La disparition de l’homme dans les sciences humaines et dans la littérature de la seconde moitié du XXe siècle

Dans la seconde moitié du XXe siècle et surtout dans les années soixante, une figure de pensée fait une carrière extraordinaire dans le discours des sciences humaines ainsi que de la littérature : la notion de disparition de l’homme (du sujet, de l’auteur)[1]. J’aimerais étudier cette figure de pensée et la logique qui la soutient, en considérant notamment le rapport entre le vivant (l’homme) et la machine (la structure, le système, l’appareil, le médium, l’écriture) impliqué dans cette logique.

EDITORIAL. Le vivant et la machine.

"Je me dis souvent que nous avons recodé en métaphores techniques la vie décodée. La représentation des animaux-machines de Descartes réapparaît dans la symbolique cybernétique. Nous n’avons rien trouvé d’autre au fond du vivant qu’un appareil d’information complexe. Notre perception est unilatéralement déterminée par les modèles que nous construisons précisément nous-mêmes avec notre technique et utilisons en priorité. Ainsi se suivent les modèles mécanique, organique et informatique. Chaque fois aussi concluant, aussi irréfutable, jusqu’au prochain modèle, plus intelligent." (Botho Strauss, Personne d’Autre, p. 150)

Le Magnétisme, la grande chaîne des êtres et l’animal électromagnétique

Les notions de vivant et de machine s’attirent et se repoussent. L’amplitude de cette oscillation a souvent été réduite par des phénomènes magnétiques qui ont été constamment utilisés en tant que modèle pour concevoir le vivant et en tant que moteur dans la fabrication de machines. Des découvertes récentes soutiennent aussi que le vivant lui-même serait intimement lié au magnétisme.

L’autre homme-machine. L’ouvrier-machine, entre imaginaire et représentation du travail moderne.

  À côté de la modélisation du vivant développée par la philosophie mécaniste des siècles classiques, on connaît l’image moderne de « l’homme-machine » telle que rêvée par les futuristes italiens, ce « quatrième règne[1] » né de la fusion de l’homme et de la machine. On connaît moins celle de « l’ouvrier-machine » – du moins ses nuances –, et on l’associe essentiellement au cinéma : Charlot, dans Les Temps modernes, en offre la figuration la plus synthétique et la plus célèbre.

Zola et la machine vivante. Les apories d’un modèle mixte

              Dans plusieurs romans du cycle des Rougon-Macquart Zola utilise le modèle de la machine à vapeur pour figurer le dynamisme ambigu de l’histoire, de la société et de la vie[1] en tenant à distance les idées de providence divine ou de finalisme historique[2]. Dès les plans préparatoires du cycle il est soucieux d’éviter la tendance philosophique de Balzac[3].

De la poupée à l’automate. L’idéal féminin dans le conte de fées victorien

  Lorsqu’en 1886, Villiers de l’Isle-Adam propose une Andréide aux Français, la création « magique »[1] (p. 118) du « grand Inventeur » (p. 122), Thomas Alva Edison, anticipe de quelques années la Fée Electricité, mascotte de l’Exposition Universelle de 1889. Hadaly, cet idéal féminin incarné, en quelque sorte, Belle au Bois Dormant (p. 156) que le scientifique parvient à réveiller et animer grâce à l’électricité, appartient au « royaume de la féérie », un « pays des éclairs » (p.

Du mécanique plaqué sur du vivant : images de l’Africain-machine dans les discours scientifiques et littéraires occidentaux, XVIIIe-XXe siècles

  « L’Africain paroît être une  machine qui se monte et se démonte par ressorts, semblable à  une cire molle, à qui l’on fait prendre telle figure que  l’on  veut”[1] : c’est ainsi que l’Abbé Demanet définit l’homme noir dans sa Nouvelle histoire de l’Afrique françoise, publiée en 1767. Cet aumônier pour le Roi en Afrique, affecté à l’île de Gorée de 1763 à 1765, crée sept ans plus tard la Compagnie de Guyane, censée servir au financement d’un vaste plan d’évangélisation, et pour laquelle il obtient le monopole de la traite négrière sur la côté d’Afrique[2].