Editorial

Cette cinquième livraison de la revue Epistemocritique pourrait être placée sous l’égide de Goethe, dont la pensée esthétique et épistémologique est mise à l’honneur dans plusieurs études. Outre ses travaux en optique, Goethe a œuvré dans de nombreux domaines scientifiques : botanique, anatomie, physique, géologie, météorologie, etc. Ses théories sur l’émergence des formes naturelles et sur la perception ont intéressé aussi bien les scientifiques que les écrivains, contribuant ainsi à tisser des liens entre dynamique de la forme et discours de la biologie.

Taches d’encre

Combien peu de ce qui s’est passé a été mis par écrit, combien peu de ce qui a été écrit a été sauvé ! C’est d’origine que la littérature est fragmentaire, elle ne conserve les monuments de l’esprit humain que pour autant qu’ils aient été couchés par écrit et aient survécu au temps. (Goethe, Maximes et réflexions, N° 267)

« He Sees at Every Pore”

If, as Henri Bergson holds, a philosopher’s work is pervaded by the unfolding of a single thought, for Emerson it is the thought of "unfolding” itself. The driving force of Emerson’s thought is that form – whether natural form, object-form, political or moral form, forms of the self or of the mind – to remain vital can only be understood in terms of metamorphosis.

La Mort de la terre de Rosny Aîné.

Un an après La Guerre du feu, fable des premiers hommes, Rosny Aîné publie, en 1912, La Mort de la terre, fable des derniers. Par le choix de ces époques seuils, commencement et fin, il étend l’histoire humaine à l’échelle de l’évolution, la projette dans la très longue durée de l’histoire du vivant, et la modélise selon les lois de celle-ci.

Ruines et désordre

« Notre mémoire est faite de fragments, de restes, de lambeaux et c’est pourquoi, comme les ruines, elle est toujours à même de nourrir notre nostalgie. Mais elle est animée, excitée, par des détails et c’est pourquoi elle dessine aussi notre avenir. » Jean-Bertrand Pontalis [[Perdre de vue, Gallimard, 1988, p. 384.]]

Signes fossiles dans la poésie scientifique du XIXe siècle

Relevant à la fois du genre didactique et épidictique, la poésie scientifique s’est donné pour objet principal au XIXe siècle la célébration du progrès, en ses grandes découvertes comme en ses grands hommes, héros positifs d’un merveilleux renouvelé. De la découverte du microbe aux techniques de l’accouchement, tout savoir scientifique et technique du siècle a été mis en vers et, le plus souvent, passé à la toise de l’alexandrin.

« Arrêt de développement » et poétique de l’histoire

La conscience de la mutabilité, qui envahit tous les domaines de la pensée au XIXe siècle, la substitution de la catégorie du devenir à celle de l’essence s’accompagnent d’un effort proportionnel de ressaisie. L’histoire, science des transformations du monde humain, conscience de tout ce que le temps fait naître mais aussi emporte, affiche alors une ambition de totalité : « résurrection de la vie intégrale », récapitulation du passé tout entier dans de « grands récits » supposant aussi une fin de l’histoire.