Introduction : Inner Voices and Representation of Inner Spaces

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Abstract :
What is this little voice in our head? What is it used for? Why talk to ourselves, silently or out loud? What are the forms and modes of inner language? And what role does it play in our relationship to literature, theater, film? In spite of the abundant studies that have been published these last forty years, mostly in English, most account of inner speech begin with the avowal of a lack of comprehension (see for example, the recent monograph by sociologist Norbert Wiley, 2016). Let us attempt to go beyond such avowal by distinguishing the questions that have polarized research, the disciplinary configurations of this research, and their possible deficiencies (for a fuller state of the art on inner speech, see Bergounioux, 2001, and Smadja, forthcoming). Within the study of inner speech, important zones remain unexplored; one of these is inner space – the mental representation and experience of space – as it has mostly been discussed in an indirect and/or metaphorical manner, when it is discussed at all. This can be surprising, as inner speech appears as a crucial tool for the construction of the imagined spaces that we daily inhabit, when we remember familiar environments, when we project ourselves in the fictional spaces of a novel, when we daydream, or when we plan a trip to an actual place. The current issue of Epistemocritique explores this zone, at the conjunction of inner space and inner speech. To orient ourselves in this exploration, we propose in this introduction a few milestones that have been structuring the field of inner speech studies.

Présentation / Table des matières

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Pourquoi se parler, intérieurement ? De quoi nous parlons-nous ? Comment se structurent nos espaces mentaux ? L’abondance des études sur le langage intérieur ces dernières décennies est spectaculaire. Néanmoins, des lacunes subsistent et des pans entiers restent à explorer, comme la question des espaces intérieurs. La représentation des espaces intérieurs n’a généralement été abordée que sous un angle métaphorique, ou indirect. Les liens entre espaces intérieurs et langage intérieur n’ont guère été explorés au sein d’une discipline et encore moins à l’interface entre plusieurs disciplines. L’objectif de ce numéro d’Épistémocritique est de poser des premiers jalons dans cette direction, à la convergence entre linguistique, neurosciences, études littéraires, théâtrales et cinématographiques.

Introduction : Voix et représentations intérieures de l’espace

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Résumé :
Qu’est-ce que cette petite voix dans notre tête ? À quoi sert-elle ? Pourquoi se parler, en son for intérieur ou à voix haute ? Quelles sont les formes et les modalités de langage intérieur ? Et quel rôle joue-t-il dans notre rapport au texte littéraire, théâtral ou cinématographique ? Malgré d’abondantes publications ces quarante dernières années, principalement en anglais, la plupart des études sur la parole intérieure commencent par un sempiternel constat de méconnaissance. Récemment encore, le sociologue Norbert Wiley (2016) ne déroge pas à cette règle tacite. Il faudrait en réalité distinguer soigneusement les questions qui ont polarisé l’attention, les disciplines qui restent peu impliquées, et les lacunes qui s’en suivent (pour un état de l’art plus complet sur le langage intérieur, voir Bergounioux, 2001, et Smadja, à paraître). Au sein d’un domaine où il subsiste encore des pans entiers à explorer, l’espace intérieur, c’est-à-dire les représentations mentales de l’espace, a un statut particulier, puisqu’il n’est quasiment pas abordé ou seulement de façon indirecte et/ou métaphorique. Pourtant, notre parole intérieure participe de l’élaboration des espaces imaginés que nous habitons au quotidien, qu’il s’agisse de nous remémorer des environnements familiers, de nous projeter dans des espaces fictionnels lors de la lecture d’un roman ou à l’occasion d’une rêverie, ou de planifier un déplacement vers un lieu réel. Le présent numéro d’Épistémocritique – Revue de littérature et savoirs vise à remédier à ce manque, en explorant les liens entre parole et espace intérieurs. Afin de nous mieux orienter dans cette exploration, nous vous proposons maintenant quelques repères qui ont jalonné l’histoire de ce domaine.

Le langage intérieur : un nouveau protocole d’enquête. Fait linguistique et fait endophasique.

Résumé :

Qu’est-ce qu’un fait endophasique ? Quels faits endophasiques les protocoles d’enquête en vigueur permettent-ils de construire ? Les enquêtes de terrain sur le langage intérieur, depuis la fin du XIXe siècle et le questionnaire de Georges Saint-Paul, premier du genre, tendent à mettre en valeur des résultats qui ne sont pas des faits de discours à proprement parler et qui ne sont pas susceptibles d’être appréhendés en tant que tels par la linguistique ou les sciences du langage. Pourtant, le langage intérieur relève bien, comme son nom l’indique, du langage, et appelle de ce point de vue une enquête selon un protocole adapté à cet aspect fondamental. Depuis 2014, nous avons mis en œuvre au sein du programme de recherche Monologuer un nouveau protocole d’enquête (protocole 2R, l’un des protocoles Monologuer), expérimenté à ce jour (novembre 2018) auprès de 113 adultes, qui permet d’étudier et de comparer des représentations et des restitutions de langage intérieur ordinaire, par le prisme incontournable de la subjectivité des participants. Ce nouveau protocole nous permet ainsi de mettre à l’épreuve certaines hypothèses très répandues, comme l’hypothèse Vygotski-Egger d’un langage intérieur abrégé, condensé et inintelligible pour autrui et de proposer de nouveaux outils d’analyse, adaptés à cet « envers » de la linguistique qu’est l’endophasie (voir Bergounioux, 2004). Le langage intérieur apparaît ainsi comme un fait de discours et un fait de style, combinant variation idiolectale et grammaire endophasique.

Abstract :

What is an inner speech fact? Which inner speech facts can the current traceback protocols reveal? Since the first questionnaire (Georges Saint-Paul, at the end of the XIXth century), various investigations of the phenomenon have been conducted. Inner speech has been mostly studied from a psychological or a neurocognitive point of view, sometimes from a sociological one as well. It has not really been studied as a linguistic fact, whereas it is above all a matter of language. In 2014, I have created within the interdisciplinary program Monologuer a new protocol (Protocol 2R), which has since been revised collectively. Up to November 2018, we have conducted investigations and experimentations with 113 adults and we have analysed representations and restitutions of ordinary inner speech. These representations and restitutions are necessarily subjective. With this new protocol, we tested the Vygotski-Egger hypothesis of a condensed and abreviated inner speech. We also created new analytical tools, adapted to this linguistics underside (« envers » de la linguistique, Bergounioux 2004). Inner speech can be considered as a linguistic fact and a stylistic fact, a combination of idiolectal variations, and an endophasic grammar.

Mots-clés : langage intérieur, vie intérieure, endophasie, enquête de terrain, questionnaire, entretien, protocole, linguistique.

Key Words : Inner speech, inner life, endophasia, field survey, questionnaire, interview, protocol, linguistics.

Espaces et parole intérieure en prison

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Résumé :

La question de la représentation d’espaces en parole intérieure n’a guère été posée en tant que telle. L’espace est plutôt considéré comme l’une des catégories structurant notre rapport au monde et à nous-mêmes. Dans le cadre du programme Monologuer, des enquêtes sur les représentations et restitutions de parole intérieure réelle ont été menées, dont une en milieu carcéral, sur une durée de quatre mois. Ces enquêtes nous permettent de disposer d’échantillons précis à travers lesquels étudier les représentations spatiales. La parole intérieure est traversée par des lieux construits ou reconstruits, à partir de la perception, de la mémoire et de l’imagination. En prison, le monde extérieur, présent ou passé, réel ou imaginaire, ne résonne plus que dans la parole intérieure du sujet. Les représentations d’espaces concrets, d’espaces symboliques et d’espaces mythologiques participent ainsi pleinement de l’élaboration de patrons de constructions identitaires, variables d’un sujet à l’autre.

Abstract:

The issue of space representations in inner speech has rarely been raised for itsef. Space is rather considered as a category, among others, that structures our relationship to the world and to ourselves. In the research programme Monologuer, investigations on the representations and the reproductions of actual inner speech were conducted. One of them was carried out in prison settings over a four-month period. These investigations allow us to have accurate samples through which we can study spatial representations. Inner speech is affected by constructed or re-constructed places emerging from perception, memory and imagination. In prison, the outside world, present or past, actual or imagined, resonates only in the individual’s inner speech. Representations of concrete, symbolic and mythological spaces fully contribute to the building of identity patterns, varying from one individual to another.

Mots-clés : parole intérieure, vie intérieure, endophasie, rumination, mémoire, intime, espace carcéral, prison, seuil, espaces symboliques, espaces réels, enquête, questionnaire, entretien.

Key Words : inner speech, inner life, endophasia, rumination, memory, intimacy, jail, spaces, liminal /symbolic / real spaces, investigation, questionnaire, interview.