Éditorial

Cette seconde livraison d’ Épistémocritique permet d’appréhender l’étendue et la vitalité du domaine de recherche représenté par l’ensemble des interrogations que suscitent les rencontres entre les savoirs et différentes formes d’activité artistique, en commençant par la littérature. Dans «Poe : Expérience de pensée, la pensée comme expérience», Sydney Lévy met en évidence la subtilité de la machinerie intellectuelle que recèle un conte de l’écrivain américain; Hervé-Pierre Lambert, dans «Littérature, arts visuels et neuroesthétique» balise avec rigueur et érudition un champ d’investigation connu jusqu’ici de manière souvent limitée et fragmentaire; Liliane Campos révèle aux lecteurs francophones la profondeur de la référence scientifique chez l’un des plus grands auteurs dramatiques contemporains dans «Le modèle scientifique dans le théâtre de Tom Stoppard»; Paul Braffort, dans la seconde partie de «La Deuxième vie de Michel Petrovitch», poursuit sa mise en lumière d’un personnage exceptionnel de l’histoire de la science moderne.

Poe : Expérience de pensée, la pensée comme expérience

E.A. Poe s’est souvent penché sur les mécanismes de la pensée [1]. En témoignent des textes tels que « Le Scarabée d’or [2] », « Quelques mots sur la cryptographie [3] », Eureka, « Le Joueur d’échecs de Maelzel », et « La Genèse d’un poème », mais c’est surtout dans les trois récits où figure le détective Auguste Dupin, « Double Assassinat dans la rue Morgue », « Le Mystère de Marie Roget » et « La Lettre volée », que cette question est abordée dans tous ses détails et toute sa complexité.

Littérature, arts visuels et neuroesthétique

Grâce à l’arrivée de l’imagerie fonctionnelle il y a vingt-cinq ans et aux progrès continus réalisés depuis, il est maintenant possible de dresser la carte directement de l’activité du cerveau durant des tâches de perception et d’activité chez des sujets normaux. Fondée sur ces découvertes, la dernière décennie a ainsi observé des bouleversements majeurs dans la compréhension du cerveau musical. Dans cet article, nous nous sommes cependant limité aux relations de la neurologie essentiellement avec la littérature et les arts visuels.

Le modèle scientifique dans le théâtre de Tom Stoppard

Dans le théâtre britannique contemporain, les références aux sciences dures sont de plus en plus fréquentes. Le dramaturge Tom Stoppard a été un précurseur de cette fascination du théâtre pour les sciences: dans une écriture qui combine le désir de logique à l'incertitude de la connaissance, les théories mathématiques et physiques lui ont servi aussi bien de modèles que de métaphores structurantes permettant de renouveler la fable dramatique.