La théorie des esprits animaux ou l’alchimie poétique de La Fontaine

Mots clés : fable, morale, philosophie dualiste, animal, mécanique des passions.

Résumé : La Fontaine s’est intéressé explicitement au moins à deux reprises à la théorie des esprits animaux : il l’expose dans son Poème du Quinquina pour louer un remède contre la fièvre et relayer la thèse de Harvey sur la circulation du sang ; il l’évoque également dans le Discours à Madame de La Sablière où il s’appuie sur Gassendi pour critiquer la vision dualiste de Descartes qui considère que les bêtes sont gouvernées par des principes purement mécanistes. Mais cette référence aux esprits animaux déborde à la fois ces deux textes et le seul cadre de la controverse philosophique pour nourrir l’écriture et l’imaginaire poétiques de l’auteur. La Fontaine l’associe en effet à l’idée d’une division et d’une dynamique de la matière également présente dans ses réflexions sur l’atomisme démocritéen. Ces corpuscules subtils et mobiles qui interviennent aussi bien dans les mouvements des organismes que dans la « mémoire corporelle » ou dans l’imagination deviennent ainsi l’occasion de suggérer les correspondances graduées qui relient les espèces, les circulations qui s’opèrent au sein du vivant et des textes. La théorie des esprits animaux contribue dès lors à justifier l’écriture analogique des Fables ou si l’on préfère l’alchimie mentale et poétique dont elles résultent.