Savoir de la science et savoir de la littérature. À propos du Docteur Pascal de Zola et de Giacinta de Capuana

Le point de départ de cet article* est l’identification du roman et du discours scientifique telle qu’on peut la trouver dans les écrits théoriques de Zola. L’analyse du Docteur Pascal montre cependant que dans la pratique esthétique de Zola le rapport entre la science et la littérature est plus complexe que dans ses écrits théoriques. D’une part la science apparaît moins triomphante, dans la mesure où elle doit se contenter d’avancer en tâtonnant et par hypothèses. D’autre part, la science, surtout lorsqu’elle est naissante, doit coopérer avec l’imagination poétique. Le roman Giacinta de Capuana a le même point de départ que les romans de Zola. Il s’agit de donner une réponse à un problème que l’on peut considérer comme un problème scientifique, à savoir la réaction d’un organisme à une lésion, causée par la découverte prématurée de la sexualité. Cette question est traitée de deux points de vue : d’un point de vue socio-psychologique et d’un point de vue scientifique. Il est remarquable que le rôle de l’observateur scientifique soit comparé à celui du chœur dans la tragédie grecque, ce qui renvoie à l’importance accordée à la littérature, malgré le statut de domination qui est officiellement attribué à la science. On voit donc bien que les deux auteurs dans leur pratique esthétique dépassent les principes de leur théorie, peignant l’image d’une relation extrêmement complexe entre la science et la littérature.
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Les effets narratifs de la science dans la littérature : Stifter et Flaubert [1]

On peut constater que la réception de modèles de pensée scientifiques dans les romans ne laisse pas d’avoir une influence sur les procédés narratifs, que ce soit sur le plan du vocabulaire employé ou bien sur le plan du commentaire et de la description. Dans quelques cas-limites, la réception de discours scientifiques est à la base d’une transformation radicale de la forme romanesque. Cet article étudie d’un point de vue comparatiste deux écrivains majeurs du XIXe siècle : Adalbert Stifter et Gustave Flaubert. Les œuvres de ces auteurs se caractérisent par une ouverture vers le domaine des sciences (géologie, biologie, médecine, etc.) et par la présence de structures ‘anti-romanesques’. Il s’agit d’élucider le rapport qui existe entre ces deux phénomènes.

Fiction et savoir. La dimension épistémologique du texte littéraire au XXe siècle (Marcel Proust)

Résumé : Cet article réfléchit sur le rapport problématique entre fiction et savoir, en s'appuyant sur la théorie des systèmes luhmannienne. Selon cette analyse, lorsqu’un texte de fiction contient des éléments épistémiques, ceux-ci sont soumis à un « double codage », épistémique et esthétique, ce qui leur donne une fonction potentiellement auto-réflexive. Cette thèse est illustrée par une analyse d’À la recherche du temps perdu, qui montre l'hésitation du narrateur entre une position mettant sur le même plan l’écrivain et le scientifique et une position affirmant la différence entre les deux.

La disparition de l’homme dans les sciences humaines et dans la littérature de la seconde moitié du XXe siècle

Dans la seconde moitié du XXe siècle et surtout dans les années soixante, une figure de pensée fait une carrière extraordinaire dans le discours des sciences humaines ainsi que de la littérature : la notion de disparition de l’homme (du sujet, de l’auteur)[1]. J’aimerais étudier cette figure de pensée et la logique qui la soutient, en considérant notamment le rapport entre le vivant (l’homme) et la machine (la structure, le système, l’appareil, le médium, l’écriture) impliqué dans cette logique.