Dopage mental : l’anthropotechnie des psychostimulants entre réalité et fiction

Résumé/Abstract

Résumé : Si le dopage évoque un univers de produits et de consommations illicites, le dopage mental trouble cette assimilation rapide. D’une part, du café au Guronsan®, bien des usages ne sont pas prohibés, et, d’autres part, on sent poindre le désir ou l’utopie de l’optimalité, du surhomme ou du génie. Plus exactement, dans les deux cas, des imaginaires se marient aux usages : conquête de la force, espoir de puissance, rêverie d’une sur-sagacité, attente d’une mémoire prodigieuse… En arrière-plan, tout ceci baigne aussi dans un univers médical parallèle, car, à côté d’une utilisation thérapeutique des psychostimulants – pour compenser l’effet de certaines maladies ou du vieillissement – on assiste au développement d’usages anthropotechniques pour améliorer ses performances ou modifier des états mentaux. Ce phénomène anthropotechnique, en plein essor, a des visages divers : consommation de produits, conseils sur internet, ouvrages grand public, prises de position idéologiques, publicités, politique de recherche, scénarios prospectifs, et récits de science-fiction. Un large gradient entre réalités et fictions indique la vie singulière de ce domaine, les formes qu’il adopte, les espoirs et les craintes qu’il suscite. Cet article entend expliciter ce gradient et les circulations qui se manifestent entre ces niveaux très différents, des usages concrets jusqu’aux rêveries et vice-versa.


Si le dopage (Laure, 1995, 2000) évoque un univers de produits et de consommations réelles, le dopage mental semble contenir une propension à s’échapper vers la fiction. Dans un article publié dans Drogues, Santé et Sociétés, je m’étais intéressé à un corpus littéraire assez particulier : les dictionnaires pratiques de psychostimulants, ces ouvrages grand public, souvent à succès, qu’on peut trouver aussi bien en langue anglaise que française (Goffette, 2008). Au milieu de conseils concrets sur les avantages des produits, leurs risques, les posologies conseillées, je m’étais aperçu qu’il contenait une part non négligeable de rêverie d’efficience ou de prophétie de génialité. Cela m’avait conduit à parler d’un gradient entre réalité et fiction le long duquel on pouvait ranger quelques exemples. La présente étude entend développer cette remarque pour donner plus de substance à ce gradient et développer surtout l’idée d’un mélange de réalité et de fiction en chaque chose, car réalité et fiction se nourrissent l’un l’autre. Par exemple, si un produit suscite l’imagination, l’inverse est aussi exact, car l’imaginaire suscite l’existence du produit. Là où il y a une attente sociale, il peut y avoir un marché, donc un produit à orienter vers ce marché, ou à développer pour ce marché.

 
I. Substances : de la materia medica à la materia anthropotechnica
Commençons par ce qui paraît le plus proche du réel et le plus éloigné du fictif : la chose, ou dans sa fraction la plus signifiante : le principe actif, qui désigne ce qui dans le médicament est la substance active. La connaissance des substances actives s’appelait naguère materia medica – la partie matérielle de la thérapeutique. Toutefois, comme avec le dopage il ne s’agit pas de soigner mais d’améliorer des capacités normales, notre matière est plutôt une materia anthropotechnica – l’anthropotechnie étant « art ou technique de transformation extra-médicale de l’être humain par intervention sur son corps » (Goffette, 2006, p. 66).
 
Quoi de plus réel et matériel, par exemple, que de considérer 500 mg d’acide ascorbique, 50 mg de caféine et 400 mg de glucuronamide , 616 mg de sodium. Placez le tout dans un excipient et faites-en un comprimé effervescent. La chose, rassemblée en un tube de 15 comprimés (vendu par lot de deux) prend alors la dénomination de Guronsan®, produit par le laboratoire MSD Pharma, ou de Sarvit® si elle est produite par le laboratoire Méda Pharm.
 
Quoi de plus réellement réel ou matériellement matériel que ce comprimé de Guronsan® ? Pourtant, on sent déjà une sorte de poésie émaner de cette chimie et s’échapper de la réduction à la matière. L’acide ascorbique n’est-il pas appelé aussi « vitamine C », autrement dit « amine vitale », ce qui dégage une impression de vie, voire de vitalité ? La caféine n’éveille-t-elle pas le café à l’arôme puissant, synonyme à la fois d’excitation de l’intellect et des papilles ? Le bicarbonate et l’effervescente ne dégagent-ils cette douce magie chimique de l’eau qui se transforme en air, le pétillement pouvant symboliser la vie ? Les syllabes martiales de la chose, Guronsan®, n’évoqueraient-elles pas une sorte de personnage ? Sarvit® ne signifierait-il pas « ça re-vit » (ce que suggère d’ailleurs la typographie : « sar » en blanc, « vit » en rouge », le tout sur fond bleu) ? De même, les indications « médicales » montrent tout un univers de puissance latente et d’attentes implicites. La caféine a des propriétés anti-asthéniques et excitantes. Le glucoronamide est détoxifiant. La vitamine C est anti-oxydante. On peut donc attendre de ce comprimé une triple action excitante, purifiante et anti-corrosive ou inoxydable. L’emballage ne joue-t-il pas sur les couleurs vert, blanc et bleu, c’est-à-dire la vie, la pureté, et l’espérance ? La notice, si elle dégage tout un lot d’avertissements, de précautions d’emploi et de contre-indications, montre en même temps, la puissance de la chose. La matière devient force, la force symbole, le symbole rêverie.
 
Les slogans publicitaires qu’on peut glaner sur la toile ne font que ré-affirmer ces horizons d’attentes et de rêveries : « Guronsan®, la fatigue a fait son temps » ; « Sarvit® réveille votre potentiel ».
 
En somme, la chose nous fait dériver vers les mots. Mais ne faut-il pas inverser aussi la relation ? N’y a-t-il pas eu, d’abord, une étude de marché, une exploration des attentes du public, ce qui conduisit à élaborer le produit tel qu’il apparaît, dispensé sans ordonnance ? Pourquoi utiliser en effet des principes actifs peu prisés médicalement, la caféine étant un simple excitant, l’acide ascorbique ayant pour indication la lutte contre le scorbut, et le glucoronamide n’ayant pas d’effet thérapeutique clairement démontré ? Le but anthropotechnique, extra-médical, semble clair. Le réel et la fiction ont d’emblée partie mêlée. En fait, ce n’est pas tant la réalité d’une matière qui importe que celle de ces usages, qui lient le réel et la fiction en un tout.
 
II. Usages communs et usages pionniers
En reprenant le même exemple, il suffit de taper « guronsan » et « forum » pour voir apparaître un ensemble d’échanges sur les usages. Voici un exemple de ce qu’on peut trouver :
 
Bonjour,
Je suis actuellement au début d’une longue période de concours (6 mois) et une amie m’a conseillé de prendre du Guronzan (j’espère que c’est la bonne orthographe).
J’aurai voulu savoir ce que c’était exactement car elle n’a pas su réellement m’expliquer. Puis-je en prendre sans aucuns effets secondaires ?
Quels sont les effets ?
Est-ce un médicament ?
Merci de votre aide à toutes et tous. N’hésitez pas à me raconter vos bonnes comme mauvaises expériences.[1]
 
De tels messages montrent le tissus d’échanges, d’inquiétudes et d’attentes qui prend place dans la plupart des échanges de ces forums. Sous son apparence banal, ce texte traduit assez bien les différentes dimensions de l’usage :
– l’expression d’une intentionalité tendue vers un résultat : être plus performant pour une période d’examen,
– une demande de connaissance : obtenir des explications sur le contenu du produit et sur son mode d’action,
– une recherche pour estimer la validité du moyen vis-à-vis de la fin : savoir les effets du produit ;
– une interrogation sur le statut du produit : questionner sur le statut de médicament (thérapeutique) ou non,
– une relation asymétrique mais non hiérarchique : recueillir des conseils de pairs plus expérimentés,
– une valorisation de l’expérience directe : rechercher des témoignages, des expériences réelles de l’usage.
 
Sur ce sujet, Christine Thoër et Michèle Robitaille (2011) ont mené une intéressante enquête qualitative auprès de jeunes adultes québécois pour mieux cerner l’usage de psychotropes et ses raisons. Elles relèvent la conjonction de plusieurs éléments chez ces jeunes adultes consommateurs de psychostimulants :
– la conviction que ces produits (par exemple les amphétamines et le méthylphénidate) sont efficaces et apportent des gains de performance,
– l’idée, pour certains, de remédier à un syndrome de déficit d’attention, qu’ils ont auto-diagnostiqué,
– l’argument qu’ils sont confrontés à la pression de la performance scolaire ou professionnelle, ou à une multiplicité de tâches et de rôles devant lesquels ils ne pourraient pas faire face autrement,
– la crainte d’être les perdants d’une concurrence où d’autres recourent déjà aux psychostimulants, idée conjuguée à la conviction que ce type de consommation est répandue, d’où le sentiment d’un recours incontournable,
– l’opinion que ces produits présentent peu de danger parce qu’ils ont été conçus, testés et fabriqués selon les standards sérieux de l’industrie, ce qui les différencie des drogues,
– la conviction de les utiliser dans un usage légitime, parce que sérieux, non récréatif, ce qui marque une autre différence vis-à-vis des drogues.
 
Avec ces arguments et ces représentations, nous sommes ici dans un registre d’usage se situant à mi-chemin du pionnier et du banalisé, un usage où les représentations de soi et des autres sont en glissement, sur-estimant par exemple la banalité de l’usage et sa diffusion sociale, sous-estimant les risques, puisque si ces médicaments ont bien été évalués, ils l’ont été pour une indication médicale et non anthropotechnique. Au-delà, il ressort l’impression que toute la société fait norme, et le fait avec une exigence croissante. Il leur semble que le niveau normal de réussite (scolaire, sportive, personnelle, professionnelle) s’est majoré, si bien que ceux qui étaient normaux naguère risquent de se trouver en position inférieure, déclassée, incapables de s’intégrer à la norme sociale, entraînant un sentiment d’inquiétude (Ehrenberg, 1991).
 
Si ce sentiment sombre domine, on voit aussi par moment poindre des nuances d’émerveillements, une émotion de découverte, l’émoi devant l’extraordinaire. Deux des enquêtés ont dit ceci :
 
Ces médicaments là ça me donne un grand pouvoir parce que ça achète le temps… ça le multiplie. Tu deviens, euh… plus efficace, plus vite, meilleur. (Eric) (Thoër, Robitaille, 2011, p. 17)
 
J’entendais des étudiants du département parler de cette soi-disant drogue magique qui donnait un certain avantage pendant les périodes d’examen. J’avais envie d’essayer. (Li) (Thoër, Robitaille, 2011, p. 18)
 
L’usage conjugue ainsi de l’ordinaire et de l’extraordinaire : une image de banalisation et une image de puissance formidable, qui, en se révélant, libérerait quelque chose de soi, voire produirait enfin le vrai soi ou un soi plus vivant.
 
Cette dimension à la fois de l’usage pionnier et de la découverte de la merveille inconnue est plus apparente dans une autre étude dévolue aux usages récréatifs ou exploratoires. A cette fin, Christine Thoër et Stéphanie Aumond (2011) ont étudié le forum internet « Drug Prevention », qui a pour thématique « l’utilisation des drogues légales (médicaments détournés), des produits naturels ayant une action stimulante et des drogues illégales ».
 
Dans ce cadre, il s’agit moins de réagir à une situation à laquelle on a du mal à faire face que d’agir, à la façon d’un explorateur de soi. Comme il s’agit d’expérimenter hors du cadre médical, on trouve tout d’abord des sortes de posologies expérimentales, par exemple :
 
La dose conseillée pour débuter [la codéine] est de 30 à 60 mg. À cette dose, tu ne devrais pas faire l’expérience d’effets secondaires et pourras maintenir ce dosage jusqu’à obtention de l’effet désiré. Par la suite, tu pourras augmenter la dose à ta guise. Dans la majorité des cas, c’est à 250 mg que l’on obtient le meilleur effet d’euphorie avec le moins d’effets secondaires. (Thoër, Aumond, 2011, p. 117)
 
En fait, comme l’indiquent les auteurs de l’étude, l’essentiel des échanges et de l’intérêt des participants porte sur les effets obtenus et leur description. La chose et le récit sont conjoints. Par exemple, voici un échange à propos de l’injection de kétamine :
 
Les premiers effets se manifestèrent 5 à 10 minutes après l’injection. Ils consistaient en un effet de chaleur, de fourmillement, pas très différent de celui que procure l’oxyde nitreux. La montée de l’effet était très progressive et douce, je m’allongeais sur mon matelas les yeux fermés.
Peu de temps après, je rentrais dans un état de complète dissociation qui dure environ 1 ou 2 heures (ma perception du temps étant sérieusement altérée). A la différence du DXM, je restai tout à fait conscient pendant toute la durée de l’expérience, ce qui m’aida grandement à mémoriser les moments les plus pénétrants du trip. (Thoër, Aumond, 2011, p. 117)
 
Dans la tradition des expériences (trips) psychotropes du XIXe siècle (Baudelaire, De Quincey, etc.) ou encore des années mille neuf cent soixante, on voit ici une démarche d’exploration. Le principe est proche de celui du carnet de voyage, avec ses phases classiques :
1° décider de partir,
2° s’aventurer hors frontière,
3° prendre note de ce qu’on rencontre,
4° produire un récit,
5° entrer peu à peu dans la posture du vieux sage ou de la personne d’expérience.
 
L’étude montre ces différents aspects, faisant ressortir l’hésitation à partir (les aînés déconseillent fortement certains trips aux novices, trop inexpérimentés), les préparatif du trip, l’auto-observation des effets, le récit, et l’adoption progressive d’un rôle d’« expert » ou d’aîné. C’est un récit de soi, d’une exploration de soi.
 
III. Littérature pratique et projets politiques
On retrouve cette même tension ou ce même mélange dans un autre genre de corpus littéraire, celui des guides pratiques à destination du grand public. En consultant une demi-douzaine d’ouvrages publiés en France et aux États-Unis, on ne peut que constater la clarté de la finalité dopante. Bien que traitant de médicaments, ils ne cachent pas qu’ils en font un usage bien différent de l’indication médicale. Les titres eux-mêmes sont éloquents :
 
300 médicaments pour se surpasser physiquement et intellectuellement (Anonyme, 1988)
Le guide des nouveaux stimulants (Souccar, 1997)
Mind Food and Smart Pills [Aliment de l’esprit et pilules d’intelligence] (Pelton, Clarke Pelton, 1989)
Smart Drugs II [Les psychostimulants II] (Dean et coll., 1993)
Mind Boosters [Les accélérateurs de l’esprit] (Sahelian, 2000)
Brain Candy [Les bonbons du cerveau] (Lidsky et Schneider, 2001)
 
De plus, parfois sur fond de pilules et de gélules, les couvertures de ces livres s’accompagnent de sous-titres ou de bandeaux accrocheurs. Par exemple, Le guide des nouveaux stimulants (Souccar, 1997) est ainsi sous-titré :
 
Plus d’efficacité – Plus d’intelligence – Plus de concentration – Plus d’énergie
Plus d’optimisme – Plus de tonus sexuel – Plus de créativité
 
Il s’agit de conquérir des « plus » et non de guérir des « moins ». Nous sommes aux antipodes de la médecine, et ces caractéristiques correspondent pleinement au paradigme anthropotechnique avec ses pratiques d’amélioration et non de soins (Goffette, 2006, chap. IV), ou à une pratique de « human enhancement » différenciée d’un soin (Kass, 2003) (Elliott, 2003) (Rothman et Rothman, 2003) (Coenen, 2009).
 
Autre exemple, la quatrième de couverture de Smart Drugs II (Dean, Morgenthaler, Fawkes, 1993) reprend ce même langage, complété de quelques allusions à la lutte contre le vieillissement :
 
Augmentez votre clarté d’esprit et votre acuité sensorielle
Accroissez votre plaisir sexuel
Augmentez votre performance scolaire et professionnelle
Prenez connaissance des derniers traitements de la maladie d’Alzheimer
Accroissez votre QI de plus de 10 points
Améliorez votre aptitude à résoudre des problèmes
Améliorez votre mémoire jusqu’à 40 %
Ralentissez le vieillissement
 
Il est intéressant de remarquer que l’expression « smart drug » (plutôt que « psychostimulant ») provient de l’effet d’image et de connotation associé au mot « smart », qui signifie « élégant », « malin », « audacieux ». Utiliser des « smart drugs » apparaît ainsi comme un choix malin et avant-gardiste, alors que les banals « psychostimulants » relèvent de la plate objectivité pharmaco-chimique ou du traitement psychiatrique. Associé au mot « drug », on obtient l’idée d’une consommation astucieuse (Richard, 1999, p. 368), et non d’un dopage ou d’un usage risqué. La notion de drogue (au sens courant de produit de toxicomane) est évoquée, mais écartée comme non pertinente, là encore. Ces guides pratiques revendiquent une normalité sociale, une adaptation professionnelle, une conformité comportementale simplement un peu en avance sur l’époque.
 
Les livres français jouent aussi avec la langue. Le premier, 300 médicaments pour se surpasser physiquement et intellectuellement, parle dans son titre de « se surpasser » et explique directement qu’il traite de dopage intellectuel. Ce fut sans doute l’une des raisons qui conduisirent l’éditeur à le retirer de la vente. Lancé durant l’été 1988, ce livre a suscité de vives réactions : le 26 août, le ministre de la Santé français faisait savoir qu’il entreprenait une action en justice pour obtenir son retrait. Le même jour, l’Ordre National des Médecins émettait un communiqué très sévère. Par la suite, ce dernier indiqua qu’il suivait attentivement l’instruction en cours (1988a, p. 273 ; 1988b, p. 3). Le 23 septembre, c’était au tour du président de l’Ordre National des Pharmaciens de prendre position publiquement (1988, p. 922). Le parti pris affirmé haut et fort en faveur du « dopage » explique pourquoi les auteurs, médecins, ont préféré l’anonymat, et d’évidentes maladresses vis-à-vis du cadre législatif expliquent pourquoi l’éditeur jugea prudent de retirer le livre de la vente en novembre 1988, bien qu’il en ait déjà vendu, selon ses propres dires, 150 000 exemplaires.
 
L’autre ouvrage francophone, Le guide des nouveaux stimulants, tirant les leçons de cette controverse, précisa d’emblée le cadre légal, en indiquant qu’il s’agissait d’automédication ou de prescription hors des indications consignées dans l’autorisation de mise sur le marché (AMM). L’auteur prit soin de n’utiliser à aucun moment le terme « dopage », préférant parler de « stimulants », terme plus neutre. D’autres expressions plus acceptables et vagues sont aussi employées, telles que « s’adapter aux contraintes de l’environnement » (Souccar, 1997, p. 13) ; « garder le tonus psychique » (p. 19) ; « favoriser l’acquisition des connaissances » (p. 255) ; « améliorer les fonctions mentales » (p. 274) ; « dynamiser » ; « développer le potentiel » ; vocabulaire banal, qu’on retrouve aussi bien dans les magazines féminins, la presse santé grand public ou les manuels de « management ».
 
Tous ces ouvrages oscillent entre un message plat, faisant profil bas, qui se contenterait de donner des informations, et un enthousiasme prosélyte. En ce qui concerne la finalité d’information, Brain Candy (Lidsky et Schneider, 2001), un livre assez récent, est le plus révélateur. Il cherche davantage à respecter la rigueur scientifique, et les auteurs, des scientifiques reconnus, découragent d’ailleurs la consommation d’environ un tiers des produits examinés. En fait, d’après eux, pour choisir de recourir ou non à des psychostimulants, il faut d’abord pouvoir faire un choix éclairé. Ensuite, doté de cette information, le passage à l’acte du consommateur ressort du domaine privé :
 
Ensemble nous est venu le concept de ce livre : fournir une information sans biais, fondée sur des recherches de bonne qualité, pour ceux qui veulent connaître les bénéfices et les risques des plantes, des compléments alimentaires, et des autres moyens d’améliorer le fonctionnement mental — pour la confiserie du cerveau pourrait-on dire (Lidsky et Schneider, 2001, p. 12-13)
 
Nous sommes dans le cadre typique de la relation de consommation, prise dans sa norme contractuelle : pour que le contrat de consommation soit acceptable, il faut qu’il soit librement consenti, ce qui suppose une bonne conscience du produit consommé, donc une information loyale et satisfaisante, y compris sur les risques encourus et les bénéfices réels. Il est possible de constater que ce modèle ne s’interroge ni sur la légitimité de la consommation, ni sur le trouble qu’une consommation dopante peut induire dans la relation de concurrence professionnelle. Ces auteurs considèrent qu’il s’agit d’une question privée, où la question du bien-fondé de l’action n’est pas absente, mais appartient au domaine privé du consommateur.
 
A l’opposé de cette platitude informative, on trouvera des signes d’enthousiasme. Par exemple, Mind Boosters proposent de véritables programmes clés en main, des « Mind-Boosting Programs » (programmes d’amélioration de l’esprit) (Sahelian, 2000, part. V) et la plupart prennent parfois ouvertement parti pour ces substances ou pour l’une d’entre elles :
 
Les substances nootropiques présentent un potentiel fascinant et stupéfiant dans le champ de l’augmentation de la mémoire. (Pelton et Clarke Pelton, 1989, p. 133)
 
Acetyl-L-Carnitine (ALC) fut une des plus passionnantes substances étudiées dans Smart Drugs & Nutrients. Actuellement, l’ALC paraît encore plus prometteuse en tant que moyen d’améliorer la cognition de personnes normales, bien portantes, et en tant que traitement de l’AAMI (Dean et coll., 1993, p. 91).
 
Je trouve la chimie du cerveau fascinante, particulièrement depuis que nous avons accès à nombre de compléments naturels qui peuvent nous aider à manipuler nos neurotransmetteurs. (Sahelian, 2000, p. 39).
 
« Potentiel fascinant et stupéfiant », « passionnantes substances », « ALC […] prometteuse », « chimie du cerveau fascinante », etc. : ce que prononcent là les auteurs n’est pas seulement une opinion mais un engouement, voire un credo, qui sous-tend un projet de société.
 
IV. Projets politiques, projets de société
Toutefois, à ce niveau aussi, nous rencontrons le même gradient entre le réel et le fictif. D’un côté des rapports de prospectives visent à orienter concrètement les politiques publiques tandis qu’à l’extrême inverse se publient des rêveries de génialité, avec, dans l’entre-deux, le courant transhumaniste.
 
En 2002, la National Science Foundation et le Department of Commerce des Etats-Unis publièrent le rapport Converging Technologies for Improving Human Performance – Nanotechnology, Biotechnology, Information Technology and Cognitive Science, plus connu sous l’appellation « NBIC Report ». Le synopsis des recommandations indique ceci (nous traduisons) :
 
Les recommandations de ce rapport sont à longue portée et fondamentales. Elles exhortent à une transformation radicale des sciences, de l’ingénierie et des technologies. Les prochains développements seront révolutionnaires et leur gouvernance doit se faire dans le respect du bien-être et de la dignité humaine. Ce rapport établit les buts de cette transformation sociétale et éducative. Construit à partir des propositions développées dans les cinq groupes thématiques et à partir des idées issues de plus de cinquante contributions individuelles, l’atelier recommande la statut de domaine de priorité nationale en recherche et développement pour la convergence technologique ayant trait à l’augmentation de la performance humaine. Il s’agit d’une opportunité importante, durable et d’intérêt général. […]
 
Les sciences et la technologie vont dominer le monde de façon croissante, tandis que s’accroissent les populations, l’exploitation des ressources et les conflits sociaux potentiels. Par conséquent, le succès de ce domaine prioritaire de convergence technologique est essentiel au futur de l’humanité. (Rocco, Sims Bainbridge, 2003, p. xiii)
 
Le rapport met en avant cinq grandes thématiques phares :
– Etendre la cognition et la communication humaine
– Améliorer la santé humaine et les capacités physiques
– Augmenter la productivité des groupes et de la société
– Sécurité nationale
– Réunir science et éducation
 
Sur chacune de ces thématiques, deux grands volets d’études sont apportés : d’une part un état des lieux (« statement »), de l’autre des projets visionnaires (« visionary projects »). En somme, il s’agit ni plus ni moins que d’articuler le récit du réel et le récit de fiction, dans une perspective qui tient à la fois de la politique prospective et de la prophétie. Le ton lui-même oscille entre le jargon routinier du management et le saisissement « révolutionnaire ».
 
En fait, par bien des aspects ce rapport fait écho au développement du mouvement politique transhumaniste. Voici le début de la profession de foi transhumaniste, rendue publique en 1998, ici dans sa version actuelle, plus prudente, qui date de 2009 :
 
1. Dans le future, l’Humanité va être profondément affectée par les sciences et les technologies. Nous voyons (envision) la possibilité d’un accroissement du potentiel humain en repoussant le vieillissement, les limitations cognitives, la souffrance involontaire et notre confinement sur la planète Terre.
2. Nous croyons (believe) que le potentiel de l’humanité est encore largement non-réalisé. Certains scénarios possibles nous mènent à des conditions humaines augmentées (enhanced) merveilleuses et de très grand intérêt.
3. Nous reconnaissons que l’humanité fait face à des risques sérieux, tout particulièrement dans le mésusage des nouvelles technologies. Il y a des scénarios réalistes possibles qui mènent à la perte d’une grande part ou même de tout ce que nous tenons pour valable. Certains de ces scénarios sont radicaux, d’autres subtils. Bien que tout progrès soit un changement, tout changement n’est pas un progrès.
[…]
7. Nous plaidons pour le bien-être de tous les êtres sensibles : humains, animaux non-humains, intellects artificiels futurs, formes de vie modifiées, ou autres intelligences auxquelles les avancées technologiques et scientifiques pourraient donner le jour.
8. Nous voulons permettre à chaque individu un large choix personnel sur les façons de capaciter sa vie. Cela inclut l’utilisation de techniques qui peuvent être développées pour assister la mémoire, la concentration et l’énergie mentale, les thérapeutiques d’extension de la vie, les technologies de choix reproductif, les procédés cryogéniques, et bien d’autres modifications et technologies d’augmentation humaines possibles.[2]
 
Si l’aspect « technoprophète » et l’enthousiasme étaient davantage présents dans la version de 1998, il n’en demeure pas moins que le transhumanisme est un projet à la fois individuel, politique et métaphysique. A ce titre, s’il s’appuie sur un tissus de sciences et de technologies existantes, à partir duquel il extrapole, il relève néanmoins de la fiction, de la vision, et plus précisément de la fiction visionnaire où l’imagination libère la rêverie des aspirations humaines.
 
On pourrait penser ce projet d’un dépassement de la condition humaine comme éloigné de ce dont nous sommes parti – Guronsan®, usages de psychotimulants et guides pratiques – mais en fait une même fiction s’exprime à travers ces différentes facettes. Nous en voulons pour preuve ce texte, reproduit au début d’un des premiers guides pratiques de psychostimulants, Mind Food & Smart Pills. Il s’agit d’un poème – le choix de cette forme est intéressant – de Luis Alberto Machado, présenté comme « Minister of Intelligence in Venezuela » :
 
Tout le monde a, par sa simple existence, le droit d’être intelligent. Et d’avoir les moyens de devenir significativement plus intelligent. C’est un droit qui doit être reconnu et tenu pour sacré. […]
Jusqu’à maintenant l’intelligence a été un privilège. Le dernier bastion des privilèges. La richesse la moins bien distribuée de la Terre. La cause et le fondement du maintien des privilèges. Intelligence est synonyme de pouvoir. […]
En toute circonstance, la « stupidité » est une « maladie » curable. Ce n’est pas une situation qui doit être endurée avec résignation, c’est un problème social qui doit être combattu.
Personne ne peut devenir Einstein. Il est même absurde d’essayer. Mais tout homme peut devenir lui-même. Et il n’y a pas de raison pour laquelle une personne serait moins qu’Einstein. Le génie est rare parce que, fréquemment, les moyens de le devenir n’ont pas été disponibles. Un ‘génie’ ne doit pas être vu comme un être doté de facultés extraordinaires. Un génie n’est pas un surhomme. Mais un homme ou une femme normaux. Le reste de nous est infra-normal. Nous sommes appelés à rejoindre le niveau des génies. Et, dans le futur, à le surpasser. […]
Chacun a le droit d’être libre. Et le droit d’être plus libre encore. Le respect de la liberté de chacun signifie qu’il a le droit d’exercer la liberté qu’il possède. Cela n’est pas suffisant. La liberté doit être augmentée. L’être humain peut devenir plus libre par son propre perfectionnement, acquis dans la réalisation progressive de toutes ses facultés. La liberté est tout ce qui est nécessaire.
Hormis la liberté, tout ce qui est nôtre est à délaisser » (Pelton et Clarke Pelton, 1989, p. 19-22)
 
Un tel texte dévoile une double espérance sous-jacente à la consommation des « smart drugs » : celle de la libération d’un extraordinaire pouvoir et celle de la révélation du soi dans toute sa plénitude. Si nous nous sommes affranchis de l’esclavage social, il resterait celui de la nature et de l’éducation. Le projet de L. A. Machado est de l’abroger, en utilisant entre autres la chimie du cerveau. Bien qu’encore entravés par une intelligence étroite, nous aurions suffisamment de conscience pour voir notre avenir et reconnaître notre devoir. Voici donc, dans un dictionnaire pratique passant en revue des produits, une rêverie qui contient à la fois une métaphysique de l’humanitude et une morale de l’individu, le tout faisant le lien entre des pratiques réelles et des visions prospectives ou prophétiques.
 
Conclusion : de la réalité à la fiction, et retour – mythes et science-fiction
Le lecteur de ce texte, attiré par la question de la fiction et du dopage mental, attendait sans doute une plongée dans la science-fiction des psychotropes, voire même dans l’univers mythologique des philtres aux pouvoirs magiques. Nous avons pris le parti du contre-pied de cette attente, souhaitant montrer que cette rêverie des substances psychoactives se nichait tout autant dans un mouvement politique de plus en plus actif, dans un rapport de politique de recherche, dans des dictionnaires pratiques, dans des échanges sur la Toile, dans des usages déjà bien présents, et même dans un simple comprimé qui comprime autant un principe actif dans un excipient qu’une rêverie vivante dans une incarnation, elle-même destinée à être absorbée par un corps et par un esprit.
 
La science-fiction, à bien des égards, contient moins de rêverie – au sens de Gaston Bachelard (1957) –que ce que nous avons vu ici. La science-fiction, dans ses grands textes, est certes une mise en fiction où l’innovation introduit une nouvelle perspective, mais elle est surtout une réflexion. L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de Robert Louis Stevenson (1886) est autant une réflexion sur le syndrome de dédoublement de la personnalité qu’une interrogation sur la question des effets secondaires, des impuretés chimiques, de l’inattendu dans la recherche, et des risques humains. Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley (1932), s’il met bien en avant ces délicieuses vitamines et son soma apaisant, provoque une distanciation et introduit des éléments d’interrogation, non sans faire référence aussi à la mythologie – le soma appartenant d’abord à la mythologie de l’Inde. De même, Le congrès de futurologie de Stanislas Lem (1971) se veut ouvertement une réflexion critique sur ces psychotropes qu’il appelle « mascons » parce qu’ils produisent un effet de masquage de la réalité et nous font vivre dans une sorte de fiction permanente, ce à quoi le personnage principal essaie d’échapper en utilisant une substance anti-mascons, qui fait apparaître une vérité nue bien triste, le succulent perdreaux dans son assiette en argent se révélant n’être qu’un brouet gris-brun dans une gamelle (pp. 166). Philippe K. Dick, dans Blade Runner (1968) montre que l’utilisation d’un orgue d’humeur peut aussi receler des pièges comportementaux : se programmer pour la journée une phase dépressive peut engendrer une amorphe tristesse si robuste qu’on se réveillera le lendemain encore pessimiste, enclin à se programmer une nouvelle journée dépressive. Tout est devenu artifice, des animaux de compagnie jusqu’à l’humeur personnelle, et on se doute qu’il est bien difficile de justifier alors la distinction entre humains avec des droits et androïdes sans droits quand les uns et les autres sont aussi plastiques dans leurs comportements. Ou encore, Frederic Pohl, dans L’ère du satisfacteur (1969), montre que le « satisfacteur », cet objet à tout faire qui permet entre autre de pulvériser tout une gamme de psychotropes, nous fait jouer avec les humeurs comme on joue avec des vêtements, l’humeur étant devenu un accessoire de mode. Bien d’autres références aux psychotropes dans la science-fiction ont par ailleurs été répertoriées (Rouiller, 2002).
 
Ce qui distingue la science-fiction des réalités plus ou moins fictives que nous avons vues, se trouve dans le type de recours à la fiction. Dans le genre littéraire, le recours à la fiction est volontaire, maîtrisé, observé et comme disséqué tout en étant vécu par procuration du récit. C’est un art de l’exploration dans la distance. Dans notre Guronsan®, nos guides pratiques, notre rapport NBIC, notre poème d’un « ministre de l’intelligence », la fiction fait irruption sans qu’il en ait été décidée, comme si elle s’engouffrait avec un visiteur en étant son ombre. La réalité semble d’abord omniprésente, mais on s’aperçoit que s’échappe d’elle, de partout, un halo de fiction qui la porte et l’engendre en partie. S’il s’agit d’une exploration, ce serait bien plutôt d’une exploration dans la fascination et l’enthousiasme que dans la distance. D’un côté nous avons un récit littéraire qui se présente comme une exploration de l’invention de fiction, de l’autre un récit pionnier qui se présente comme une exploration de découverte du réel. Dans ce dernier cas, on perd en richesse de scénarisation et de réflexion, tandis qu’on gagne en puissance de témoignage et d’affectation.
 
 
ISSN 1913-536X ÉPISTÉMOCRITIQUE (SubStance Inc.) VOL. XI
 
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