Éditorial

Cette nouvelle livraison d’ Épistémocritique invite à explorer des territoires du savoir dont les relations avec la littérature vont plus loin et plus profond que la simple allusion ou le recyclage plus ou moins habile. Hervé-Pierre Lambert apporte à la lecture de Proust une information rarement prise en compte par les proustiens: pour les neurosciences, la Recherche n’est pas une référence vaguement littéraire destinée à montrer une certaine culture, elle est par bien des côtés un énoncé qui préfigure les théories contemporaines.

La Mémoire : Proust et les neurosciences

Parmi les problématiques à l’œuvre dans les relations entre littérature et neurosciences, l’une d’elles s’applique directement au phénomène cognitif de la mémoire, à savoir dans quelle mesure, pour les neurosciences, la littérature rend compte de manière scientifiquement valide du fonctionnement de la mémoire individuelle. Depuis une dizaine d’années, les neurosciences se sont intéressées à l’apport cognitif de la littérature que représente l’œuvre de Proust et des expressions comme : « syndrome proustien », « Proust neurologue », « Proust phenomenon », «the Proustian hypothesis », « Proust as a neuroscientist » sont maintenant utilisées. [Une version imprimable de cet article est accessible en pied de page]

PROUST AU LABORATOIRE

Qu'est-ce que savoir? A cette question, les philosophes, les épistémologues, les historiens, les sociologues, les neurobiologistes, bien d’autres encore, s’efforcent depuis longtemps d’apporter des réponses, tantôt modestes et tantôt ambitieuses, mais dont il faut convenir qu’elles ne sont pas parfaitement éclairantes. Peut-être faut-il alors explorer des voies différentes et s’interroger : est-il d'autres manières de forger un savoir sur le savoir ? La réponse proposée ici, grâce à Proust, est : oui -- par la littérature.

De Tardieu à Lordat : palimpsestes de la paraphasie

«Un mot pour un autre» est certainement l’un des textes les plus connus de Tardieu. On oublie le plus souvent qu’il s’inscrit dans un ensemble plus large, les Carnets du professeur Froeppel, dans lesquels cette pièce qui joue avec le langage devient le symptôme d’une déviance pathologique. Ne faut-il voir qu’une coïncidence dans le fait qu’un trouble du langage, nommé paraphasie par les spécialistes, corresponde exactement à la maladie décrite dans la pièce de Tardieu ? Il semblerait, au contraire, que cette dernière mobilise silencieusement toute une culture médicale, tissant des liens avec certains textes oubliés de la psychiatrie du XIXe siècle. [Une version imprimable de cet article est disponible en pied de page.]

Flaubert et le philosophique : éthique et esthétique

Par le travail de l’intertextualité, perceptible dans les énoncés de sa correspondance, mais aussi par la forme critique – qui est encore une forme de pensée – Flaubert conserve un rapport au philosophique. Il est même au centre de son esthétique et de son éthique parce que la Vérité étant frappée d’immoralité lorsqu’elle a la forme d’un discours, il lui faut régler différemment le rapport de l’œuvre au cognitif. [Une version imprimable de cet article est accessible en pied de page.]