Questions sur l’encyclopédisme

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L'essor de l’encyclopédisme numérique, dont le succès de Wikipédia est le signe le plus frappant, n’est pas sans bousculer un paradigme classique, qu’on croyait établi depuis Diderot et D’Alembert. Ce phénomène rend d’autant plus actuel le besoin de comprendre les origines de l’encyclopédisme tel que nous le connaissons : tout ce qui ne va plus de soi, depuis une ou deux décennies, n’allait justement pas de soi jusqu’à l’avènement de la modernité.

Accumulation, déclamation, destruction : le contre-encyclopédisme d’Henri-Corneille Agrippa

Le contre-encyclopédisme pourrait être conçu comme une variante négative de l’encyclopédisme, consistant à collecter et ordonner les savoirs en vue de démontrer leur fragilité épistémologique et leur nocivité morale. C’est explicitement le projet de la grande Declamatio de incertitudine et vanitate scientiarum et artium publiée par l’humaniste allemand Agrippa de Nettesheim en 1530. En dépit de ses allures facétieuses et paradoxales, évoquant l’Éloge de la folie d’Érasme, il s’agit d’une somme réellement savante, nourrie par la polymathie extraordinaire de son auteur, qui en fait un reflet satirique de toute la culture humaniste. La complexité de sa conception, la variété de ses sources, sa tonalité souvent polémique constituent autant d’indices d’une portée critique considérable, à la fois dans le champ des savoirs et en matière de religion. L’érudition et l’esprit critique sont les deux faces d’une même pièce. Mots-clefs : Heinrich Cornelius Agrippa von Nettesheim – encyclopédisme – érudition – satire – scepticisme

Introduction

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L’essor de l’encyclopédisme numérique, dont le succès de Wikipedia est le signe le plus frappant, n’est pas sans bousculer un paradigme classique qu’on croyait établi depuis Diderot et d’Alembert, ni sans interroger le statut du savoir dans la société. Le vieillissement rapide des encyclopédies générales de référence, comme l’Encyclopedia universalis française éditée dans les années 1980, le montre de manière patente. Ce phénomène rend d’autant plus actuel le besoin de comprendre les origines de l’encyclopédisme tel que nous le connaissons : tout ce qui ne va plus de soi, depuis quelques décennies, n’allait justement pas de soi jusqu’à l’avènement de la modernité.

Les satires ménippées de la science nouvelle : la littérature comme avenir de la sagesse ?

Le corpus des satires ménippées de la première modernité constitue un observatoire intéressant pour comprendre les relations entre le littéraire et le scientifique au sein des Belles Lettres. Contentons-nous d’adjectifs, puisque les substantifs « littérature » ou « science », s’ils existent, n’ont alors pas le sens qu’ils commencent à acquérir à la fin du XVIIIe siècle. Si l’on emploiera ici, ponctuellement, le substantif de « sciences » pour désigner les savoirs mathématisés ou expérimentaux caractéristiques des « novateurs » dans le domaine de ce qu'on appelle alors la « philosophie naturelle », c’est plutôt par commodité, suivant l’usage de la langue moderne. La ménippée consiste en un art de la satire d'idée pouvant associer un contenu philosophique ou savant tout à fait sérieux à l’ironie la plus subtile, à des mises en scène fictionnelles complexes, ainsi qu’à une sollicitation herméneutique constante du lecteur – autant de critères évidents de littérarité. Les textes dont nous traiterons témoignent de l’existence non pas de passerelles, mais d’un véritable continuum reliant encore les discours scientifiques et la pratique de formes littéraires sophistiquées au sein de la République des Lettres. Et ce parce qu’ils prennent pour matière satirique des controverses et des thèses d'actualité, toujours évoquées précisément, même lorsqu’elles le sont de manière allusive ; parce qu’ils manifestent une réelle ambition critique envers les théories savantes de leur époque, même et justement lorsqu’il s'agit de les tourner en dérision. Téléchargez cet article au format PDF: pdf/Correard.pdf