Présentation

La littérature s’est-elle jamais distinguée de l’univers des savoirs au point de s’en isoler totalement ? Ne trouve-t-on pas au contraire, dans les œuvres comme dans les réflexions explicites des écrivains sur leur projet, la trace d’une imbrication toujours présente et active, parfois centrale ? En voulant faire de l’entreprise littéraire et de l’entreprise scientifique des champs à l’identité close, notre culture ne s’est-elle pas rendue partiellement aveugle à la réalité d’un fondement cognitif commun ?

La disparition de l’homme dans les sciences humaines et dans la littérature de la seconde moitié du XXe siècle

Dans la seconde moitié du XXe siècle et surtout dans les années soixante, une figure de pensée fait une carrière extraordinaire dans le discours des sciences humaines ainsi que de la littérature : la notion de disparition de l’homme (du sujet, de l’auteur)[1]. J’aimerais étudier cette figure de pensée et la logique qui la soutient, en considérant notamment le rapport entre le vivant (l’homme) et la machine (la structure, le système, l’appareil, le médium, l’écriture) impliqué dans cette logique.

Editorial

Cette cinquième livraison de la revue Epistemocritique pourrait être placée sous l’égide de Goethe, dont la pensée esthétique et épistémologique est mise à l’honneur dans plusieurs études. Outre ses travaux en optique, Goethe a œuvré dans de nombreux domaines scientifiques : botanique, anatomie, physique, géologie, météorologie, etc. Ses théories sur l’émergence des formes naturelles et sur la perception ont intéressé aussi bien les scientifiques que les écrivains, contribuant ainsi à tisser des liens entre dynamique de la forme et discours de la biologie.

Éditorial

Cette seconde livraison d’ Épistémocritique permet d’appréhender l’étendue et la vitalité du domaine de recherche représenté par l’ensemble des interrogations que suscitent les rencontres entre les savoirs et différentes formes d’activité artistique, en commençant par la littérature. Dans «Poe : Expérience de pensée, la pensée comme expérience», Sydney Lévy met en évidence la subtilité de la machinerie intellectuelle que recèle un conte de l’écrivain américain; Hervé-Pierre Lambert, dans «Littérature, arts visuels et neuroesthétique» balise avec rigueur et érudition un champ d’investigation connu jusqu’ici de manière souvent limitée et fragmentaire; Liliane Campos révèle aux lecteurs francophones la profondeur de la référence scientifique chez l’un des plus grands auteurs dramatiques contemporains dans «Le modèle scientifique dans le théâtre de Tom Stoppard»; Paul Braffort, dans la seconde partie de «La Deuxième vie de Michel Petrovitch», poursuit sa mise en lumière d’un personnage exceptionnel de l’histoire de la science moderne.

Introduction. Economie et littérature : contacts, conflits, perspectives

Ce champ critique ouvert par Jean-Joseph Goux dans les années 80 et illustré aujourd’hui en France principalement par les travaux d’Yves Citton et de Martial Poirson a connu un important essor aux Etats Unis depuis une vingtaine d’années. Le New Economic Criticism s’est en effet considérablement développé, surtout depuis les années 2000, après les premiers travaux de Marc Shell (avec entre autres, Money, Language and though, 1982, Art and money, Chicago UP, 1994) ceux de Warren J.

L’intertexte scientifique en poésie

Depuis un certain nombre d’année je puise dans le corpus de poésie québécoise des fragments de discours, des citations scientifiques qui ont donné lieu à un long inventaire, qui pourrait constituer mis bout à bout un seul texte qui remonte aux années 1900 et qui se poursuit encore de nos jours, tout en restant difficilement saisissable parce qu’il est le résultat de centaines d’éclats, aussi bien dire des particules (quand j’y jette un regard optimiste) ou des débris (quand je m’interroge sur la pertinence de ma démarche). Ce long texte bigarré, anecdotique, peut-être même très peu digne de l’intérêt que j’oblige mon lecteur à lui porter en ce moment, entre autres parce qu’il ne donne aucune garantie de réussite esthétique des poèmes retenus, me pose tout de même des questions sur les rapports que peuvent entretenir la poésie et la science.

EDITORIAL. Le vivant et la machine.

"Je me dis souvent que nous avons recodé en métaphores techniques la vie décodée. La représentation des animaux-machines de Descartes réapparaît dans la symbolique cybernétique. Nous n’avons rien trouvé d’autre au fond du vivant qu’un appareil d’information complexe. Notre perception est unilatéralement déterminée par les modèles que nous construisons précisément nous-mêmes avec notre technique et utilisons en priorité. Ainsi se suivent les modèles mécanique, organique et informatique. Chaque fois aussi concluant, aussi irréfutable, jusqu’au prochain modèle, plus intelligent." (Botho Strauss, Personne d’Autre, p. 150)

Editorial. Savoirs et littérature: état des lieux dans le monde germanophone

Ce 15e numéro d’Epistémocritique a pour objectif de présenter la recherche sur « Littérature et savoir(s) » dans les pays germanophones[1]. Le rythme des publications  ainsi que la parution de plusieurs manuels témoignent de la vitalité de ce champ de recherche[2] ; pour autant, celui-ci n’est pas homogène, au contraire : une variété d’approches et de positions différentes s’y sont développées, donnant lieu à des controverses parfois très vives[3].
Epistémocritique

SOMMAIRE. Fictions du savoir, savoirs de la fiction.

Epistémocritique Études et recherches sur les relations entre la littérature et les savoirs. Vol. 10 – Printemps 2012 Fictions du savoir. Savoirs de la fiction. Spécial agrégation de littérature comparée 2012 http://www.epistemocritique.org SOMMAIRE 1. Editorial. Du savoir à la fiction … et retour ! Laurence DAHAN-GAIDA. 2. Les objets du savoir romanesque : musées et cabinets de curiosités dans Die Wahlverwandtschaften de Johann Wolfgang Goethe, Mardi d’Herman Melville et Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert.

Présentation

La plupart des scientifiques s’entendent aujourd’hui pour penser que la biologie sera le paradigme scientifique du 21ème siècle. Dès le début des années 1970, le succès rencontré par certains essais de biologistes, comme ceux de Jacques Monod et de François Jacob, avait inspiré à de nombreux commentateurs l’idée qu’un « événement » intellectuel était en train de se produire : « Nous sentons, écrivait notamment Edgar Morin dans Le Nouvel Observateur, que toutes les grandes interrogations de ce siècle doivent de plus en plus se référer à la révolution biologique qui s’accomplit »[1].

Éditorial

Cette nouvelle livraison d’ Épistémocritique invite à explorer des territoires du savoir dont les relations avec la littérature vont plus loin et plus profond que la simple allusion ou le recyclage plus ou moins habile. Hervé-Pierre Lambert apporte à la lecture de Proust une information rarement prise en compte par les proustiens: pour les neurosciences, la Recherche n’est pas une référence vaguement littéraire destinée à montrer une certaine culture, elle est par bien des côtés un énoncé qui préfigure les théories contemporaines.

Editorial. La géocritique au confluent du savoir et de l’imaginaire

Cette neuvième livraison de la revue Epistémocritique est consacrée à une approche critique aujourd’hui en plein essor, dont l’actualité éditoriale vient d’être relancée par la parution du dernier livre de Bertrand Westphal, Le Monde Plausible. Espace, Lieu, Carte (Paris, Minuit, 2011). La géocritique vient témoigner d’un intérêt renouvelé pour les relations de la littérature à l’espace qui, depuis les années quatre-vingt-dix, s’est manifesté non seulement dans le champ des études littéraires mais aussi dans celui de la géographie qui cherche à réinscrire le sujet dans l’espace, en tenant compte de sa dimension de construction sociale et des représentations culturelles qui le façonnent.

Editorial

et
La présence des théories de l’évolution et, en particulier, des références darwiniennes dans la fiction britannique contemporaine est notable et a fait l’objet de plusieurs études récentes1. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer et, parmi eux, le développement d’un courant qualifié de néo-victorien, qui réunit des œuvres dont l’intrigue se situe en totalité ou pour partie au XIXe siècle. Sally Shuttleworth a pu mettre en relation la floraison de ces romans dans les années 1990 avec la politique menée par le gouvernement de Margaret Thatcher. Selon Shuttleworth, ce choix narratif permettait une double critique, par une discussion des structures de la famille victorienne exaltées par M. Thatcher comme un modèle d’ordre et de stabilité et par la mise en perspective du XIXe siècle anglais à un moment où le gouvernement s’en servait pour justifier une forme de darwinisme social2. L’œuvre d’Antonia S. Byatt s’inscrit pour une large part dans ce champ, en accordant une place importante à l'époque victorienne, que tout le récit y prenne place3 ou qu'il se construise dans l'alternance des deux plans temporels4. Téléchargez cet article au format PDF: pdf/Hermetet.pdf

Editorial

Editorial. Cette huitième livraison d’Épistémocritique s’ouvre résolument à la diversité pour explorer quelques-unes des voies émergentes dans le champ des relations entre savoirs et littérature. La première d’entre elles, l’écocritique – connue aussi sous le nom de « critique environnementale” – est déjà solidement établie dans le monde anglo-saxon mais elle commence seulement à pénétrer la critique de langue française.

Sommaire. Neurosciences, arts et littérature.

Hervé-Pierre Lambert Présentation I. La synesthésie, une révolution scientifique et culturelle Carol Steen Synesthesia : Seeing the World Differently Marcia Smilack The Language of Synesthesia Lynne Duffy Landscapes of Blue, the iconic color-even for synesthetic experience II. Littérature, arts, neuroculture Suzanne Anker "The Brain is wider than the Sky" Jérôme Goffette Dopage mental : l'anthropotechnie des psychostimulants entre réalité et fiction Hervé-Pierre Lambert Neurologie et littérature, à l’époque de la neuroculture III.

Editorial

Cette nouvelle livraison d’Epistemocritique se penche sur la notion de machine, souvent mobilisée par la littérature pour servir de miroir à l’humain, mais qui intéresse aussi en tant que dispositif textuel. De l’homme-machine à la machine-texte, c’est tout un éventail de machinations textuelles qu’explorent les études réunies ici.

Poe : Expérience de pensée, la pensée comme expérience

E.A. Poe s’est souvent penché sur les mécanismes de la pensée [1]. En témoignent des textes tels que « Le Scarabée d’or [2] », « Quelques mots sur la cryptographie [3] », Eureka, « Le Joueur d’échecs de Maelzel », et « La Genèse d’un poème », mais c’est surtout dans les trois récits où figure le détective Auguste Dupin, « Double Assassinat dans la rue Morgue », « Le Mystère de Marie Roget » et « La Lettre volée », que cette question est abordée dans tous ses détails et toute sa complexité.

Le Magnétisme, la grande chaîne des êtres et l’animal électromagnétique

Les notions de vivant et de machine s’attirent et se repoussent. L’amplitude de cette oscillation a souvent été réduite par des phénomènes magnétiques qui ont été constamment utilisés en tant que modèle pour concevoir le vivant et en tant que moteur dans la fabrication de machines. Des découvertes récentes soutiennent aussi que le vivant lui-même serait intimement lié au magnétisme.

Notes géocritiques sur la ville créative

Le concept théorique de « ville créative » [1] pose les conditions selon lesquelles un espace urbain augmentera idéalement son potentiel d’attractivité en se transformant, comme l’explique Elsa Vivant dans Qu’est-ce que la ville créative ? (2009)[2], en un lieu propice à la créativité. La ville créative serait – et je continue à me conformer à la synthèse de la collègue urbaniste de l’université Paris 8 – un foyer qui abriterait talent, tolérance et essor technologique, donnant la parole à une multitude d’acteurs culturels.

Quel agent économique Robinson Crusoé incarne-t-il ?

On compare l'usage qu'ont fait les économistes du personnage de Robinson Crusoé, figure de l'agent économique organisant des ressources rares en vue de maximiser sa satisfaction, au héros du roman de Defoe. En convoquant d’une part les interprétations de Ian Watt et Marthe Robert, d’autre part celles proposées par les économistes, on fait apparaître que si Robinson peut incarner un agent économique, c'est d'une manière plus ambivalente que celle que campe l'agent universel et atemporel de la théorie économique depuis la fin du XIXe siècle.

La Mémoire : Proust et les neurosciences

Parmi les problématiques à l’œuvre dans les relations entre littérature et neurosciences, l’une d’elles s’applique directement au phénomène cognitif de la mémoire, à savoir dans quelle mesure, pour les neurosciences, la littérature rend compte de manière scientifiquement valide du fonctionnement de la mémoire individuelle. Depuis une dizaine d’années, les neurosciences se sont intéressées à l’apport cognitif de la littérature que représente l’œuvre de Proust et des expressions comme : « syndrome proustien », « Proust neurologue », « Proust phenomenon », «the Proustian hypothesis », « Proust as a neuroscientist » sont maintenant utilisées. [Une version imprimable de cet article est accessible en pied de page]

La Vie devant soi : splendeurs et misères du savoir médical

La présente étude se propose d’examiner, dans une approche épistémocritique, les différentes modalités de fonctionnement du savoir médical dans La Vie devant soi. Nous ne ferons qu’en noter la fonction référentielle — l’illusion de la réalité d’un univers marqué par le vieillissement, la maladie et la mort passant obligatoirement par l’introduction d’une composante médicale —, pour nous concentrer sur l’analyse de fonctions plus spécifiques.
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Poe, Descartes et la cybernétique

Mon but est de cerner, dans quelques textes de Poe, une certaine image de la machine. Je ne m'intéresserai qu'à la machine en tant qu'elle est susceptible d'imiter l'humain, et j'interrogerai la nature et les limites que les textes de Poe attribuent à une machine qui contreferait, autant que possible, l'humain.

Poétologie du savoir

Ce texte propose une introduction à la « poétologie du savoir », une approche théorique qui depuis les années 1990 s’intéresse tout particulièrement aux interactions et correspondances entre esthétique et savoir en combinant analyse rhétorique et littéraire des objets et formes du savoir tout en mettant l’accent sur leur construction médiatique et historique (choix du genre, procédés littéraires, questions narratologiques etc.). L’auteur inscrit cette approche dans son arrière-plan philosophique (analyse du discours, épistémologie historique, métaphorologie, histoire des sciences), et montre pourquoi et en quoi la poétologie du savoir se distingue d’autres approches récentes dans le champ de recherche en « littérature et savoir », plus proches de la philosophie analytique, qui partent d’une autre définition et compréhension de la notion de 'savoir’ ou de 'vérité’.

Editorial. Du savoir à la fiction… et retour !

La vérité de la fiction Cette dixième livraison de la revue Epistémocritique est consacrée à la question d’agrégation de littérature comparée 2012 : Fictions du savoir. Savoirs de la fiction. Les trois œuvres au programme – Les affinités électives de Goethe (1809), Mardi de Melville (1849), Bouvard et Pécuchet de Flaubert (1881) – s’échelonnent sur tout le XIXème siècle, siècle de rupture entre les sciences et les lettres, mais aussi siècle d’explosions scientifiques qui voit le champ du savoir se fragmenter en disciplines cloisonnées tandis que se fait jour un fantasme de totalisation visant à récupérer une forme d’unité dans la dispersion.

Littérature, savoirs du vivant et histoire des sciences

Résumé : En convoquant une histoire historienne des sciences attentive à étudier le passé de la science pour lui-même et dans ses propres termes, l’étude des relations entre littérature et savoirs du vivant enrichit notablement son propos et se prémunit contre toute forme d’anachronisme. Des exemples puisés chez La Fontaine, Balzac et surtout Laurence Sterne illustrent la fécondité de cette démarche encore peu répandue. Inversement, en s’ouvrant à des discours dont les codes ne lui sont pas familiers, l’histoire des sciences trouve matière à repenser certains de ses paradigmes, pour ne pas dire mythes.

La synesthésie : Vues de l’intérieur

à Amy Ione     Carol Steen, Clouds Rise Up 2004-05, huile sur masonite recouverte de toile, 62.5 x 51cm. I made this painting last winter after I heard a musician play an untitled piece on his Shakuhachi flute. Unlike the fast-tempo songs I usually work to because I like to watch the colours change quickly, the song he played had a very slow tempo.