L’impact de la physiologie dans la critique littéraire de la fin du XIXème siècle : l’exemple de Claude Bernard

Aux côtés de Darwin et Pasteur, Claude Bernard figure comme l’un des scientifiques les plus influents de la seconde moitié du XIXème siècle. Loin de se cantonner à la médecine, ses théories, dont la fameuse méthode expérimentale, vont trouver un écho décuplé dans d’autres disciplines – la philosophie avec Bergson, la sociologie avec Durkheim... Mais c’est dans la critique littéraire que cette circulation interdisciplinaire est la plus remarquable ; outre Zola, pour qui la référence bernardienne est prétexte à la caractérisation de l’esthétique naturaliste tout entière, les références explicites au savant se retrouvent chez des auteurs non moins éminents de l’époque, tels Renan et Brunetière. À l’heure où la critique esthétique fait le 15 procès de sa propre subjectivité, la méthode expérimentale semble en effet fournir au discours littéraire les moyens de son objectivation et de sa légitimation. Mais les emprunts à Claude Bernard sont bien plus nombreux et complexes que la simple « imitation » d’une méthode : imprégnation, transpositions, réappropriations... L’impact de Claude Bernard dans la critique littéraire de cette fin de siècle reste donc à déterminer, notamment pour restituer sa place véritable au cœur des débats qui opposaient alors vigoureusement critiques « scientifiques » et « impressionnistes ». Par cette identification des transferts textuels, il s’agit également d’étudier la façon dont la critique littéraire s’élabore sur le modèle d’une dialectique du vivant. Mots-clés : Claude Bernard, Critique, Interdisciplinarité, Physiologie, Méthode.