HISTOIRES DU VIVANT ; SAVOIRS DU CORPS : SIRI HUDSVEDT, THE SHAKING WOMAN, PAUL AUSTER, CHRONIQUE D’HIVER ET PENNAC, JOURNAL D’UN CORPS

Résumé/Abstract

La biographie et l’autobiographie depuis une quinzaine d’années se focalisent essentiellement sur le corps et la dimension vivante du sujet. Pensé comme l’agent essentiel et l’élément déterminant de la vie d’un individu, il donne tantôt lieu à des « autopathographies » dans le cas de récits de maladies, tantôt à une observation minutieuse des sensations et des impressions corporelles comme rythme propre de l’expérience. Le récit du corps – supposé muet – occupe donc le devant de la scène dans La Femme qui tremble de Husvedt, Journal d’un corps de Pennac et la Chronique d’Hiver d’Auster ; ces textes réhabilitent le récit dans la compréhension du corps vivant, et comme manière de capter ce qu’a de spécifique le vivant, mouvant et dynamique. Entrelaçant vécu émotionnel et dimension savante, ces récits troublent la hiérarchie des discours. Cependant, ce corps, loin d’être familier, est constamment mis à distance. À la fois intime et étranger, il questionne l’identité, la mémoire, notre rapport politique même avec nos caractéristiques biologiques et ethniques. Ce paradigme nouveau du récit de vie, qui n’est pas seulement un « thème » littéraire, contribue enfin à une approche critique du discours biomédical. En niant, dans la tradition de Canguilhem, la pertinence du recours à la norme, le corps se définit comme forme de vie, savoir de la singularité et de la particularité, et non plus science du général.
Mots-clés : autobiographie, récit du corps, discours biomédical, savoir du corps


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