Lecture incarnée et endophasie : avec quel corps (genré) habite-t-on The Sun Also Rises de Hemingway et The Aspern Papers de Henry James ?

Résumé :
Lorsque nous lisons, notre voix intérieure épouse les formes rythmiques et prosodiques du texte. Ces formes sont porteuses d’états sensori-moteurs, et modulent notre expérience immersive des espaces que le texte évoque, proposant des manières de les habiter marquées par les normes de genre. À partir des propos de Hemingway concernant Henry James, qui mettent en scène une performance camp de la masculinité, et d’extraits de The Sun Also Rises (1926) et de The Aspern Papers (1888), nous explorerons les liens entre parole intérieure, immersion spatiale et corps genré.

Abstract :

While reading a text, our inner voice espouses its rhythms and prosody. These stylistic features carry with them sensorimotor states that modulate our immersive experience of the spaces described by the text, suggesting ways on inhabiting them that are colored by gender norms. Starting from Hemingway’s comments concerning Henry James, with their camp performance of masculinity, and from excerpts from The Sun Also Rises (1926) and The Aspern Papers (1888), we will explore the relationships between inner speech, spatial immersion, and the gendered body.

Mots-clés : Voix intérieure (endophasie), immersion, masculinité, Henry James, Hemingway, critique cognitive

Keywords : Inner speech (endophasia), immersion, masculinity, Henry James, Hemingway, cognitive criticism

Introduction : Inner Voices and Representation of Inner Spaces

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Abstract :
What is this little voice in our head? What is it used for? Why talk to ourselves, silently or out loud? What are the forms and modes of inner language? And what role does it play in our relationship to literature, theater, film? In spite of the abundant studies that have been published these last forty years, mostly in English, most account of inner speech begin with the avowal of a lack of comprehension (see for example, the recent monograph by sociologist Norbert Wiley, 2016). Let us attempt to go beyond such avowal by distinguishing the questions that have polarized research, the disciplinary configurations of this research, and their possible deficiencies (for a fuller state of the art on inner speech, see Bergounioux, 2001, and Smadja, forthcoming). Within the study of inner speech, important zones remain unexplored; one of these is inner space – the mental representation and experience of space – as it has mostly been discussed in an indirect and/or metaphorical manner, when it is discussed at all. This can be surprising, as inner speech appears as a crucial tool for the construction of the imagined spaces that we daily inhabit, when we remember familiar environments, when we project ourselves in the fictional spaces of a novel, when we daydream, or when we plan a trip to an actual place. The current issue of Epistemocritique explores this zone, at the conjunction of inner space and inner speech. To orient ourselves in this exploration, we propose in this introduction a few milestones that have been structuring the field of inner speech studies.

Présentation / Table des matières

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Pourquoi se parler, intérieurement ? De quoi nous parlons-nous ? Comment se structurent nos espaces mentaux ? L’abondance des études sur le langage intérieur ces dernières décennies est spectaculaire. Néanmoins, des lacunes subsistent et des pans entiers restent à explorer, comme la question des espaces intérieurs. La représentation des espaces intérieurs n’a généralement été abordée que sous un angle métaphorique, ou indirect. Les liens entre espaces intérieurs et langage intérieur n’ont guère été explorés au sein d’une discipline et encore moins à l’interface entre plusieurs disciplines. L’objectif de ce numéro d’Épistémocritique est de poser des premiers jalons dans cette direction, à la convergence entre linguistique, neurosciences, études littéraires, théâtrales et cinématographiques.

Introduction : Voix et représentations intérieures de l’espace

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Résumé :
Qu’est-ce que cette petite voix dans notre tête ? À quoi sert-elle ? Pourquoi se parler, en son for intérieur ou à voix haute ? Quelles sont les formes et les modalités de langage intérieur ? Et quel rôle joue-t-il dans notre rapport au texte littéraire, théâtral ou cinématographique ? Malgré d’abondantes publications ces quarante dernières années, principalement en anglais, la plupart des études sur la parole intérieure commencent par un sempiternel constat de méconnaissance. Récemment encore, le sociologue Norbert Wiley (2016) ne déroge pas à cette règle tacite. Il faudrait en réalité distinguer soigneusement les questions qui ont polarisé l’attention, les disciplines qui restent peu impliquées, et les lacunes qui s’en suivent (pour un état de l’art plus complet sur le langage intérieur, voir Bergounioux, 2001, et Smadja, à paraître). Au sein d’un domaine où il subsiste encore des pans entiers à explorer, l’espace intérieur, c’est-à-dire les représentations mentales de l’espace, a un statut particulier, puisqu’il n’est quasiment pas abordé ou seulement de façon indirecte et/ou métaphorique. Pourtant, notre parole intérieure participe de l’élaboration des espaces imaginés que nous habitons au quotidien, qu’il s’agisse de nous remémorer des environnements familiers, de nous projeter dans des espaces fictionnels lors de la lecture d’un roman ou à l’occasion d’une rêverie, ou de planifier un déplacement vers un lieu réel. Le présent numéro d’Épistémocritique – Revue de littérature et savoirs vise à remédier à ce manque, en explorant les liens entre parole et espace intérieurs. Afin de nous mieux orienter dans cette exploration, nous vous proposons maintenant quelques repères qui ont jalonné l’histoire de ce domaine.