La Mort de la terre de Rosny Aîné.

Un an après La Guerre du feu, fable des premiers hommes, Rosny Aîné publie, en 1912, La Mort de la terre, fable des derniers. Par le choix de ces époques seuils, commencement et fin, il étend l’histoire humaine à l’échelle de l’évolution, la projette dans la très longue durée de l’histoire du vivant, et la modélise selon les lois de celle-ci.

Ruines et désordre

« Notre mémoire est faite de fragments, de restes, de lambeaux et c’est pourquoi, comme les ruines, elle est toujours à même de nourrir notre nostalgie. Mais elle est animée, excitée, par des détails et c’est pourquoi elle dessine aussi notre avenir. » Jean-Bertrand Pontalis [[Perdre de vue, Gallimard, 1988, p. 384.]]

Signes fossiles dans la poésie scientifique du XIXe siècle

Relevant à la fois du genre didactique et épidictique, la poésie scientifique s’est donné pour objet principal au XIXe siècle la célébration du progrès, en ses grandes découvertes comme en ses grands hommes, héros positifs d’un merveilleux renouvelé. De la découverte du microbe aux techniques de l’accouchement, tout savoir scientifique et technique du siècle a été mis en vers et, le plus souvent, passé à la toise de l’alexandrin.

« Arrêt de développement » et poétique de l’histoire

La conscience de la mutabilité, qui envahit tous les domaines de la pensée au XIXe siècle, la substitution de la catégorie du devenir à celle de l’essence s’accompagnent d’un effort proportionnel de ressaisie. L’histoire, science des transformations du monde humain, conscience de tout ce que le temps fait naître mais aussi emporte, affiche alors une ambition de totalité : « résurrection de la vie intégrale », récapitulation du passé tout entier dans de « grands récits » supposant aussi une fin de l’histoire.