« C’est le cas qui donne le plus de liberté pour imaginer » : vertige de l’invisible, euphorie du possible et tentation de l’ordre dans la recherche microscopique selon Jean Senebier

L’observation au microscope, de par la nature inattendue des objets et phénomènes qu’elle révèle, se profile, dès la seconde moitié du XVIIIe siècle, comme un vecteur de crises pour la philosophie expérimentale. Les animalcules qui apparaissent dans les infusions végétales font éclater des certitudes qu’on croyait établies à propos de la vie, de la mort et de la génération animale, et instaurent la perspective vertigineuse d’une réalité soumise à des lois nouvelles qui, en retour, pourrait être inaccessible même aux meilleurs instruments. Cet article montre comment ce particularisme épistémologique permet, sous la plume de Jean Senebier (1748- 1809) de réhabiliter l’imagination – seul outil d’investigation disponible aux limites de l’observable –, dans un contexte expérimental qui lui est pourtant hostile. Située entre la tentation euphorisante d’explorer la diversité des possibles et celle de les réduire à l’unité de quelques principes universels, l’imagination chez Senebier doit avant tout être soumise à un contrôle dont les modalités se déploient grâce aux dispositifs textuels employés par le savant.