Présentation / Table des matières

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Pourquoi se parler ? De quoi nous parlons-nous ? Comment nous représentons-nous l’espace, intérieurement ? Comment se structurent nos espaces intérieurs ? L’abondance des études sur le langage intérieur ces dernières décennies est spectaculaire. Néanmoins, des lacunes subsistent et des pans entiers restent à explorer, comme la question des espaces intérieurs. La représentation des espaces intérieurs n’a généralement été abordée que sous un angle métaphorique, ou indirect. Les liens entre espaces intérieurs et langage intérieur n’ont guère été explorés au sein d’une discipline et encore moins à l’interface entre plusieurs disciplines. L’objectif de ce numéro d’Épistémocritiqueest de poser des premiers jalons dans cette direction, à la convergence entre linguistique, neurosciences, études littéraires, théâtrales et cinématographiques.

Investigating Inner speech : a new protocole. Linguistic and inner speech fact. Le langage intérieur : un nouveau protocole d’enquête. Fait linguistique et fait endophasique.

Qu’est-ce qu’un fait endophasique ? Quels faits endophasiques les protocoles d’enquête en vigueur permettent-ils de construire ? Les enquêtes de terrain sur le langage intérieur, depuis la fin du xixesiècle et le questionnaire de Georges Saint-Paul, premier du genre, tendent à mettre en valeur des résultats, qui ne sont pas des faits de discours à proprement parler et qui ne sont pas susceptibles d’être appréhendés en tant que tels par la linguistique ou les sciences du langage. Pourtant, le langage intérieur relève bien, comme son nom l’indique, du langage, et appelle de ce point de vue une enquête selon un protocole adapté à cet aspect fondamental. Depuis 2014, nous avons mis en œuvre au sein du programme de recherche Monologuerun nouveau protocole d’enquête (protocole 2R, l’un des protocoles Monologuer), expérimenté à ce jour (novembre 2018) auprès de 113 adultes, qui permet d’étudier et de comparer des représentations et des restitutions de langage intérieur ordinaire, par le prisme incontournable de la subjectivité des participants. Ce nouveau protocole nous permet ainsi de mettre à l’épreuve certaines hypothèses très répandues, comme l’hypothèse Vygotski-Egger d’un langage intérieur abrégé, condensé et inintelligible pour autrui et de proposer de nouveaux outils d’analyse, adaptés à cet « envers » de la linguistique qu’est l’endophasie (Voir Bergounioux, 2004). Le langage intérieur apparaît ainsi comme un fait de discours et un fait de style, combinant variation idiolectale et grammaire endophasique. Abstract What is an inner speech fact? Which inner speech facts the current traceback protocols can reveal? Since the first questionnaire (Georges Saint-Paul, at the end of the 19thcentury), the various investigations were conducted. The inner speech was more studied from a psychological or a neurocognitive point of view, sometimes a sociological one as well. It was not really studied as a linguistic fact, whereas it is above all a matter of language. In 2014, I have created within the interdisciplinary programme Monologuera new protocol (Protocol 2R), which was enhanced collectively. Until november 2018, we conducted investigations and experimentations with 113 adults and we analysed representations and restitutions of ordinary inner speech. Those representations and restitutions are necessarily subjective. With this new protocol, we tested the Vygotski-Egger hypothesis of a condensed and abreviated inner speech. We created as well new analysis tools, adapted to this linguistics underside (« Envers » de la linguistique, Bergounioux 2004). The inner speech can be considered as a linguistic fact and a stylistic fact, a combination of idiolectal variations and an endophasic grammar. Key Words : Inner speech, inner life, endophasia, field survey, questionnaire, interview, protocol, linguistics. Mots-clés : langage intérieur, vie intérieure, endophasie, enquête de terrain, questionnaire, entretien, protocole, linguistique.

Espaces et parole intérieure en prison

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La question de la représentation d’espaces en parole intérieure n’a guère été posée en tant que telle. L’espace est plutôt considéré comme l’une des catégories structurant notre rapport au monde et à nous-mêmes. Dans le cadre du programme Monologuer, des enquêtes sur les représentations et restitutions de parole intérieure réelle ont été menées, dont une en milieu carcéral, sur une durée de quatre mois. Ces enquêtes nous permettent de disposer d’échantillons précis à travers lesquels étudier les représentations spatiales. La parole intérieure est traversée par des lieux construits ou reconstruits, à partir de la perception, de la mémoire et de l’imagination. En prison, le monde extérieur, présent ou passé, réel ou imaginaire, ne résonne plus que dans la parole intérieure du sujet. Les représentations d’espaces concrets, d’espaces symboliques et d’espaces mythologiques participent ainsi pleinement de l’élaboration de patrons de constructions identitaires, variable d’un sujet à l’autre. Mots-clés : parole intérieure, vie intérieure, endophasie, rumination, mémoire, intime, espace carcéral, prison, seuil, espaces symboliques, espaces réels, enquête, questionnaire, entretien.