Résumé/Abstract

Un an après La Guerre du feu, fable des premiers hommes, Rosny Aîné publie, en 1912, La Mort de la terre, fable des derniers. Par le choix de ces époques seuils, commencement et fin, il étend l’histoire humaine à l’échelle de l’évolution, la projette dans la très longue durée de l’histoire du vivant, et la modélise selon les lois de celle-ci.


Roman de science-fiction, de « merveilleux scientifique » comme on disait à l’époque, La Mort de la Terre [1] anticipe la disparition de l’espèce humaine en fondant le récit romanesque sur les dernières découvertes de la science (en particulier sur l’évolution du vivant, mais aussi les séismes et la radioactivité). Targ le « veilleur », sa sœur et l’amoureuse Êré vont être les seuls à résister au mouvement entropique et suicidaire qui emporte les derniers hommes, que n’enthousiasme plus que la seule ivresse de la mort dans une société entièrement organisée, entièrement régulée. Le « despotisme doux », dirait Tocqueville, d’un pouvoir dont les lois sont intégralement intériorisées, acceptées par une population sans désir et sans imagination, ordonne par l’eugénisme et l’euthanasie le politique, réduit au biologique dans les dernières cités. Dernières cités, dernières « Oasis », sur la terre que le réchauffement climatique (et non le refroidissement, comme on le pensait avant la découverte de la radioactivité) a transformé en désert. L’organicisme politique du XIXe siècle tourne ici au cauchemar : le cauchemar d’une organisation politique parfaite, car rationnellement raccordée aux principes de la nature, dans un processus d’adaptation par la dégénérescence à la mort. « Produits parfaits d’une espèce condamnée », les Hommes, atones, apathiques, fossilisés, n’ont plus qu’à disparaître. Place au nouveau règne, le règne des ferromagnétaux, complexes coalescences de matière magnétique issues des fers utilisés dans l’industrie, place aux ferromagnétaux appelés à supplanter l’Homme qui leur a facilité le travail en étant le « prodigieux destructeur de la vie », et d’abord de la vie animale. Targ l’aventurier, Targ le fou, le révolté, l’inadapté à cette société parfaite, n’aura plus qu’à mourir lui aussi. Mais il mourra sans prendre le poison qui fait de la mort la seule et unique ivresse des derniers hommes, il mourra en affrontant la souffrance de la mort, et en acceptant de fondre par cette mort les dernières parcelles de l’énergie humaine dans « la Vie nouvelle », dernier mot du roman.

Trois séries causales, qui s’entrecroisent et tendent à s’absorber, font de l’évolution – et d’abord de l’évolution de l’espèce humaine vers sa disparition – un processus complexe, systémique. La première, Rosny aîné la nomme « péril sidéral », la deuxième « péril organique », la troisième pourrait être appelée « péril humain ». Le « péril sidéral » projette les derniers temps de l’Humanité à l’échelle du cosmos, de la « volonté cosmique » dans l’espace planétaire et interplanétaire. Dans l’espace interplanétaire, et des météores tombent sur les dernières Oasis humaines. Dans l’espace planétaire, et les secousses sismiques font de ces Oasis et des déserts qui les entourent des solitudes chaotiques, apparemment apocalyptiques – mort de la terre – mais plus sûrement génésiaques, la « volonté cosmique » à laquelle s’accorde la « volonté de la terre » amorçant le début d’un nouveau cycle de vie. Dans cette mesure, le « péril sidéral » est solidaire du « péril organique », soit le péril du remplacement de l’espèce humaine par ces êtres qui ne sont qu’au début de leur lent processus d’évolution, les ferromagnétaux. Ce « péril organique » – qui s’exerce par « volonté de la terre », par volonté de la « planète homicide » – soumet l’évolution du vivant aux lois de la sélection naturelle et de la lutte pour la vie. La vie, l’histoire de l’humanité n’étant ainsi qu’un épisode de l’histoire de l’humanité un épisode dans la succession des règnes : règne minéral, puis végétal, puis animal, puis humain, puis ferromagnétique, le règne minéral prenant sa « revanche » dans un cycle qui dessine plus une spirale qu’une boucle. Et cela parce que les ferromagnétaux ne peuvent naître que de « fers humains », déchets de l’industrie humaine. À la fin du roman, Targ le héros corrige le titre : « la mort de la terre pour notre Règne », afin que « la Vie Nouvelle » se développe. La lutte pour la vie, le struggle for life dans le roman de Rosny Aîné a pour échelle de grandeur les règnes, non les espèces ou les races.

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Le rapport entre ces deux « périls », ces deux chaînes de causalité ou ces deux volontés, « volonté cosmique » et « volonté de la terre », rapport apparemment agonistique (le « péril sidéral » détruit la terre) est en réalité un rapport de collaboration, ce que marque la double manifestation du péril sidéral : météores venues du cosmos et secousses sismiques venues des profondeurs de la planète. Et de fait, dans le texte, « volonté de la terre » et « volonté cosmique » sont en général confondues : elles sont au fond la même « énergie évolutive », la même source d’énergie d’un unique processus d’évolution de la vie, qui a besoin des catastrophes, de la destruction, de la mort pour se développer.

Plus complexe est l’articulation de ces deux périls au péril humain, celui que l’homme fait encourir à l’homme. Plus complexe, l’articulation de la volonté de « l’énergie évolutive » et de la volonté de l’homme. Plus complexe, l’articulation de l’histoire naturelle et de l’histoire humaine dans l’enchaînement des déterminations. Plus complexe donc, l’articulation dans le roman entre darwinisme et, pour aller vite [2]. Cette organisation sociale n’a rien de la jungle de la lutte pour la vie, de la concurrence vitale qui, par exemple chez un Spencer, joue comme moteur du développement des sociétés libérales ou, chez un Jules Ferry, comme justification de la colonisation. Le struggle for life ne préside ni à l’organisation interne des peuples, à leur manière d’articuler les individus entre eux, ni à leurs rapports externes dans des conflits entre nations, empires ou races. Depuis trop longtemps en effet, l’uniformité atone de l’espèce humaine interdit de tels scénarios belliqueux qui conféreraient une dimension épique à une lutte pour la vie retournée en lutte à mort et pour la mort. Car l’Humanité ne lutte pas, elle cède à la mort, à la fatalité qui est à la fois hors d’elle et en elle, tendant à se confondre avec sa propre volonté, et sa propre culpabilité. Il y a bien retournement, mais ce retournement n’est pas celui de la lutte pour la vie en lutte à mort et pour la mort, il est celui du progrès rationnel de l’espèce en sa dégénérescence, à l’intérieur d’une évolution qui est plus déterminée par l’hérédité des caractères acquis et l’adaptation que par la lutte pour la vie [3]. On peut, à l’intérieur de ce retournement, distinguer deux séries causales. La première renvoie aux progrès techniques, à la transformation de la nature par l’homme et ouvre le roman de Rosny à des revendications écologistes d’une assez surprenante actualité. La seconde renvoie aux transformations de l’homme par l’homme, et fait du roman de Rosny une violente critique des darwinismes sociaux. La transformation de la nature d’abord qui, par effet de boomerang, condamne l’homme à la disparition puisqu’il appartient à cette nature qu’il détruit. La domination destructrice de la nature est le triomphe de l’Humanité et son suicide. Car si les derniers hommes vivent dans un désert brûlant d’où l’eau disparaît, ils en sont seuls responsables. Le réchauffement climatique et l’assèchement de la terre ne résultent ni du « péril sidéral » ni du « péril organique », mais du seul péril humain : à partir de l’âge radioactif (à savoir le présent de Rosny et de ses lecteurs), il découle à la fois de la surpopulation et de la surexploitation de l’énergie atomique, qui sont elles-mêmes entraînées par les progrès technico-scientifiques ; passé un certain seuil, surpopulation et surexploitation des énergies se retournent en leur contraire : entrée de l’Humanité dans l’entropie et la dépopulation. « L’impuissance de l’homme était dans sa structure même : né avec l’eau, il s’évanouissait avec elle » (p. 122). Or cet évanouissement n’a d’autre cause que l’homme lui-même.

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À cette première atteinte suicidaire de l’Homme contre son propre milieu s’ajoute la destruction de la vie animale dont il est le seul responsable : extermination des animaux sauvages, des parasites et des micro-organismes (y compris les bénéfiques) à travers le triomphe d’une agriculture rationalisée jusqu’à l’asepsie ; extermination des animaux d’élevage qui, de sélection artificielle en sélection artificielle, sont devenus des monstres non viables, voués à disparaître. Cette disparition ne condamne pas seulement les hommes à voir leur estomac s’atrophier, mais elle les condamne eux-mêmes absolument, les coupant de la grande vie instinctuelle d’un monde animal dont ils se sont exclus, oubliant qu’ils en faisaient partie. Car c’est l’instinct animal qui leur a permis de vivre, de survivre. L’ayant fait taire en eux, ils le préservent un temps dans les Oasis en renonçant à tuer les derniers animaux, les oiseaux sauvages qui, avec les sismographes, les aident à percevoir les tremblements sismiques : collaboration de l’animal et de la machine qui ne dit pas la réduction machinique des animaux, mais au contraire la caractère irréductible de l’instinct animal, dont la disparition ne peut être suppléée par aucune invention technique. La vie même avec ces oiseaux sauvages semble un temps pouvoir inventer une nouvelle voie de l’évolution, une voie alternative au règne des ferromagnétaux. Une voie marquée par l’élévation de l’animal jusqu’à un langage encore approximatif, mais qui permet aux hommes et aux derniers animaux de vivre en bonne intelligence. Or cette voie est sans issue, comme une bifurcation de l’évolution qui ferait impasse. Annoncée dans une prolepse, la disparition des oiseaux sauvages n’est ensuite jamais racontée, ses causes ainsi laissées en blanc. Il est seulement dit que la concurrence des ferromagnétaux n’explique pas à elle seule cette disparition. Causalité négative, qui suggère en creux la part de responsabilité des Hommes dans la disparition de ces animaux, dont ils se sont fait trop tard les protecteurs. Ainsi les Hommes, pour s’adapter à un milieu qu’ils se sont fabriqués eux-mêmes pour leur triomphe, se sont engagés sur la voie de leur propre dégénérescence. La loi de l’adaptation a scellé la victoire de l’homme aux dépens des animaux, et du coup sa fatidique disparition. Pourtant, dit Rosny, il aurait pu dès les débuts de l’âge radioactif entendre les avertissements des savants qui « prédisent que l’Humanité périra par la sécheresse. Mais quel effet ces prédictions pouvaient-elles produire sur des peuples qui voyaient des glaciers couvrir leurs montagnes, des rivières sans nombre arroser leur sites, d’immenses mers battre leurs continents ? » (p. 41). Aucun, et l’espoir que renaisse une Humanité grâce à Targ, Arva, Êré et leurs enfants est balayé à la fin du roman, non par une grande catastrophe tellurique, œuvre de l’inexorable « volonté cosmique », mais par un effondrement de terrain accidentel, dû à d’anciennes excavations trop profondes destinées à enfouir les déchets de l’industrie humaine, les « fers humains ». La pensée écologique de Rosny s’appuie ainsi sur la science contre une Humanité trop naïvement confiante à la fois dans ses progrès techniques et dans l’apparente fixité intangible de la nature. À cet écologisme s’ajoute donc un anti-darwinisme social radical. À la différence de la plupart de ceux qui, en France au tournant du XIXe et du XXe siècle, projettent l’évolutionnisme dans la sphère sociopolitique, Rosny ne voit pas dans le développement d’un biopouvoir [4] un facteur de progrès par raccordement, adaptation des organisations humaines à l’ordre rationnel de la nature. Il voit dans ce développement un facteur de dégénérescence, ou plutôt un processus d’accompagnement de la dégénérescence, ou encore d’adaptation de l’espèce humaine à un milieu qu’elle a rendu elle-même invivable. Le biopouvoir qui préside à l’organisation des dernières Oasis fait d’elles des sociétés rationnellement ordonnées, qui confirmeraient la validité de l’optimisme rationaliste et réformateur qui domine à cette époque en France les darwinismes sociaux, si précisément cette rationalisation n’en faisait l’utopie, retournée en cauchemar, de sociétés humaines intégralement rationalisées, organisées jusqu’à l’intrusion dans le plus intime – la mort, l’amour, les naissances – et l’amputation de tout ce qui a constitué l’énergie de l’espèce humaine : l’animalité, le grand souffle de l’instinct de vie, que les mises en série dans le roman associent à la vie sauvage, à l’amour, à l’héroïsme, à la folie, à la révolte, à l’imagination, à la poésie. À la poésie, ou en encore au mysticisme diffus d’une humanité qui se laisserait emporter par un désir de vivre plus grand qu’elle, désir auquel elle renonce finalement pour mourir. De sélection en sélection (et le texte fait comprendre que la distinction entre sélection naturelle et sélection artificielle n’a plus de sens ici), l’homme est devenu le très obéissant sujet d’un biopouvoir qui n’entend plus réguler que sa disparition : politique d’organisation, de régulation de la vie qui n’est rien d’autre qu’une politique de la mort. Targ, toutefois, à la fin du roman, pressent que si sa famille, avec laquelle il rêvait de refaire l’Humanité, est morte dans un accident de terrain dû à l’industrie humaine, cet accident n’est au fond que l’instrument de la volonté cosmique, qui ne veut plus que les Hommes règnent sur la vie. Fusionnant l’évolutionnisme et la philosophie de Schopenhauer, le roman confond le vouloir-vivre de la terre et du cosmos avec une fatalité dont les hommes, en toutes leurs actions, ne sont que les aveugles instruments. Les Hommes ont détruit leur milieu et mené à l’extinction de ce qui faisait leur vie – l’eau, l’animalité – mais ils n’ont été par là que les serviteurs très obéissants de l’« énergie évolutive » qui veut leur mort.

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De ce processus morne autant que fatal, Rosny tire cependant un roman, soit une œuvre de désir et d’imagination, un roman héroïque, épique, par intrusion d’une faille dans l’enchaînement des déterminations ou plutôt par complication des chaînes de déterminations. Et cela en s’adossant aux découvertes de la récente génétique : car si l’ensemble de l’espèce humaine évolue, selon une logique toute néolamarckienne, par adaptation et transmission héréditaire des caractères acquis, cette transmission est compliquée par le retour de traits plus anciens qui complexifient le déterminisme de l’atavisme. Si Targ et sa sœur Arva résistent à l’évolution de leur espèce, c’est en effet grâce au retour atavique, en eux, de l’énergie des anciens hommes, retour qui fait d’eux des résurgences, non pas de caractères acquis, mais de caractères perdus (ou plutôt maintenus latents dans les combinaisons génétiques de leurs contemporains) : l’imagination, le désir, l’héroïsme et, très clairement pour Targ, ce complexe indissociable dans le roman que forment la vie sauvage, l’animalité et la poésie ; un complexe qui fait de Targ un inadapté et de l’inadaptation la marque positive de l’héroïsme. Le roman d’aventure, greffé sur le récit déterministe de l’évolution, peut se déployer dans cette torsion du déterminisme évolutionniste et dans cette transformation de l’inadaptation en vertu, force éthico-politique de résistance à la loi de l’adaptation qui structure l’évolution historique et naturelle. Cette vertu de l’inadaptation n’échappe pas au déterminisme (les complications de l’hérédité l’expliquent) mais elle apparaît comme une incidente positivement régressive qui vient, un temps, parasiter la logique dominante de l’évolution. En Targ resurgit toute l’immense vie des mers, des forêts immenses bruissantes d’animaux et des premiers hommes qui faisaient la guerre du feu. Pour une blonde Êré, que sa chevelure rattache au monde perdu des genèses et des légendes, Targ fera seul la guerre de l’eau, revenant aux efforts héroïques qui présidaient longtemps auparavant aux « grandes découvertes ». En vain : le dernier homme ne peut rien contre l’énergie évolutive dont son espèce a été le trop aveugle instrument.

Mais si le roman s’achève sur la soumission de son héros à la « Vie Nouvelle », La Mort de la terre est tout sauf un appel à l’obéissance : la mort de Targ ne fait que souligner le sublime moral, héroïque de l’inadaptation. Encore moins cependant faudrait-il le lire comme un sursaut vague de la poésie et de l’esprit d’aventure contre les desséchements fossilisants de la science de son temps, sursaut bien improbable chez cet ami de Pierre Curie, de Jean Perrin, de Paul Langevin que fut Rosny aîné. Le roman, science-fiction, merveilleux scientifique, science et poésie, ne sort jamais des cadres des grandes découvertes de son temps : continuité entre l’homme et l’animal, loi de l’évolution, adaptation, sélection, transmission des caractères acquis, combinatoire complexe de la génétique, radioactivité, sismographie. La Mort de la terre fait de ces découvertes le levier de l’imagination romanesque, de la poésie des hommes du début de l’ère radioactive, non pas contre elle, mais contre ses mésusages. Symptôme de la crise que traverse le rationalisme scientiste au tournant du XIXe siècle et du XXe siècle, le roman de Rosny aîné s’appuie ainsi sur l’évolutionnisme pour développer une fable écologiste qui en appelle à une régulation scientifique des progrès techniques et pour engager une critique radicale de toutes les formes d’organicismes politiques et de darwinismes sociaux de son temps. Et cela non pas au nom d’un discontinuisme spiritualiste, coupant l’Homme du monde animal mais, au contraire, au nom même de l’animalité de l’Homme : en écoutant la leçon de Darwin, contre les darwiniens.

ps:

Claude MILLET – La Mort de la terre de Rosny Aîné.

ISSN 1913-536X ÉPISTÉMOCRITIQUE (SubStance Inc.) VOL. V – Automne 2009

notes:

[1] J.-H.Rosny, La Mort de la terre, roman, suivis de contes, Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1912 ; rééd. Yves Lochard, Paris, Flammarion, « Étonnants classiques », 1997 (édition de référence).

[2] Pour aller vite, tant sont divers les darwinismes sociaux en France au tournant des XIXe et XXe siècles, comme l’a montré Jean-Marc Bernardini dans Le Darwinisme social en France (1859-1918). Fascination et rejet d’une idéologie, Paris, éditions du CNRS, 1997. En suivant son exemple, nous nommerons darwinisme social tous les organicismes évolutionnistes, y compris néolarmarkiens, sauf lorsque la distinction nous semblera pertinente., darwinisme social, puisque les hommes dans le roman ont calqué leur organisation sur celle de la vie, et que c’est cela qui les fait mourir.

[3] Sur cette prédominance en France du néolamarckisme sur le darwinisme à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, voir l’ouvrage déjà cité de Jean-Marc Bernardini. Les raisons en sont idéologiques : le néolamarckisme s’accorde mieux au nationalisme mais aussi au progressisme des milieux savants de l’époque, en particulier dans ses tendances « solidaristes ». Rosny, en privilégiant le modèle néolarmarkien (inversé en logique de la dégénérescence) n’est donc pas anachronique : c’est le discours dominant qu’il vise, en le retournant, ou plutôt ce qu’on commence à percevoir au début du XXe siècle, y compris dans les milieux scientifiques, comme une idéologie repoussoir, et repoussée dans le siècle précédent.

[4] La terminologie de Michel Foucault s’impose à la lecture de La Mort de la terre, euthanasie et eugénisme étant au centre des techniques disciplinaires des « Oasis ».