Le corps dégradé et le corps monstrueux

Oh! My friend, if you had known me as I once was you would not recognise me in this state of degradation . MARY SHELLEY [[Mary Shelley, Frankenstein or The Modern Prometheus, coll. « Wordsworth Classics », Ware, Angleterre: Wordsworth Editions, 1999 [1831], 175 p. Les citations sont toutes tirées de cette édition.]] Le corps est omniprésent dans le roman Frankenstein; il traverse le texte tant sur les plans narratif, thématique, symbolique, qu’idéologique. Par ses multiples occurrences, il se retrouve au carrefour de différents savoirs qui y sont à l’œuvre, scientifiques bien sûr (le roman est considéré par certains comme le premier roman de science-fiction, notamment par Brian Aldiss ), mais aussi politiques.

Sophie Calle: le corps exposé

Au XXe siècle, et plus encore depuis les années soixante avec l’avènement de la libération sexuelle et le féminisme, le corps s’est affranchi des anciennes contraintes sociales et morales de la société. Le corps est alors réinventé et devient un instrument de pratiques sociales, un corps organique, un corps subjectif, enfin, un corps matériel, exploité par plusieurs artistes et auteurs qui en font un objet de représentation.

Autodissection d’un esprit malade

Littérature et folie. Création et maladie mentale. Voilà des associations presque naturelles – ne dit-on pas que le génie frise la folie... Malgré le caractère éculé de cette maxime, le lien étroit qui unit création et folie fascine toujours. Il s’agit d’un terrain abondamment sondé (avec les innombrables études de cas comme ceux de Vincent van Gogh, Virginia Woolf, Antonin Artaud, Hubert Aquin, pour n’en nommer que quelques-uns) et pourtant résolument insondable. C’est pourquoi il ne sera pas question ici de trancher chirurgicalement la question, de décider une fois pour toutes si le génie engendre la folie / si une certaine forme de folie est nécessaire à la création / ou si, au contraire, maladie mentale et création demeurent incompatibles. Dans le cadre de ce questionnement sur la place des savoirs dans la littérature, il apparaît plutôt intéressant d’essayer de voir jusqu’à quel point l’esprit considéré comme malade est à même de récupérer le discours de la psychologie et de la psychiatrie modernes afin de produire un objet artistique.

J. G. Ballard: littérature et déviance de la science médicale

La figure littéraire du médecin jouit depuis des siècles d’une carrière florissante. Qu’il soit malhonnête comme le Purgon de Molière, bienfaisant comme le Pascal de Zola ou insane comme le faux Lerne de Renard, le docteur alimente un imaginaire complexe et bigarré. Il n’empêche, il est tout à fait concevable qu’existe un « degré zéro » du médecin, un type à partir duquel s’élaborent les déviances les plus diverses. De nombreux auteurs, par un travail spécifique d’écriture, jouent avec cette figure, en ironisent les caractéristiques, en déplacent les frontières. De cette mise à distance naissent maints personnages de savants qui participent à la constitution d’un état de la science médicale à un moment donné dans une société donnée.

Médecine et pauvreté

Louis-Ferdinand Céline est demeuré médecin et écrivain jusqu'à la fin de sa vie. La médecine et l'écriture étaient-elles pour lui des pratiques continues ou discontinues? Le savoir médical compte-t-il pour quelque chose dans cette écriture, ou est-ce seulement la posture du médecin qui est significative? Quel est le sens de cette attirance qui a toujours porté Céline vers la pauvreté, et qui s'est manifestée tant dans sa pratique médicale que dans son activité d'écrivain?