognitif. [Une version imprimable de cet article est accessible en pied de page.]