Editorial. La géocritique au confluent du savoir et de l’imaginaire

Cette neuvième livraison de la revue Epistémocritique est consacrée à une approche critique aujourd’hui en plein essor, dont l’actualité éditoriale vient d’être relancée par la parution du dernier livre de Bertrand Westphal, Le Monde Plausible. Espace, Lieu, Carte (Paris, Minuit, 2011). La géocritique vient témoigner d’un intérêt renouvelé pour les relations de la littérature à l’espace qui, depuis les années quatre-vingt-dix, s’est manifesté non seulement dans le champ des études littéraires mais aussi dans celui de la géographie qui cherche à réinscrire le sujet dans l’espace, en tenant compte de sa dimension de construction sociale et des représentations culturelles qui le façonnent.

Notes géocritiques sur la ville créative

Le concept théorique de « ville créative » [1] pose les conditions selon lesquelles un espace urbain augmentera idéalement son potentiel d’attractivité en se transformant, comme l’explique Elsa Vivant dans Qu’est-ce que la ville créative ? (2009)[2], en un lieu propice à la créativité. La ville créative serait – et je continue à me conformer à la synthèse de la collègue urbaniste de l’université Paris 8 – un foyer qui abriterait talent, tolérance et essor technologique, donnant la parole à une multitude d’acteurs culturels.

This Space that Gnaws and Claws at Us

  In his brief but influential lecture on heterotopia and the spaces of everyday life, first presented in 1967 but not published until 1984 as « Des espaces autres,” Michel Foucault announced, or perhaps merely observed, that the present moment represented the epoch of space. As he explained:   The great obsession of the nineteenth century was, as we know, history: with its themes of development and of suspension, of crisis, and cycle, themes of the ever-accumulating past, with its great preponderance of dead men and the menacing glaciation of the world.

Geocriticism Meets Ecocriticism: Bertrand Westphal and Environmental Thinking

  This has been a good year for geocriticism in the United States. A translation of Bertrand Westphal’s 2007 monograph, La géocritique: réel, fiction, espace, was published this year, followed closely by a volume of essays titled Geocritical Explorations, which could serve as a companion piece to the Westphal book[1]. A significant amount of the American interest in Westphal’s work has been coming from ecologically minded literary critics, with Scott Slovic, founding President of the Association for the Study of Literature and the Environment (ASLE) and current editor of ISLE (Interdisciplinary Studies in Literature and the Environment) writing approvingly of Westphal’s approach (Slovic, « Editor’s Note, » 245) and encouraging the integration of his work into the ecocritical canon[2].

Éléments de réflexion pour une géocritique des genres

 Il s’en est passé des choses depuis qu’Aristote et Platon ont discuté des notions de topos et de chôra, établissant ainsi une distinction entre la topicité d’un lieu (sa longitude, sa latitude et son altitude) et sa chorésie (la valeur et le sens que l’humain lui confère)[1]. Il en a coulé de l’encre depuis qu’Emmanuel Kant, dans sa Critique de la raison pure (1781), cherchait à fonder les mathématiques et la physique en déterminant les conditions de la perception des objets, l’espace n’étant pas un concept empirique dicté par des expériences passées mais une représentation indispensable à toutes intuitions externes.

Géographie psychanalytique

Qu’est-ce qu’une géographie symbolique, voire psychanalytique ? Quelle est la différence entre la géographie « symbolique » et la géographie « réelle » ou « réaliste »? Est-ce que les géographies « réalistes » ne sont pas toutes, dans une mesure égale, des géographies « symboliques » ? Et, au bout du compte, est-ce qu’il existe vraiment une « géographie réelle »?

De la mouvance de l’espace aux méandres du texte

  Notre quotidien est envahi de signes soulignant la discontinuité et le morcellement de l’espace. Et pourtant pendant longtemps, l’être humain a pensé que la perception et la représentation qu’il avait de son espace étaient entièrement le fruit de son esprit rationnel. Notre culture, imprégnée de la raison des Lumières avait tendance à déceler principalement dans l’espace, un ensemble de coordonnées aisément identifiables d’après les principes de la géométrie traditionnelle.

La Pampa de César Aira : de l’invention de l’espace à l’espace de l’invention

  Georges Poulet a défini le labyrinthe comme « une prison sans murs, ou du moins sans bornes, une prison qui emprisonne non par privation d’espace mais par excès de celui-ci ». La forme la plus radicale du labyrinthe serait alors le désert parce qu’il donne l’image du renouvellement indéfini du même, qui enlève à l’œil tout repère et toute base, le plongeant dans le vertige de ce qui n’a ni limite ni forme précise[1].

Une géocritique de la dictature dans l’imaginaire d’Ahmadou Kourouma

Le propos de cette contribution est d’approcher la dictature[1] dans l’imaginaire d’Ahmadou Kourouma, à la fois comme espace de déploiement d’un faire, d’un agir et comme élément systémique structurant un ensemble spatial plus grand. Puis-je me risquer à une étude de la dictature dans l’imaginaire de Kourouma ? Difficile pari tant le réel et la fiction se ressemblent et s’entremêlent tels  « les œufs d’une même pintade », pour emprunter une métaphore des Soleils des indépendances.