Editorial

Cette nouvelle livraison d’Epistemocritique se penche sur la notion de machine, souvent mobilisée par la littérature pour servir de miroir à l’humain, mais qui intéresse aussi en tant que dispositif textuel. De l’homme-machine à la machine-texte, c’est tout un éventail de machinations textuelles qu’explorent les études réunies ici.
POE.jpg

Poe, Descartes et la cybernétique

Mon but est de cerner, dans quelques textes de Poe, une certaine image de la machine. Je ne m'intéresserai qu'à la machine en tant qu'elle est susceptible d'imiter l'humain, et j'interrogerai la nature et les limites que les textes de Poe attribuent à une machine qui contreferait, autant que possible, l'humain.

Why an Ourang-Outang? Thinking and Computing with Poe

    Perhaps you remember*, as I do, the first time you read Poe’s “Murders in the Rue Morgue,” this story of a double murder that the newspapers quoted in the text say is “so mysterious, and so perplexing in all its particulars”[1] and that the narrator qualifies as an “insoluble mystery” (351), when you discover at the end that the murderer is an ourang-outang.

Le paradigme de la combinatoire chez Valéry, Hilbert et Turing

Ce que Daniel Oster, dans un ouvrage lumineux [[Daniel Oster, Monsieur Valéry, Seuil, 1981. Quand le lieu d’édition n’est pas précisé, il s’agit de Paris.]], appelle le « premier formalisme » de Valéry nourrit un rêve de totalisation qui s’adosse au sentiment du fini, sentiment de clôture au sein duquel pourrait opérer la machine autopoïétique [[Nous tenons à remercier Pierre Cassou-Noguès, sur les travaux duquel cette contribution s’appuie largement, d’avoir bien voulu relire une première version de cet article et d’avoir suggéré des modifications.]]. Nicole Celeyrette-Pietri précise que cette machine est « semblable à celle de Lulle et à celles « qui permettent d’intégrer à grande vitesse » [[Paul Valéry, Œuvres, I, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, p. 801. Cité par Nicole Celeyrette-Pietri, Valéry et le moi, Klincsieck, 1979, p. 93.]].
baby_babylon_babies.jpg

Dantec et Narby : Sciences, épistémologie et fiction

« Le livre de Jeremy, que j’avais lu en 1996, avait été un tel choc, révélant des données scientifiquement collectées dont j’avais plus ou moins intuitivement deviné l’existence (coexistence métamorphique de l’ADN et du cerveau), que je devais en faire une des pierres angulaires de ce premier « roman d’anthropologie métahumaine » que fut Babylon Babies.» Maurice Dantec, Laboratoire de catastrophe générale, p. 67[[L’on désignera dorénavant par des abréviations les livres les plus cités : BB : Babylon Babies, Paris, Gallimard, folio SF, 1999. ThOp : Le théâtre des opérations, Journal métaphysique et polémique, 1999, Paris, Gallimard [Folio, 2000]. ThOp : Laboratoire de catastrophe générale, Journal métaphysique et polémique 2000-2001, Paris, Gallimard, folio, 2001 : LCG ; American Black Box, Le théâtre des opérations, 2002-2006, LGF, coll. Le Livre de Poche, 2009. VV : Villa Vortex, Paris, Gallimard, La Noire, 2003. PP : Périphérique, Paris, Flammarion, 2003. LSP : Le serpent cosmique. Les intiales M.G.D. désigneront Maurice G. Dantec et J.B., Jeremy Narby. Ouvrages de Narby discutés : Intelligence dans la nature, Buchet-Chastel, Paris, 2005 (trad. Intelligence in the Nature, Tarcher, N.Y. 2005) ; Narby Jeremy et Huxley Francis, Chamanes au fil du temps, Paris, Albin Michel, 2002 ; Narby Jeremy, Dubochet, Jacques, Kiefer Bertrand, L’ADN devant le souverain : Science, démocratie et génie génétique, Genève, Georg éditeurs, 1997 ; Narby Jeremy, Le serpent cosmique : L’ADN et les origines du savoir, Genève, Georg éditeurs, 1995 (trad. The Cosmic Serpent: DNA and the Origins of Knowledge, Tarcher, 1999); Narby Jeremy, Amazonie, l’espoir est indien, Paris, Favre, 1990; Narby Jeremy, Beauclerck John, Townsend, Janet, Indigenous Peoples: A Fieldguide For Development, Oxford, Oxfam, 1988.]].

Les prothèses de Mnémosyne

  Figure 1 : Aby Warburg, Bilderatlas Mnemosyne (1927-1929). Londres, Warburg Archive.   Toute la mémoire du monde   Au livre I de L’Ève future, Villiers de l’Isle-Adam fait s’exclamer ainsi le personnage de Thomas Edison, peu avant que l’inventeur ne se lance dans la fabrication de l’andréide « Hadaly » :   C’en est fait !
barthes.jpg

Photographie et machineries fictionnelles

Depuis Nadja d’André Breton, la relation entre le texte littéraire et la photographie a été nettement placée sous le signe du rapport sur soi, voire, du reportage sur soi. Si la documentation photographique a depuis longtemps été exploitée par des artistes qui avaient besoin de garder des traces de leurs performances ou d’œuvres éphémères, les écrivains ont été plus réservés sur l’usage de la photographie dans leurs œuvres.

Shelley Jackson : femme-machine.

Shelley Jackson : femme-machine. L’imaginaire cyborg de Patchwork Girl (1995) et My Body & A Wunderkammer (1997). Plan de l’article 1. « You will have to feel your way in ». 2. « Cannot a phantom limb also have also a phantom person?” 3. « What happens to the cells I don’t visit ? »   « A cyborg exists when two kinds of boundaries are simulaneously problematic : 1) that between animals (or other organisms) and humans, and 2) that between self-controlled, self-governing machines (automatons) and organisms, especially humans (models of autonomy).