Romans de la rupture épistémologique : quelques rémanences philosophiques et poétiques, de Rabelais et Cervantès à Goethe et Flaubert

Résumé/Abstract

Permettez-moi d’évoquer ici plusieurs des apories auxquelles j’ai dû faire face au cours des quinze dernières années, lorsqu’il s’est agi pour moi d’échafauder une histoire comparée de la littérature et des sciences sociales, et donc de réfléchir aux manières de décrire les rapports entre les sciences et la littérature. Mon cas n’a aucun intérêt en soi, bien évidemment, mais il pourrait exemplifier des traits propres à une certaine communauté de chercheurs que fédèrent des préoccupations similaires et des difficultés analogues.
Les quelques éléments de réflexion que j’aimerais vous soumettre aujourd’hui s’inscrivent dans le prolongement de mon travail de thèse sur la notion de « type » au XIXe siècle. Je m’y étais interrogé sur les raisons pour lesquelles on en est venu dès les années 1820, aussi bien dans la littérature que dans les enquêtes sociales, à décrire la société à partir des « types » qui la composent soudain dans l’expérience ordinaire (le type du petit-bourgeois, du rentier, de la femme comme il faut, de l’ouvrier imprévoyant, etc.). Je me suis demandé comment la notion de « type » s’était imposée durant la première moitié du XIXe siècle comme une catégorie de description de la réalité concurrente à celles de « classes sociales » ou de « professions » — comment elle s’était imposée non pas seulement en histoire naturelle ou dans les sciences médicales, où son sens était d’ailleurs un peu différent, mais dans le roman, « la science sociale » (comme on l’appelait à l’époque), l’histoire post-romantique ou l’anthropologie naissante.


 

 
On sait que la longue exclusion de la fiction littéraire hors du champ de la connaissance et du discours savant est battue en brèche depuis les années 1980-90, dans le cadre très général du « tournant narratif » dans les sciences humaines[1] : désormais, la question « que sait un texte [littéraire] ? » (question qui ouvre le champ de manœuvres de l’épistémocritique, fondée par Michel Pierssens[2]) ou celle de « la pensée du roman » — pour reprendre le titre du livre que Thomas Pavel consacrait en 2003 à la longue tradition du « roman romanesque » occidental[3], ou encore la réflexion ricœurienne sur « l’identité narrative[4] » sont autant de questions qui auraient peut-être surpris Charles Percy Snow à l’époque de sa célèbre conférence de 1959 sur le fossé infranchissable creusé au cours du XIXe siècle entre « les deux cultures », l’une littéraire, l’autre scientifique[5]).
 
I. Romans de la crise épistémologique
Pour ma part, je voudrais réfléchir aux rapports entre récit et savoir à propos d’un certain type de récits qui, tout en revendiquant leur appartenance à la fiction littéraire, se situent en marge du corpus le plus étudié par les théoriciens de la connaissance littéraire — à savoir la grande tradition romanesque des aventures guerrières et amoureuses, ainsi que le grand courant dit « réaliste » qui, du XVIIIe siècle anglais jusqu’aux « classiques » du XXe siècle » (Joyce, Proust, Musil…) et jusqu’à aujourd’hui, revendique d’une manière ou d’une autre sa propre capacité à « peindre » le monde et les mœurs, à dire le Moi et la vie intérieure.
 
Ce n’est donc pas à ces romans canoniques que je vais m’intéresser mais à des œuvres de fiction qui interrogent directement la question du vrai et du faux, en se donnant comme moteur diégétique — paradoxal car fort peu « romanesque » — la discussion sur les savoirs et le problème de la connaissance du réel. Ce faisant, je voudrais revenir sur la variabilité historique des rapports entre récit de fiction littéraire et discours à visée cognitive, pour la mettre en évidence si besoin était, mais aussi pour souligner certaines rémanences intertextuelles et poétiques reliant des textes qui, certes distants de plusieurs siècles, ont en commun d’appartenir à des périodes marquées par un trouble généralisé touchant la configuration des connaissances — ces moments de trouble que Michel Foucault a qualifiés de « ruptures épistémologiques », dans son ouvrage célèbre de 1966 Les Mots et les Choses : une archéologie des sciences humaines[6].
 
Mon idée est de réussir, sinon à démontrer, dans le cadre de cette brève étude, du moins à suggérer, la résurgence, dans les périodes de crise épistémologique, d’un certain usage « sério-comique » — c’est-à-dire un comique à visée critique — du récit de fiction, dont la leçon, à la fois spéculative et morale, tient dans une suspension sceptique de l’adhésion aux discours du savoir, dans un esprit de tolérance antidogmatique. Dans ces œuvres, que l’on peut voir avec Northop Frye[7] ou Bakhtine[8] comme des avatars de l’antique satire ménippée[9], les discours dogmatiques du moment se trouvent jetés comiquement au devant de leurs discordances, contradictions internes, incohérences, et autres indignités morales sous-jacentes, dans une vaste entreprise de « dégonflement des baudruches » — où les discours du savoir sont tous minés par un doute généralisé qui les ramène au statut de fictions possibles parmi d’autres fictions, également possibles, qui les contredisent[10].
 
On se souvient que Foucault, dans Les Mots et les choses, met en évidence l’existence successive, en Europe, de trois épistémès séparées par des « ruptures » affectant l’ensemble des conditions de possibilité de la connaissance : d’abord l’épistémè de la Renaissance, gouvernée par un principe de ressemblance, de correspondance entre les éléments du monde, et notamment entre les mots et les choses. Ensuite l’épistémè classique, qui s’affirme au XVIIe siècle, régie par le principe de la représentation. Enfin l’épistémè moderne, qui s’affirme au lendemain de la Révolution française et dure encore au moment où Foucault écrit, mais dont il perçoit déjà les signes de fragilisation depuis la fracture de 1945, est gouvernée par le principe de l’unité organique de l’être vivant, c’est-à-dire aussi par l’idée de la finitude du sensible, de la mort de Dieu et de l’historicité des concepts.
 
Je chercherai ici à nourrir deux hypothèses : la première est que certaines œuvres littéraires du tournant de la Renaissance et de l’ge classique d’une part, des lendemains de la Révolution française d’autre part, prennent en charge, par les moyens spécifiques de la fiction littéraire, ces deux ruptures épistémologiques analysées par Foucault. Et — seconde hypothèse, les œuvres contemporaines de l’une et de l’autre rupture, respectivement, présentent entre elles certaines homologies qui sont autant de symptômes d’un trouble épistémologique, porteur à la fois d’angoisse ontologique et de jubilation poétique, et vecteur de suspension du jugement.
 
II. Du Tiers Livre au Quichotte : la crise de la Renaissance
Pour appuyer mon propos, j’ai choisi quatre œuvres dans lesquelles la crise des savoirs m’a paru se refléter de manière exemplaire : le Tiers Livre de Rabelais et le Quichotte de Cervantès d’une part, les Affinités électives de Goethe et Bouvard et Pécuchet de Flaubert, d’autre part.
 
S’agissant de Don Quichotte (1605, 1615 pour la Seconde Partie), l’affaire est entendue : la lecture que donne Foucault lui-même du Don Quichotte comme œuvre exemplaire de la première rupture épistémologique est en effet restée célèbre ; alors que le protagoniste vit encore dans le monde des correspondances, où toute chose est legenda, chose à lire, le narrateur le jette dans un monde désacralisé, ouvert à l’expérimentation et au calcul :
 
Don Quichotte dessine en négatif le monde de la Renaissance ; l’écriture a cessé d’être la prose du monde ; les ressemblances et les signes ont dénoué leur vieille entente ; les similitudes déçoivent, tournent à la vision et au délire ; les choses demeurent obstinément dans leur identité ironique […]. Entre elles, don Quichotte erre à l’aventure. (p.61-62).
 
Dans le Quichotte, c’est donc le dispositif narratif lui-même qui prend en charge la rupture, par le saut épistémologique qui sépare le monde du héros et le monde du narrateur — même s’il faut bien sûr s’empresser d’ajouter que les choses sont plus complexes, que les affinités sont multiples entre le narrateur (lui-même dédoublé en plusieurs instances contradictoires) et son héros (dont l’ethos est lui-même instable), et que le monde dans lequel évolue le chevalier à la Triste Figure renvoie beaucoup moins à un « monde réel » référentiel, qui n’a pas encore d’existence littéraire à l’époque, qu’à un kaléidoscope de conventions esthétiques (volontiers incompatibles) empruntées aux divers genres littéraires repérables par les contemporains[11] — si bien que la tonalité sério-comique, ménippéenne, qui enrobe le perspectivisme antidogmatique et humaniste de Cervantès n’est pas directement issue d’un débat sur les vraies et les fausses croyances, mais d’une réflexion qui se présente comme une entreprise de critique littéraire sur la « bonne façon » d’écrire une « véridique histoire ». Où l’on voit également la part de prudence stratégique, en ces temps de Contre-Réforme triomphante, d’un auteur qui se tient à juste distance des sujets qui fâchent : voici un livre, dit le Prologue, dans lequel « il n’y a pas non plus à prêcher en mêlant l’humain au divin, un genre de mixture dont aucune intelligence chrétienne ne doit s’affubler[12] » (Don Quichotte, 133).
 
À l’orée de ce processus de sécularisation des cadres de la pensée, qui aboutira à la séparation entre le monde empirique ouvert à l’expérimentation et la métaphysique régie par un Dieu caché, l’œuvre de Rabelais est déjà travaillée par ce que Terence Cave[13] — qui souligne justement la nécessité de « dédramatiser la notion foucaldienne de rupture » pour décrire des changements en fait très lents —, appelle des « fêlures », ou encore des « troubles », lisibles
 
comme l’indice d’une incertitude épistémologique, d’une angoisse ontologique ou axiologique […], susceptible de nous montrer les endroits où le discours officiel d’une époque s’avère inadéquat à rendre compte de l’expérience de celui qui écrit. Le texte bute, à ces moments, sur un problème encore informe, donc inquiétant ». (15)
 
En l’occurrence, la remise en cause de l’épistémè de la Renaissance par une conscience de plus en plus aiguë de la dérive des signes et de l’impossibilité de trouver une interprétation qui soit « la bonne », dans un contexte idéologique de plus en plus répressif et menaçant, est très sensible à partir du Tiers Livre, publié en 1546 au lendemain de l’ouverture du Concile de Trente (1546). En effet, on peut rappeler que, dans le champ de discours unifié qu’est le savoir renaissant, encore imprégné du cosmos sacré médiéval, l’opposition entre vérité et fausseté n’a pas de sens en dehors de l’opposition théologique entre bonne interprétation — conforme à l’orthodoxie catholique — et mauvaise interprétation (hétérodoxe[14]).
 
Dans les derniers livres de Rabelais, le brouillage des anciennes grilles d’interprétation — dû à divers facteurs comme la découverte du Nouveau Monde, la naissance du capitalisme, la redécouverte des philosophes sceptiques —, dans un contexte de réaction répressive au schisme protestant, avec la multiplication des bûchers pour les sorcières et autres humanistes hérétiques, se traduit par une angoisse devant la prolifération de signes qu’on ne sait plus interpréter de manière univoque. Le Tiers Livre dans son ensemble est structuré par la quête d’un savoir impossible et dérisoire (Panurge doit-il se marier ou bien sera-t-il cocu s’il se marie ?), l’action avançant au rythme des consultations successives d’oracles et d’autorités savantes, comiquement réfutées les unes après les autres et les unes par les autres au gré des jeux de mots, des paradoxes et autres joyeux sophismes qui à la fois trahissent et conjurent l’angoisse devant la perte de légitimité de l’ancienne curiositas humaniste, de plus en plus suspecte de menées transgressives et illicites. Au cœur du Tiers Livre, la consultation du philosophe sceptique Trouillogan[15], qui mène Panurge au bord de la folie à force de perplexité, met en scène la rupture entre l’ancien temps de l’humanisme heureux — celui des premiers livres de Rabelais, Gargantua (1534) et Pantagruel (1532) — et les temps nouveaux marqués par une inquiétante dérive des signes. Cette rupture y prend la forme d’un conflit de génération, avec l’intervention du vieux Gargantua, curieusement ressuscité au chapitre précédent, et qui n’assiste à cet épisode que pour constater que le monde a bien changé et qu’il n’a plus qu’à retourner d’où il vient, c’est-à-dire dans un passé révolu[16].
 
III. Des Affinités électives à Bouvard et Pécuchet : les remous de la « seconde révolution scientifique »
J’en viens maintenant à la mise en scène du trouble épistémologique dans Les Affinités électives (1809) et Bouvard et Pécuchet (1881), deux œuvres qui se situent respectivement au début et à la fin du long processus de changement d’épistémè qui accompagne également ce qu’on a appelé « la seconde révolution scientifique », celle qui aboutira, à la fin du XIXe siècle, à la constitution de cette fédération des disciplines savantes que nous appelons « les sciences », sciences dures d’un côté et sciences humaines de l’autre, les unes et les autres excluant de leur champ les arts en général et la littérature en particulier[17].
Le roman de Goethe, écrit au lendemain de la Révolution française que l’auteur a vécue comme un cataclysme marquant une rupture historique sans retour, est tout entier structuré par une discussion sur la validité respective des anciens cadres de pensée, hérités de la science classique et du rationalisme des Lumières, d’une part, et d’autre part de l’alternative nouvelle apportée par la philosophie romantique de la Nature — les deux options se trouvant renvoyées dos à dos[18]. Ce débat est pris en charge par un dispositif fictionnel très retors : la théorie chimique des « affinités électives » joue en effet un rôle aussi central qu’indéterminé dans le drame amoureux qui affecte les quatre personnages principaux, à la lisière de l’allégorie poétique, du symbole métaphysique et de la clé d’explication scientifique.
 
Ainsi, dans la fameuse « discussion sur la chimie » au chapitre IV de la première partie, Charlotte, Édouard et le capitaine semblent annoncer au lecteur, sous la forme d’une théorie de chimie, le contenu de l’intrigue qui se nouera avec l’arrivée prochaine d’Odile, à savoir la destruction progressive du couple que forment Charlotte et Édouard par la force d’attraction irrépressible qui tend à réunir Édouard et Odile. L’intrigue pourrait en effet s’énoncer en ces termes, à partir de la mise en présence d’Odile et du couple marié : y aura-t-il « Scheidung[19] » — à la fois séparation au sens chimique et divorce — ? La théorie des affinités électives,proposée par le Suédois Tobern Bergman en 1775, prend appui sur la théorie, plus large, des « affinités », qui domine tout le XVIIIe siècle, grâce aux tableaux de classement mis au point par Étienne-François Geoffroy dès 1718[20]. La visée de la théorie des affinités électives, sur le modèle des classifications universelles, était de fournir une explication générale des lois d’attraction entre les éléments, étayée d’ailleurs par la théorie newtonienne de l’attraction universelle. Autrement dit, la théorie des affinités électives, déjà datée au moment où Goethe écrit (homme de science lui-même, il le sait fort bien!), est paradigmatique de l’épistémè classique et de son projet d’une mise en ordre exhaustive :
 
Les sciences [à l’ge classique] pointent toujours vers la découverte des éléments simples et de leur composition progressive ; et en leur milieu elles sont tableau, étalement des connaissances dans un système contemporain de lui-même. Le centre du savoir, au XVIIe et au XVIIIe siècles, c’est le tableau. (Foucault, Les Mots et Les Choses, 89)
 
Dans le roman de Goethe, marqué par la prise de conscience de l’historicité, et donc de la relativité des discours, cette théorie des affinités électives est à la fois caricaturée en mécanique combinatoire[21], prenant des airs de fausse piste pour l’interprétation d’une intrigue qui met au contraire en évidence un mystère irréductible des forces de la nature, forces démoniques, souterraines, inaccessibles à la claire raison — et en même temps, par un mouvement en sens contraire porté par certaines connotations spiritualistes, allusions anthropomorphiques etc., la même théorie se trouve reliée à toute la tradition de la littérature alchimiquede la fin de la Renaissance, littérature alchimique « qui, à la suite de Paracelse, prête aux substances chimiques corps, âme et esprit, […]dans une vaste correspondance et analogie des corps inférieurs avec les êtres supérieurs, le microcosme et le macrocosme, le monde d’en bas et celui d’en haut » (Joly, § 44).
 
Autrement dit, le recours voilé au discours alchimique « anime » le monde minéral comme l’exposé de la loi combinatoire « minéralise » les relations humaines : la figure ambivalente des affinités électives, à la lisière du monde moral et du monde sentimental, réalise ainsi la soudure poétique qui permet de réparer la vision unitaire de l’homme et de la nature, par-delà le constat d’une rupture historique — la révolution française — qui sonne le glas de la conception classique de l’homme universel si chère à Goethe.
 
Le modèle chimique des affinités électives, dans toute son ambiguïté épistémologique, permet donc à l’auteur de Poésie et Vérité, à la croisée des Lumières et du Romantisme, à la fois de dire la fracture nouvelle entre Raison et Imagination, sciences spécialisées et littérature, qui est en train de s’opérer dans ce premier tiers du XIXe siècle, et de la rédimer poétiquement par les miroitements du sens et la bigarrure des discours savants qui, dans leurs contradictions, interdisent à l’interprétation de choisir son camp.
 
Quelques décennies plus tard, l’auteur de Bouvard et Pécuchet constate les progrès accomplis dans la constitution des « sciences » et dans l’exclusion de l’art littéraire hors du champ de la connaissance, pour réaffirmer son refus d’une « époque » qu’il perçoit de manière pamphlétaire, comme un étalement continu, depuis la Révolution française, de bêtise, c’est-à-dire d’abord de perte du Sens. On retrouve chez Flaubert un idéal d’unité de la Poésie et de la Vérité, de l’Art et de la Science, le rêve d’un art qui serait parfaitement objectif. Mais, dans Bouvard et Pécuchet, cet idéal lui sert de contre-champ pour condamner tous les discours pseudo-savants qui fleurissent depuis lendemains de la Révolution française, la spécialisation des savoirs allant de pair avec le mépris des « experts » auto-proclamés pour la littérature[22]. « L’encyclopédie critique en farce », comme il appelle son livre[23], met les bonshommes Bouvard et Pécuchet aux prises avec le grouillement chaotique et proliférant des phénomènes : les deux apprentis-spécialistes passeront leur temps à faire le constat de cet échec du langage à mettre en ordre la réalité empirique, ainsi au chapitre III :
 
Ils accompagnaient le médecin chez les pauvres, puis consultaient leurs livres. Les symptômes notés par les auteurs n’étaient pas ceux qu’ils venaient de voir. Quant aux noms des maladies, du latin, du grec, du français, une bigarrure de toutes les langues. On les compte par milliers, et la classification linnéenne est bien commode, avec ses genres et ses espèces ; mais comment établir les espèces ? (129)
 
Et l’on se doute de ce que Flaubert pouvait penser d’Auguste Comte, qui identifie le « positif » au « réel » et à « l’utile » — en excluant naturellement la littérature du champ du positif[24] : « J’ai lu à Jérusalem — lit-on dans une lettre de 1850 — un livre socialiste, (Essai de philosophie positive par Auguste Comte). […] J’en ai feuilleté quelques pages : c’est assommant de bêtise. Je ne m’étais du reste pas trompé. Il y a là-dedans des mines de comique immenses, des Californies de grotesque[25]. »
 
Le grotesque, cet effet esthétique essentiellement mêlé, où le rire est doublé d’un frisson d’inquiétude, devant une réalité elle-même hybride, difforme, inextricable, où les catégories se fondent les unes dans les autres, le vivant et le mort, le végétal et le minéral, le beau et le laid, le risible et l’admirable — ce « comique horrifique » dont Rabelais est sans doute l’inventeur pour la littérature française, imprègne à des degrés divers toutes les pages de Bouvard et Pécuchet,du fait de la rencontre sans cesse reconduite entre les discours, contradictoires et changeants mais toujours imbus de leur certitude de savoir, et le démenti que leur inflige l’irréductible opacité du monde sensible, soumis à des grilles d’interprétation inadéquates. Au Panurge du Tiers Livre, Bouvard et Pécuchet reprennent la « philautie » mais aussi la « resverie » (le vertige angoissé) devant la discordance des doctrines et l’impossibilité de trouver une autorité fiable qui servirait de médiateur entre eux et le monde, de grille d’interprétation unique. À l’anachronisme de don Quichotte imitant un livre de chevalerie passé de mode, répond en outre celui des deux bonshommes cherchant la révélation dans tels traités de médecine poussiéreux ramassés chez un bouquiniste — fossé entre les mots et les choses symbolisé ici par le retard assez systématique des sources livresques dont s’entichent les deux provinciaux[26].
 
Selon des modalités différentes, on retrouve donc chez Goethe et Flaubert les marques d’un conflit épistémologique généralisé, inhérent, de manière spécifique, à la conscience qu’ont les deux auteurs d’une crise de la vérité, qui se manifeste par la concurrence et la contradiction entre les différents discours du savoir, et face auxquelles la « littérature » est amenée à gagner une légitimité inédite. C’est ici que ces textes ne sont pas exactement des textes « modernes », mais des textes de la conquête de la modernité, c’est-à-dire de la rupture épistémologique entre classicisme et modernité : indéniablement certes, on y trouve les éléments caractéristiques de la modernité[27] — mais toutes ces caractéristiques apparaissent, justement, comme conquises dans un débat avec les discours du savoir, dans une lutte pour la légitimité du rapport à la vérité. Ce sont des textes combatifs et expérimentaux, qui font le bilan d’une crise et cherchent une issue, une validité, pour leur propre pratique. Et de manière symptomatique, la critique qu’ils font de la séparation nouvelle entre des savoirs qui seraient « sérieux », « authentiques », « fiables », en prise sur la vérité parce que rationnels, et l’acte du romancier qui tiendrait du mensonge ou du songe creux de l’invention fictionnelle et verbale — cette critique, donc, rejoint les formes de littérature critique qui fleurissaient au moment de la première révolution scientifique et de la première rupture épistémologique, au tournant de la Renaissance et de l’ge classique.
 
IV. De la crise de la Renaissance aux lendemains de la Révolution française : rémanences fictionnelles de la suspension sceptique
Ainsi, un point commun essentiel, dans les quatre œuvres, consiste dans la suspension sceptique du jugement, dans la mise en évidence des contradictions, des paradoxes, dans la disqualification des discours qui prétendent avoir autorité, à commencer par les discours « sérieux », tous les discours de la « loi » — qu’il s’agisse d’autorité juridique ou politique, d’autorité rationnelle, ou d’autorité morale : qui a raison ? qui a tort ? qui dit vrai ? qui ment ou se trompe ? L’impossibilité de répondre à ces questions — ou suspension du jugement à la manière sceptique, renoue avec le genre de la satire ménippée telle que Lucien, en particulier, l’a légué aux humanistes de la Renaissance, d’Erasme à Montaigne en passant par Thomas More, Rabelais ou Burton[28].
 
Quant au retour de cette veine ménippéenne, sério-comique et sceptique, dans une certaine fiction narrative qui, depuis les années 1960, réfléchit à ce que sait le récit de fiction et à ce que prétendent savoir ou faire savoir les récits qui dispensent des vérités officielles, (historiques, médiatiques, scientifiques etc.,), — le tout dans un contexte d’intempérie épistémologique assez générale où la notion de fiction joue volontiers les pierres de scandale[29] —, je me bornerai, en guise de conclusion suspensive, à rappeler cette boutade suggestive de Terence Cave paraphrasant en ces termes la réaction outrée du vieux Gargantua face aux élucubrations du philosophe sceptique Trouillogan :
 
Je ne comprends rien à ce que racontent ces jeunes types de nos jours — éphectiques, sceptiques, pyrrhoniens, derridiens, post-structuralistes, post-modernistes et autres de la même farine. Si c’est à ça qu’en arrive le monde aujourd’hui, je rentre chez moi[30].
 
 
ISSN 1913-536X ÉPISTÉMOCRITIQUE (SubStance Inc.) VOL. XIV
 
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[1] Cet article est tiré d’une communication présentée lors du VIIe Congrès mondialNarrative Matters, intitulé : « Narrative Knowing/Récit et savoir », organisé par l’American University of Paris et l’université Paris-Diderot-Paris VII (coordination : Sylvie Patron et Brian Schiff) les 23-27 juin 2014 à l’université Paris-Diderot.
[2] Voir Michel Pierssens, « Introduction : épistémocritique », Savoirs à l’œuvre : essais d’épistémocritique, Presses universitaires de Lille, coll. « Problématiques », 1990, p. 14. Mis en ligne sur le site epistemocritique.org le 31 mai 2007 à l’adresse :
[3] Voir Thomas Pavel, La Pensée du Roman, Paris, Gallimard, 2003.
[4] Voir Paul Ricœur, Temps et récit, 3 vol., Paris, Seuil 1983-1985 et Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990.
[5] Charles Percy Snow, The Two Cultures and the Scientific Revolution, Cambridge University Press, New York, 1959.
[6] Michel Foucault, Les Mots et les Choses : une archéologie des sciences humaines, Paris, Gallimard, 1966.
[7] Northop Frye, Anatomy of Criticism, Princeton, Princeton University Press, 1957.
[8] Mikhaïl Bakhtine, La Poétique de Dostoïevski [1929], traduit du russe par Isabelle Kolitcheff, Paris, Seuil, 1970.
[9] Sur ce point, voir également Sylvie Thorel-Cailleteau, Fictions du savoir, savoirs de la fiction : Flaubert, Goethe, Melville, Paris, PUF, 2011.
[10] Voir également Claire Barel-Moisan, Audrey Giboux, Fiona-McIntosh-Varjabédian, Anne-Gaëlle Weber, Fictions du savoir, savoirs de la fiction : Goethe, Melville, Flaubert, Atlande, 2011.
[11] Voir par exemple Américo Castro, El pensamiento de Cervantes [1925], Madrid/Barcelone, Noguer, 1972 ; Edward C. Riley, Cervantes’s Theory of the Novel, Oxford University Press, 1962 ; Anthony Close, Cervantes and the Comic Mind of his Age, Oxford University Press, 2000.
[12] « [Este vuestro libro] […] ni tiene para qué predicar a ninguno, mezclando lo humano con lo divino, que es un género de mezcla de quien no se ha de vestir ningún cristiano entendimiento ». (Don Quijote, Parte I, « Prólogo »).
[13] Terence Cave, Pré-histoires : Textes troublés au Seuil de la modernité, Genève, Droz, 1999.
[14] Voir par exemple Michel Jeanneret, Le Défi des signes : Rabelais et la crise de l’interprétation à la Renaissance, Orléans, Paradigme, 1994.
[15] Voir Emmanuel Naya, « « Ne sceptique ne dogmatique et tous les deux ensemble” : Rabelais « on phrontistère et escholle des pyrrhoniens” », Études rabelaisiennes, XXXV, Genève, Droz, 1998, p. 81-129 ; voir également Danielle Perrot-Corpet, « La modernité en question dans le Tiers Livre et Don Quichotte », in Christian Michel (dir.), Naissance du roman moderne : récit, morale, philosophie, Publications des Universités de Rouen et du Havre, 2007p. 67-98.
[16] Voir le Tiers Livre, Chapitres XXIV (« Comment Trouillogan philosophe traicte la difficulté de mariage ») et XXXV (« Continuation des responses de Trouillogan, philosophe Ephectique & Pyrrhonien »).
[17] Voir notamment Michel Foucault, L’Archéologie du savoir, Paris, Gallimard, 1969, et A. Cuningham et N. Jardine, Romanticism and the Sciences, Cambridge, Cambridge University Press, 1990.
[18] Voir Hildegard Haberl, Ecriture encyclopédique — écriture romanesque : représentations et critique du savoir dans le roman allemand et français de Goethe à Flaubert, (thèse de doctorat soutenue le 15/10/2010 à l’EHESS), s.n., s.l.
[19] Voir cet échange entre Edouard et Charlotte, qui souligne le double-sens du terme « Scheidung » : « [Eduard :] die Verwandtschaften werden erst interessant, wenn sie Scheidungen bewirken. Kommt das traurige Wort, rief Charlotte, das man leider in der Welt jetzt so oft hört, auch in der Naturlehre vor ? » (p. 35). Le traducteur français ne maintient l’ambiguïté qu’au prix d’un affaiblissement du sens (« séparation » au lieu de « divorce ») : « les affinités [dit Edouard] ne deviennent intéressantes que lorsqu’elles déterminent des séparations. — Est-ce que ce triste mot, s’écria Charlotte, que, de nos jours, hélas ! on entend si souvent dans le monde, se rencontre aussi dans l’histoire naturelle ? » (p. 62).
[20] Voir Bernard Joly, « Les affinités électives de Goethe : entre science et littérature », Methodos, n°6, 2006, § 2, consultable en ligne : methodos.revues.org/482
[21] Voir Denise Blondeau, « Discours scientifique et discours fictionnel dans les Affinités électives de Goethe », mis en ligne en automne 2011, consultable sur le site Vox Poetica à l’adresse http://www.vox-poetica.com/sflgc/concours/tx/goethe.html
[22] « Car Bouvard n’est pas un pamphlet dirigé contre la Science idéale. Flaubert aspire trop à l’atteindre, il croit trop en elle pour jamais la ridiculiser. En revanche, il n’a pas de mots assez durs pour vilipender la manière dont elle est effectivement exercée et dévoyée par des pratiques humaines répréhensibles. C’est en cela que la Science véritable se distingue dans le roman de ces sciences dénaturées que sont les savoirs. Car, dans Bouvard, Flaubert met en scène des savoirs et non la science. En insérant ces savoirs dans son roman provincial, il en révèle clairement les dimensions non scientifiques. » (Stéphanie Dord-Crouslé, « L’écart provincial dans Bouvard et Pécuchet de Flaubert », Communication prononcée le 20 mars 1999, p. 9, article disponible sur le site Hal-SHS : www.halshs.archives-ouvertes.fr).
Voir également Stéphanie Dord-Crouslé, Bouvard et Pécuchet de Flaubert, une « encyclopédie critique en farce », Paris, Belin, 2000.
[23] Gustave Flaubert, lettre du 19 août 1872 à Edma Roger des Genettes, Correspondance, éd. Jean Bruneau, Gallimard, « Pléiade », t. IV, 1998, p. 559.
[24] Voir Auguste Comte, Discours sur l’ensemble du positivisme, 1848, Iere Partie, § 22.
[25] Gustave Flaubert, lettre du 4 septembre à Louis Bouilhet, Correspondance, édition citée, t. I, 1973, p. 679.
[26] Voir Stéphanie Dord-Crouslé, article cité.
[27] En particulier : l’importance de l’activité autoréflexive, l’usage poétique du langage marqué par l’intransitivité, la dimension relativiste et fragmentaire de la vision toujours limitée dans l’espace et dans le temps, mais en tension avec la quête — malgré tout — d’une Totalité, ou encore la conscience d’une discontinuité, d’une étrangeté du sujet toujours multiple, habité par les idées ou les mots des autres…
[28] Voir Nicolas Correard, « Rire et douter » : lucianisme, scepticisme(s) et pré-histoire du roman (XVe-XVIIIe s.), thèse de doctorat (dir. F. Lavocat) soutenue le 06/12/2008 à l’Université Paris-VII. Publication en cours.
[29] J’aborde cette question ailleurs : voir Danielle Perrot-Corpet, « Suspension des savoirs et connaissance morale dans le roman moderne : actualité d’un héritage cervantin », Europe, n° 979-980, nov-déc. 2010, p. 88-98.
[30] Ma traduction. « I don’t understand what these young chaps are saying nowadays — ephectics, sceptics, pyrrhonists, derrideans, post-structuralists, post-modernists and the like. If that’s the world’s coming to, I’m going home. » (Terence Cave, « Imagining Scepticism in the Sixteenth Century », in Journal of the Institute of Romance Studies, vol. I, London, 1992, p. 196. Cité par Emmanuel Naya, « « Ne sceptique ne dogmatique et tous les deux ensemble” : Rabelais « on phrontistère et escholle des pyrrhoniens” », Études rabelaisiennes, XXXV, Genève, Droz, 1998, p. 81-129).