Habiter en nomade le « je » (Lecture et écriture du « je » dans Prison, de François Bon)

Résumé :

Le récit et la fiction en prose, parce qu’ils utilisent le langage de l’expérience humaine, et par là, les déictiques qui renvoient, par le pronom Je, à la proprioception de soi, ou à la localisation d’un soi, permettent la projection d’une conscience lectoriale qui soit aussi un corps imaginaire, voyageant dans un univers fictif ou réaliste. Dans le texte de François Bon, Prison (1997), récit d’atelier d’écriture en prison, est donnée à lire la construction d’un sujet, à travers la consigne évoquant le mot « foyer », et ce qu’il implique de lien entre le lieu et la vie intime. Écrivant à travers une langue commune à l’auteur et au lecteur, dans un discours intérieur qui se façonne sous nos yeux, le texte propose un lien entre espace et vie interne.
A travers le « je » habitable par tous (nouement de la proprioception et du langage, selon les démonstrations de François Récanati), à travers les embrayeurs de lieu qui incitent à promener un corps imaginaire dans un espace (selon Deixis in narrative et les travaux de Käte Hamburger), et l’usage des temps multipolaires (expliquant l’ubiquité du lecteur, selon Marcel Vuillaume, permettant d’être en plusieurs lieux à la fois), les analyses fondées sur la philosophie du langage et la pragmatique tendent à étayer l’hypothèse selon laquelle le lecteur projette un corps imaginaire dans un espace, et non seulement un esprit, lors de l’immersion dans sa lecture, surtout quand lui sont donnés à lire des déictiques de première personne ou des coordonnées spatiotemporelles égo-centrés. On peut donc considérer que la parole intérieure du lecteur, modelée par la voix du texte, génère un corps imaginaire dont les mouvements et déambulations délimitent un « espace intérieur ».

Mots clés : Monologue intérieur, déictiques égo-centrés, embrayeurs, projection du lecteur, immersion du lecteur, théorie de la lecture, empathie du lecteur, littérature française contemporaine, François Bon, François Récanati, Vincent Descombes, Christian Metz, Atelier d’écriture, écrire sa vie.