Discours scientifique et discours fictionnel dans Les Affinités électives

Avec les Affinités électives, Goethe écrit une nouvelle fois l’histoire d’une passion tragique. Au centre de la trame romanesque en effet : des amours contrariées, une union tardive qui est une vaine tentative de rattrapage, un divorce souhaité, refusé et accepté trop tard… bref une succession d’échecs du couple de Charlotte et d’Edouard, sans parler des couples qui ne peuvent se former. Mais il apparaît très vite que ce qui peut sembler une réflexion douloureuse sur le couple, sa formation ou sa destruction, donne lieu à l’investigation de tout un contexte historique et du processus qui, selon Goethe, est la marque de l’époque, la division, Scheidung. Si le poète élabore dans la forme romanesque une hantise personnelle, c’est qu’il y voit une des problématiques de l’époque de seuil que sont les années 1808-1809, lors desquelles il travaille aux Affinités électives.

En effet, le tournant des XVIIIème et XIXème siècles et le premier quart du XIXème sont, dans les domaines politique et socio-économique d’abord, dans l’espace allemand et européen du moins, un seuil. Deux événements historiques apparaissent alors essentiels à Goethe, qui trouvent dans le roman un retentissement profond : d’abord et surtout la Révolution française, ensuite la montée en puissance de la Prusse à la suite de la chute du Saint Empire Romain Germanique en 1806. Le nouvel environnement politique, social, économique contribue à l’avènement d’un homme nouveau, profondément marqué par ce qui aux yeux de Goethe est le signe de l’époque, la cassure. La Révolution française est en effet perçue par nombre d’intellectuels allemands, qu’il serait trop schématique de réunir sous l’étiquette de conservatisme, et par Goethe en particulier, comme une fracture décisive du corps social. Des esprits aussi différents que Friedrich Schlegel ou Georg Forster, par exemple, formulent cette vision de la nation révolutionnaire comme celle qui « divise », en se souvenant du rôle de premier plan que joue la France dans l’essor de la chimie : les chimistes sont alors perçus comme les artistes ou artisans de la division, de la séparation des éléments, et la nation française devient la « nation chimique », « die chemische Nation ». Elle a divisé la société, ou porté à un paroxysme les divisions existantes, et par une nouvelle législation sur le divorce, elle a favorisé la séparation juridique du couple.
La cassure est aussi à l’intérieur de l’homme, car l’époque nouvelle, engagée dans des bouleversements économiques, scientifiques et techniques considérables, impose à l’individu, à travers l’exigence de division du travail et de spécialisation, un resserrement sur un petit nombre de ses facultés, au détriment des autres. Les années de voyage de Wilhelm Meister, seconde partie du grand roman d’éducation goethéen, proposent une vaste fresque de cette ère moderne, qualifiée de « Zeit der Einseitigkeiten », l’ère du morcellement, de la spécialisation, du bornage des individus. Dans Les Affinités électives, l’homme moderne est présenté comme fragmenté, « zerstückelt ». C’est que la référence anthropologique reste, pour un Goethe encore nostalgique de l’humanisme classique, l’homme « complet », « der ganze Mensch », celui qui a le privilège de développer toutes ses facultés, que Schiller et lui avaient rêvé de former par une « éducation esthétique ». Dans les années 1808-1809, l’histoire a contraint Goethe à renoncer à cette anthropologie idéaliste, il n’exige plus de l’homme cette culture générale humaniste, cette harmonie esthétique et morale dont le modèle était à ses yeux la kallokagathia. L’ère révolutionnaire et l’ère restauratrice ont contribué à l’avènement d’un individu spécialisé, rouage utile au fonctionnement d’une machine plutôt que membre vivant d’un organisme, pour reprendre la métaphorique goethéenne. S’est constituée, essentiellement en Prusse, une société de techniciens, d’administrateurs et d’organisateurs, régie par une raison instrumentale qui est une déformation matérialiste et utilitariste de la force émancipatrice, instrument de connaissance et de conduite morale et politique des Lumières.
Les Affinités électives sont donc à la fois l’histoire d’une passion particulière et la situation spirituelle d’une époque. Cette ouverture du champ individuel à un espace plus large a conduit Goethe à abandonner la forme brève et dramatique, envisagée dans un premier temps, d’une nouvelle devant s’insérer dans Les Années de voyage. Le sous-titre de ce roman, « die Entsagenden », les renonçants, désignait justement ces hommes modernes, adaptés à l’exigence de l’époque : « Einseitigkeit ». Les nouvelles insérées devaient au contraire mettre en scène des individus « non renonçants », non adaptés, la plupart du temps agités de forces obscures poussant au désordre, les passions. Une théorie de la nouvelle voulait alors que cette forme de narration conduise avec la progression rapide du drame à un « événement inouï » qui, en l’occurrence, eût été la scène dite « d’adultère dans le lit conjugal » (II, 11). En retenant l’ampleur romanesque pour observer et raconter la genèse, le développement et l’issue mortelle de la passion d’Edouard et d’Ottilie, Goethe inscrit donc une thématique individuelle et anecdotique dans son contexte socio-économique.
 
En outre, cette thématique de la division est aux yeux de Goethe l’une des interrogations scientifiques du moment, portée par une science se développant alors selon des voies nouvelles, la chimie. Qualifier la France révolutionnaire de « nation chimique » en dit long sur l’ancrage de cette problématique dans la science de l’époque. Situé dans son contexte, le roman propose la rencontre littérairement fructueuse d’un discours scientifique et d’un discours fictionnel, d’une pensée scientifique et d’un génie poétique. Ce qui est recherché et que la forme romanesque permet, c’est une approche scientifico-poétique de l’humain, une nouvelle anthropologie, non idéaliste. Lorsque, le 4 septembre 1809, Goethe annonce la parution des Affinités électives, il souligne le poids de ses préoccupations scientifiques dans la genèse et l’élaboration de son roman :
 
Es scheint, dass den Verfasser seine fortgesetzten physikalischen Arbeiten zu diesem seltsamen Titel veranlassten. Er mochte bemerkt haben, dass man in der Naturlehre sich sehr oft ethischer Gleichnisse bedient, um etwas von dem Kreise menschlichen Wissens weit Entferntes näher heranzubringen […].[1]
 
Ce sont donc ses études, non pas de science physique stricto sensu, mais de phénomènes de la réalité physique, qui ont conduit Goethe au titre de son roman et au roman lui-même. L’individu est situé dans une nature où règne la « nécessité », l’auteur s’engage dans une étude de l’homme qu’il veut scientifique.
 
L’opposition d’une sphère de liberté morale et d’autonomie de la raison, et d’une sphère de la nécessité physique, est formulée dans le roman au chapitre 4 de la première aprtie, où est exposée la théorie dite des affinités chimiques. La discussion des trois protagonistes en présence, Charlotte, Edouard et le Capitaine, s’engage à partir d’une lecture faite par Edouard d’un livre de chimie déjà ancien. Charlotte relève d’emblée ce qu’elle prend pour un malentendu : peut-on appliquer une théorie, un vocabulaire, des notions de chimie à l’humain ? La question de l’auteur est de savoir s’il est possible d’aborder l’humain par cette voie matérialiste. Elle reste dans ce chapitre sans réponse explicite, mais fait l’objet d’une transposition audacieuse : le « cabinet de chimie » annoncé par le Capitaine n’arrivera jamais, il n’en sera plus question dans l’intrigue romanesque, mais l’expérimentation promise se fera néanmoins, c’est le roman lui-même qui deviendra laboratoire. Un chercheur en « sciences humaines » observera un phénomène de la réalité empirique, la passion d’Edouard et d’Ottilie, en se gardant autant d’élaborer une théorie que d’appliquer un modèle, deux démarches qui font violence aux phénomènes. Il présentera ses observations à un public, en l’occurrence les lecteurs, et devra donc forger un langage adéquat aux phénomènes dont il veut rendre compte.
 
Les deux maîtres-mots du chapitre I, 4 sont dans le texte allemand « Kunstwort » et « Gleichnisrede ». Le premier désigne dans la bouche de Charlotte le terme « technique », qu’elle redoute d’employer à mauvais escient, mais il suggère aussi, au niveau du narrateur, la parole de l’art, « Kunst » ; le second, « Gleichnisrede », désigne l’opération de symbolisation elle-même. Une stratégie très appuyée du narrateur maintient hors champ le texte scientifique du Suédois Torbern Bergmann auquel il est fait allusion. Charlotte n’en a pas connaissance et n’y a pas accès puisqu’il lui est interdit de lire par-dessus l’épaule d’Edouard, le Capitaine en a tout au plus un vague souvenir, le lecteur des Affinités électives n’a pas non plus accès au texte original. La théorie scientifique proprement dite est citée comme référence à une méthode et une episteme. La question posée par le romancier et au romancier est autant scientifique que linguistique et esthétique. Comment se situer en 1808-1809 par rapport aux paradigmes de l’âge classique et comment écrire une prose scientifico-poétique, à laquelle Goethe s’exerce d’ailleurs de diverses façons, en particulier dans les textes rassemblés sous le titre « Naturwissenschaftliche Schriften ». Les variations de la forme du discours (essai, poème, élégie, récit historique, autobiographie et biographie, exposé didactique, schémas et tableaux …) témoignent de la réflexions goethéenne sur le langage, en même temps d’ailleurs que de son scepticisme en la matière.
 
Au cours de la discussion sur les affinités de ce chapitre I, 4, Charlotte est la plus préoccupée de séparer le domaine de la chimie organique du domaine proprement humain, de sauvegarder une autonomie morale de l’homme, « wollen und wählen » ; le Capitaine laisse la question en suspens, Edouard joue, avec la désinvolture qui le caractérise, avec les différents plans et brouille tout. Or, si cette question de la pertinence d’une approche de l’humain par les sciences de la nature reste en suspens pour les personnages de la fiction, elle trouve chez Goethe des éléments de réponse. En 1808 en effet, il subsume ses différentes approches partielles de la nature, géologie et minéralogie, ostéologie, anatomie comparée, zoologie, botanique … dans l’étude, justement, de la botanique, parce que celle-ci « ouvre la voie vers l’humanité ». Elle lui permet de s’engager dans une investigation moderne, c’est-à-dire réaliste voire matérialiste, de l’humain, d’avancer dans son étude des sciences du vivant. Ainsi écrit-il à son ami Knebel :
 
Deine Bemerkung zu Ehren der Naturstudien gilt nicht für Jena und für diesen Moment allein ; es liegt ein viel Allgemeineres dahinter und daran. Schon fast seit einem Jahrhundert wirken Humaniora nicht mehr auf das Gemüt dessen, der sie treibt, und es ist ein rechtes Glück, daβ die Natur dazwischen getreten ist, das Interesse an sich gezogen und uns von ihrer Seite den Weg zur Humanität geöffnet hat[2].
 
Le poète a opposé un scepticisme souvent ironique aux lectures moralisantes ou religieuses de son roman, dont on pourrait croire qu’il les a lui-même suggérées. La tendance à l’idéalisation est en effet dénoncée dans le style nazaréen des peintures de l’architecte, dans les affabulations d’Edouard imaginant Ottilie élevée « au-dessus » de lui ou de Nanny voyant sa maîtresse dans un espace éthéré ; l’exigence de renoncement posée d’abord par Charlotte relève d’une définition idéaliste de l’homme qui n’est pas la perspective du narrateur ; les discours de Mittler sont des caricatures des commandements du décalogue et tuent ; l’accusation de faute morale qu’Ottilie porte contre elle-même et son idée de contrition sont des emprunts à une morale religieuse que la jeune fille croit avoir reçue de Charlotte ; enfin le grandissement mythique suggéré par le narrateur lorsqu’Ottilie passe de la faute morale au crime et l’obligation de sacrifice qu’elle en retire, dénotent aussi la distance prise par rapport à l’idéalisme. A chaque fois et comme en réponse à ces projections, le romancier oppose le constat implacable du croisement sans cesse répété du hasard et de la nécessité, s’engageant vers un matérialisme qui a choqué les lecteurs du roman. Ce qui est constamment suggéré, c’est que les décisions et les choix (« wollen und wählen ») de l’homme pourraient bien n’être que le résultat de ces entrecroisements (« Kreuz », « kreuzen », « durchkreuzen », « über Kreuz ») toujours répétés du hasard et de la nécessité.
 
Pour proposer cette approche, Goethe rassemble ses études passées, prend acte de la nécessaire diversification et spécialisation des sciences, et en même temps affirme son désir de rassembler les énergies, son souci de se tenir au courant de ce qui se produit et se discute, en restant intimement convaincu de la nécessité d’une union des forces, d’une approche synthétique. Aussi bien en Thuringe dans les années 1776-1786 qu’en Italie entre 1786 et 1788, et finalement de nouveau lorsqu’il revient à Weimar, Goethe postule dans l’infinie diversité des formes de la nature (« Versatilität ») un principe d’unité. Abandonnant son idée d’une forme originelle, et sa « lubie » (« Grille ») d’une « plante originelle » (« Urpflanze »), il conclut à la nécessité de passer d’une « morphologie » à une « physiologie » des plantes. La « loi secrète » qui rendra compte du polymorphisme de la nature est une dynamique formatrice, non plus une forme idéale. Rejetant de toutes façons les « absurdes causes finales »[3] et l’approche téléologique au profit d’une méthode « génétique », il ne se lie plus à un idéalisme ni à un formalisme, mais se tourne résolument vers une investigation « de l’intérieur ». La « morphologie » n’est qu’une « science auxiliaire » de la « physiologie », car elle s’en tient à la « forme extérieure », alors que la « physiologie » cherche à pénétrer la structure d’un organisme. Le même progrès est apporté par la chimie par rapport à la physique : alors que celle-ci décrit en surface et dans l’espace des actions mécaniques, les analyses de la chimie rendent compte des processus internes selon lesquels les constituants de la matière s’agrègent ou se séparent, construisent ou détruisent des chaînes[4]. Si la chimie semble privilégiée au début du roman c’est parce que, en tant que science de la division, elle pose pour Goethe la référence implicite à l’union, à l’unité, un retour à une unité préexistante[5] :
 
 
So beruht die neuere Chemie hauptsächlich darauf, das zu trennen, was die Natur vereinigt hatte ; wir heben die Synthese der Natur auf, um sie in getrennten Elementen kennen zu lernen.
Was ist eine höhere Synthese als ein lebendiges Wesen ; und was haben wir uns mit Anatomie, Physiologie und Psychologie zu quälen, als um uns von dem Komplex nur einigermassen einen Begriff zu machen, welcher sich immerfort herstellt, wir mögen ihn in noch so viele Teile zerfleischt haben.
 
 
La division est aux yeux de Goethe en effet l’un des deux versants d’une même opération, qu’il nomme « la vie », le résultat d’une tension antagoniste fondamentale, en termes goethéens une « polarité », observable à l’intérieur d’un organisme ou entre les organismes, au sein du vivant. Il tente de l’exprimer par des couples de verbes : « trennen – verbinden » , « trennen – vereinigen », « abstossen – anziehen » … qui se ramènent tous à « entstehen – vergehen », naître et mourir[6]. On pourrait multiplier les citations. Au soir de sa vie, Goethe résume cette activité incessante au sein du vivant comme « l’opération physico-chimique qu’est la vie » et il l’interroge d’abord par ses études botaniques, par l’étude de la « chimie des plantes » :
 
Lassen Sie mich bei der Pflanzenchemie […] mich aufhalten. Es interessiert mich höchlich, inwiefern es möglich sei, der organisch-chemischen Operation des Lebens beizukommen[7] […].
Grundeigenschaft der lebendigen Einheit : sich zu trennen, sich zu vereinen … sich zu verwandeln, sich zu spezifizieren und, wie das Lebendige unter tausend Bedingungen sich dartun mag, hervorzutreten und zu verschwinden, zu solideszieren und zu schmelzen, zu erstarren und zu flieβen, sich auszudehnen und sich zusammenzuziehen. Weil nun alle diese Wirkungen im gleichen Zeitmoment zugleich vorgehen, so kann alles und jedes zu gleicher Zeit eintreten. Entstehen und Vergehen, Schaffen und Vernichten, Geburt und Tod, Freude und Leid, alles wirkt durcheinander[8] [… ]
 
Ce que le vocable “affinités” désigne imparfaitement est en fait la manifestation d’une force déstabilisatrice et destructrice autant qu’ordonnatrice et créatrice, la vie, non séparable de la mort. L’auteur des Affinités électives réalise, en racontant une historia morbi moderne, une « synthèse » de ses travaux scientifiques et de sa poésie. La méthode à la fois analytique et synthétique du savant nourrit la réflexion du romancier et lui fournit les bases d’une écriture poético-scientifique. Et plus précisément, l’ancrage de cette réflexion dans le contexte scientifique de l’époque situe le roman à ce moment où les sciences de la nature deviennent une science du vivant. L’allusion du chapitre I, 4 à la théorie de Bergmann pose une référence historique précise, celle de l’episteme classique, présentée d’emblée comme dépassée. Le roman lui-même soulève une interrogation résolument moderne et s’oriente vers une authentique science du vivant, alors en train d’émerger[9].
 
Il est littérairement et scientifiquement logique que le roman se développe dans un contexte létal, dans cette étude, le phénomène « vie » n’est pas séparable du phénomène « mort ». Le narrateur a dès l’incipit placé le roman sous le signe de la mort – Et in Arcadia ego – il n’est pas besoin d’insister. Les différentes tentatives des personnages de la fiction de fabriquer un espace de vie, qu’elles émanent d’aristocrates dilettantes passéistes ou d’une petite noblesse très bourgeoise, conduisent au même échec. Mais comment « représenter la mort » ? A la question des peuples et des poètes, remise sur le métier dans la première moitié du XVIIIème siècle, le romancier répond par deux propositions : soit, dans le cas d’Edouard et du vieux pasteur, le constat laconique qui enregistre avec les précautions d’usage (« man muβte ihn für tot ansprechen ») ; soit, à l’opposé, le mythe ou la légende, une métaphorique qui sera conservée par les générations comme legenda, choses à lire, et par les écrivains comme possible intertexte.
 
C’est dans ce contexte de hantise létale que se déroule la discussion sur les « affinités ». C’est Edouard, le plus fragile et labile du couple, le plus exposé, attiré depuis quelques temps par des « ouvrages scientifiques et techniques », qui par sa lecture permet d’évoquer la théorie du professeur de chimie et pharmacie Bergmann. Goethe en avait eu connaissance en 1792, soit une vingtaine d’années après sa parution, elle est donc dans le roman déjà ancienne, ce que souligne le Capitaine. Goethe qualifie cette théorie des affinités de « notdürftige Topik », c’est-à-dire y voit la marque d’un rationalisme qui prétend, faute de mieux, fixer des phénomènes énigmatiques dans une systématique réductrice, en l’occurrence quelques noms. Une volonté quasi dogmatique codifie les processus vitaux, les fixe dans des modèles censés permettre des applications, presque une programmation mécaniste. On a là un exemple de ce qu’est pour Goethe une « fausse synthèse », une hypothèse hâtivement formulée, qui en nommant et inscrivant dans une classification un phénomène naturel rigidifie celui-ci. Un propos de Goethe souvent relevé et repris pas ses interlocuteurs condamne la formulation « système de la nature » comme une « contradiction interne ». Refuser un « système de la nature » et rejeter la taxinomie, c’est tourner le dos à l’episteme classique.
 
On perçoit le niveau d’exigence du poète dont la prose travaille à la jonction du scientifique et du fictionnel, revisite les références scientifiques et esthétiques de l’époque, s’impose objectivité et presque technicité, sans renier l’affirmation d’autoréférentialité de la littérature, conquête de la modernité du XVIIIème siècle. Goethe a nommé sa pensée « gegenständliches Denken », reprenant à son compte un mot de l’anthropologue Heinroth[10] et applique cette qualification de son mode de penser à son écriture poétique, « gegenständliche Dichtung ».
 
Cette alliance de l’exigence scientifique et de la créativité poétique exige d’éviter un double écueil : le souci d’une extrême précision peut donner des formulations sèches et même réductrices, l’expression métaphorique peut noyer le phénomène dans une sorte d’aura et le fausser. Pour Goethe la langue doit nécessairement joindre ces deux extrêmes, être à double ou multiple fond, juxtaposer ou superposer plusieurs discours ; les événements de la trame narrative doivent être au plus près de la réalité sensible tout en relevant de l’ordre du discours. La mort de l’enfant Otto par exemple est dans l’ordre naturel un hasard, mais ne saurait l’être pour le poète. La narration de l’événement (II,13) montre d’une part la recherche d’une prose « objective » (« Kind und Buch, alles ins Wasser ») : la succession rapide soulignée par l’énumération, la répétition ou la juxtaposition, la substantivation extrême, l’absence de déterminatifs ; d’autre part, à la fin du chapitre, le narrateur joue à plaisir d’une surcharge symbolique : le ciel, le marbre, les étoiles, le vent, les platanes…sont autant de grilles de lecture suggérées mais dont il convient de se méfier. Un lecteur trop idéaliste, un « cœur sensible » naïf jusqu’à la « Schwärmerei », suivra, mais le lecteur moderne et averti ne cédera pas à la facilité de l’interprétation hâtive, la fausse synthèse.
 
D’autres thématiques du roman situent celui-ci à ce moment – charnière, où l’episteme classique ne suffit plus pour une approche scientifique de la nature. L’action se déroule en un lieu unique, le domaine du couple aristocrate, avec ses différents éléments, château, nouvelle maison, cabane faussement idyllique, parcs et jardins…. L’importance donnée à ces derniers, évoquant largement le XVIIIème siècle, et en particulier les considérations du « vieux jardinier » chargé de prodiguer ses soins à la végétation, renforcent la référence aux paradigmes de l’âge classique. Le vieux jardinier en effet déplore un dilettantisme moderne qui soumet le goût en cette matière aussi à des modes (« die neuen Zierbäume und Modeblumen », II, 9), il s’insurge contre une commercialisation du métier par les nouveaux venus (« Handelsgärtner »), et l’importation de nouvelles espèces faite à grands frais. Il est nostalgique d’une définition artisanale du métier, de sa limitation à des espèces connues (II, 9) et bien répertoriées, à un milieu et un horizon bien définis. Il prend donc acte des changements induits par l’essor du commerce, le développement de l’import-export, des voyages lointains, mais sans avoir l’ouverture d’esprit ni pouvoir accomplir la démarche intellectuelle qu’Ottilie suggère dans son journal intime, penser la plante, la créature dans son environnement. Il applique aux plantes qu’il connaît aussi bien qu’à celles qui sont pour lui étrangères la même « méthode » : il les nomme, il parcourt les catalogues où elles sont répertoriées (« fremde Namen »). En limitant le savoir aux acquis de l’expérience et l’observation de phénomènes de surface, par ses références répétées aux catalogues, le vieux jardinier (auquel il faudrait associer les Chartreux discrètement évoqués par le narrateur) renvoie explicitement à l’approche descriptive et taxinomique d’un Linné. Goethe poursuit tout au long de ses études de botanique la discussion avec Linné, qui a répertorié et ordonné les espèces végétales et animales selon des « caractéristiques externes » et au moyen d’une terminologie précise, mais une « nomenclature », si parfaite soit-elle, ne saurait rendre compte d’un phénomène naturel :
 
So hat Linné die botanische Terminologie musterhaft ausgearbeitet und geordnet dargestellt. […] Man wird aber nicht lange mit Bestimmung der äuβern Verhältnisse und Kennzeichen sich beschäftigen ; ohne das Bedürfnis zu fühlen, durch Zergliederung mit den organischen Körpern gründlicher bekannt zu werden. […]
Bei einer so ausgearbeiteten Nomenklatur haben wir zu bedenken, daβ es nur eine Nomenklatur ist, daβ ein Wort irgendeiner Erscheinung angepasstes, aufgeheftetes Silbenmerkmal sei, und also die Natur keineswegs vollkommen ausspreche[11].
 
Si le vieux jardinier a sa place dans l’univers de l’episteme classique, Ottilie est située dans un autre réseau de références. On peut dire d’abord qu’elle vient d’un univers domestique où chaque objet a sa place déterminée, dans un ordre précis, par rapport à la nature en général, elle est soumise et craintive, redoute la nouveauté. Pourtant, à travers son personnage, le romancier introduit des réflexions nouvelles sur la nature et l’homme et sur le cheminement qui par les sciences de la nature le mène à une science de l’homme[12]. En Ottilie il fait se rencontrer un donné, la sensibilité innée, extrême et peu ordinaire, de la jeune fille à la nature, et un événement contingent, l’expérience intérieure bouleversante de la passion. Dans ce personnage de fiction, qui fait en lui-même et sur lui-même l’expérience du heurt entre nécessité et hasard, le romancier crée une « image », une façon de représenter et de dire (« Bild », « Gleichnis ») la loi de polarité qui est pour lui au fondement de la vie de la nature, d’approcher an plus près cette opération relevant de la « physiologie ».
 
On s’arrêtera sur les remarques (II, 7) suscitées par un événement apparemment anecdotique de la seconde partie (II, 4). Luciane, dont l’existence semble entièrement tournée vers le divertissement, a oublié son singe. L’incident fait suite à une série de scènes de jeu et de représentation, les « tableaux vivants », lors desquelles des questions d’ordre moral, social, esthétique ont été portées au premier plan. Plus précisément, il se situe dans un contexte de mascarade, de travestissement et de caricature, qui pose la question du portrait, une fois encore ce que Goethe subsume dans le terme « Bild ». Mais cette évocation des singes et de la ressemblance entre eux et l’homme permet aussi au romancier de rappeler l’intérêt éveillé en lui dans les années 70 du XVIIIème siècle par la physiognomonie de Lavater, qui voulait voir une relation entre la forme d’un visage ou d’un crâne et un caractère. Vers 1805, Goethe suit de près à travers les travaux de Franz Joseph Gall un certain renouveau de la physiognomonie lié au développement de la psychologie, les recherches sur des rapports possibles entre le physique et le mental, la nature et l’esprit. Le médecin Carl Gustav Carus par exemple, et plus tard, surtout à partir des années 20, les anthropologues Stiedenroth et Heinroth seront des correspondants et interlocuteurs de Goethe rédigeant ses « Naturwissenschaftliche Schriften ».
 
L’allusion de Luciane à son singe et l’ouvrage sur les singes proposé par Charlotte sont des signes attirant l’attention du lecteur sur plusieurs problématiques, d’ordre scientifique et esthétique : la représentation plus ou moins juste ou déformante, la caricature ou le grotesque, les rapports de la nature et de l’art (ars simia naturae), l’excentricité (les Incroyables) et l’excentrique (l’action d’une vis zentrifuga dans la métamorphose). Ensuite, par une succession d’enchaînements et de glissements narratifs, l’incident qui n’est d’abord qu’un caprice de la jeune aristocrate se trouve repris et varié, on peut dire en empruntant la terminologie goethéenne « reflété » ou « réfracté »[13] (« gespiegelt ») dans une série d’aphorismes du journal intime d’Ottilie (II, 7). Les thèmes abordés ou esquissés sont : l’animal de compagnie, l’objet curieux et les cabinets de curiosité, les collections, les ouvrages-catalogues ou répertoires, les diverses espèces d’êtres vivants, familières ou exotiques, les voyages d’exploration et d’enquête, les méthodes d’étude et d’enseignement de l’histoire ou des sciences naturelles, la scala naturae et la place de l’homme. L’empan ouvert entre le premier aphorisme (« die garstigen Affen ») et le dernier (la maxime de Pope dans son Essai sur l’homme amène le dernier mot « der Mensch ») résume le projet goethéen tel que nous le voyons dans Les affinités électives : par les « sciences de la nature » vers l’homme !
Il est significatif que la position du romancier au sein de ce réseau de références philosophiques et scientifiques ne soit pas explicite, la forme aphoristique du journal masque le sujet de l’énonciation et efface pour un temps le narrateur. Par ailleurs, Goethe a repris un certain nombre des aphorismes de cette page dans d’autres contextes poétiques ou philosophiques. Il est certain que l’approche taxinomique de la nature (« einer der uns ganze Reihen untergeordneter Naturbildungen der Gestalt und dem Namen nach überliefert ») est rejetée, car Ottilie apprécie de n’avoir pas été contrainte de subir l’ancien enseignement d’histoire naturelle (Buffon). Elle se démarque aussi de l’étroitesse d’esprit de l’auxiliaire de la pension qui se limite à l’environnement qu’il connaît et opère donc selon le principe d’homologie (et – soit dit en passant – dont les positions « scientifiques » évoquent un nationalisme (« unsere echten Kompatrioten ») incompatible avec le cosmopolitisme de Goethe). Mais la juxtaposition non hiérarchisée de positions fort différentes quant à la place de l’homme, dans la nature et « à l’image de la divinité », laisse ouverte la question d’une définition seulement naturaliste de l’humain, celle du choix entre une perspective encore téléologique et une autre, qui pourrait annoncer un « évolutionnisme ».
 
Cette interrogation se trouve reformulée dans la deuxième partie de ce roman-laboratoire, lorsqu’interviennent de nouvelles figures d’expérimentateurs et que s’ouvre un nouvel espace d’expérimentation. Les deux étrangers, un aristocrate anglais, de retour de voyages et intéressé comme il se doit pour un Anglais du XVIIIème siècle (il a « un certain âge ») par les parcs et jardins, et son compagnon, réservé et observateur, curieux du monde empirique, sont nettement situés au tournant des XVIIIème et XIXème siècles. Ce sont des voyageurs modernes, touristes avant l’heure et collectionneurs, leur vision du monde est quasi muséale, ils profitent des débuts du libéralisme économique et disposent d’outils modernes. Le compagnon du Lord occupe un temps le devant de la scène et entre avec Ottilie dans une relation particulière, qui permet au narrateur de citer la « philosophie de la nature » dite « romantique », qui alors réactive certains aspects de l’hermétisme.
Goethe est parfaitement informé de ces théories, les Idées pour une philosophie de la nature de Schelling (1797), le magnétisme animal de Mesmer (1779), les expériences de Ritter avec l’Italien Campetti, les traitements proposés par Elisha Perkins en Amérique, puis par son fils en Angleterre, qui sont pour lui une « modification du galvanisme », les découvertes de Galvani ou de Volta en électricité… Il entend arracher ces phénomènes à la sphère de l’occulte et de la magie, dangereusement occupée par des charlatans ; il signale d’ailleurs la manipulation possible du patient en état d’hypnose lorsqu’Ottilie, qui volontiers imite et est dépendante des suggestions des autres, endormie sur les genoux de Charlotte, croit à deux reprises recevoir de celle-ci des injonctions morales (II, 14).
Les hypothèses formulées par cette « philosophie de la nature » concernant les rapports de l’individu et de la nature extérieure, de l’organique et l’inorganique, apportent au romancier un nouvel intertexte. Le terme d’affinités est repris et reste fondamental, car dans ses expériences le compagnon du Lord anglais, tourné vers la géologie et la minéralogie, la physiologie et la médecine cherche toujours ces ligatures qui se font et se défont, au sein du monde organique comme entre l’organique et l’inorganique : « Bezüge und Verwandtschaften unorganischer Wesen untereinander, organischer gegen sie und abermals untereinander » (II, 11). Les phénomènes que cet expérimentateur met au jour, l’hypersensibilité d’Ottilie aux gisements de minerais et les maux de tête que les lieux métallifères lui provoquent, les oscillations désordonnées du pendule dans sa main, sont inscrits par le romancier dans un contexte plus vaste et liés à d’autres phénomènes : l’attraction qui s’exerce entre la jeune fille et Edouard, son sommeil cataleptique, son état de transe dans la chapelle et ses visions hypnagogiques (« noch zwischen Schlaf und Wachen », II, 8), et jusqu’à la guérison de Nanny par le contact de son corps. L’ensemble de ces phénomènes fournit une représentation, image ou symbole (« Bild ») d’Ottilie, et ce personnage énigmatique de la fiction romanesque devient le lieu où est observable le processus de division / union. Les théories sur l’électricité et le magnétisme animal s’offrent alors comme une des réponses de l’époque à l’interrogation sur le phénomène de la vie :
 
Galvanische Wirkungen : […] sie wirken eminent auf Nerve und Muskel, affizieren allgemein das Auge als Licht, den Geschmack als Säure, den Muskel, indem sie zucken machen, so daβ man sich überzeugen konnte : ein fortdauernder galvanischer Prozeβ sei der Lebensprozeβ organischer Naturen. […]
 
L’homme devient donc dans Les Affinités électives « sujet » de l’expérience, à double titre, objet et sujet de l’investigation. Si Goethe avait considéré les grenouilles de Galvani comme le « galvanomètre le plus délicat », c’est maintenant l’homme, le corps humain, qui devient « le plus grand et le plus exact des appareils de physique », l’instrument de mesure et d’expérimentation d’une « physiologie de l’univers ». La suite du texte cité[14] précise :
 
Da nämlich zwei organische Naturen durch Näherungen, ja fast ideale Berührungen allgemein reizende oder soporifere Wirkungen hervorbringen. Die Schwierigkeit, hierüber reine Versuche anzustellen, wird dieses Kapitel, bis auf ein glücklich geniales Wagestück, das zu erwarten steht, noch lange zurückhalten.
 
Le projet des Affinités électives et le personnage d’Ottilie proposent cette expérience audacieuse et « géniale » qui permettrait d’observer le processus vital, c’est-à-dire la loi de « polarité » qui le fonde. L’anthropologie élaborée dans le roman est fondée sur les sciences de la nature, elle se démarque des approches « idéalistes » de l’humanisme classique et rejette les extravagances d’une imagination « romantique ». Cette diversité d’approches et de langages répond à la double exigence goethéenne, scientifique et poétique. Dans un aphorisme célèbre, Goethe se déclare « panthéiste » dans son approche de la nature, « monothéiste » dans le domaine moral, « polythéiste » comme poète[15]. Et dans la même série de « réflexions et maximes », il revendique pour parler de ces « profondeurs » de la nature (« gehaltreiche Tiefen », II, 18) qu’il explore dans son roman une pluralité de langages : « Indem wir von innern Verhältnissen der Natur sprechen wollen, bedürfen wir gar mancherlei Bezeichnungsweisen ».
 
Man bedenkt niemals genug, daβ eine Sprache eigentlich nur symbolisch, nur bildlich sei und die Gegenstände niemals unmittelbar, sondern nur im Widerscheine ausdrücke. […] man sucht daher alle Arten von Formeln auf, um ihnen wenigstens gleichnisweise beizukommen. […] Könnte man sich aller dieser Arten der Vorstellung und des Ausdrucks mit Bewuβtsein bedienen und in einer mannigfaltigen Sprache seine Betrachtungen über Naturphänome überliefern […] so lieβe sich manches Erfreuliche mitteilen.[16]
 
Or, cette définition du langage poétique comme métaphorique (« Gleichnisrede ») et ne donnant toujours que des « images » d’un réel ou référent qui reste inaccessible, situe Goethe dans une filiation néoplatonicienne qui semble contredire l’approche réaliste de l’humain où nous avons voulu voir la modernité des Affinités électives. Il importe de reconnaître l’ambivalence de la pensée goethéenne. Le poète lui-même est souvent revenu sur cette quête permanente chez lui d’un équilibre entre réalisme et … idéalisme. Le roman sur les « affinités », sur la place de l’homme dans la nature, laisse en suspens ce qui est chez le poète une inquiétude, il n’y énonce jamais, sauf sur un mode caricatural, la possibilité d’un dépassement de la tension antagoniste, qu’il nomme « Steigerung ». Il y a en effet pour lui deux façons de « penser » la nature, « materiell », « geistig »[17], car cette nature unit matière et esprit. Penser la nature comme matière permet d’y découvrir la loi de polarité comme « opération de la vie », penser cette nature comme « esprit » permet de dépasser cette tension antagoniste en y adjoignant la notion de « Steigerung ». Goethe ne renie pas son néoplatonisme ou son spinozisme, et si dans Les Affinités électives l’accent est porté sur une nature-matière, le roman n’est pas de la littérature scientifique. Il n’est pas davantage une littérature d’idées. Il reste que la densité de la réflexion, qui charge à l’extrême le texte, la profondeur symbolique, qui ouvre derrière chaque phrase sinon chaque mot des « abîmes », selon la belle formule de Karl Kraus à propos de la langue goethéenne, situent l’œuvre parmi ces productions « incommensurables »[18] dans lesquelles Goethe voit l’accomplissement de l’esprit humain.



ISSN 1913-536X ÉPISTÉMOCRITIQUE (SubStance Inc.) VOL. X


[1] Le texte allemand des Affinités électives sera cité d’après l’édition de Hambourg (HA), de même que les références aux œuvres et textes les plus connus. Les écrits scientifiques de Goethe seront cités d’après l’édition Beutler, Artemis Verlag, Zürich, 1964 (NWS I et II). Citation : Goethe, Selbstanzeige…, in : Goethe, Die Wahlverwandtschaften, HA p. 621.
[2] Goethe, Briefe, AA, 1786-1814, 25 novembre 1808.
[3] Lettre à Zelter, 29 janvier 1830, « So hatte mich Spinoza früher [avant la lecture de Kant] schon in dem Haβ gegen die absurden Endursachen gegläubiget. Natur und Kunst sind zu groβ, um auf Zwecke auszugehen, und haben’s auch nicht nötig, denn Bezüge gibt’s überall und Bezüge sind das Leben. » (AA, Briefe 1814-1832, p. 888-889).
[4]On résume ici hâtivement un passage des études botaniques de Goethe (Botanik) intitulé Vorarbeiten zu einer Physiologie der Pflanzen. NWS II, p. 116.
[5]Analyse und Synthese, NWS I, p. 887 ss.
[6] Réfléchissant justement, dans sa Théorie des couleurs sur les apports respectifs des différentes sciences à l’étude du vivant, Goethe écrit : « Treue Beobachter der Natur, wenn sie auch sonst so verschieden denken, werden doch darin miteinander übereinkommen, daβ alles, was erscheinen, was uns als ein Phänomen begegnen solle, müsse entweder eine ursprüngliche Entzweiung, die einer Vereinigung fähig ist, oder eine ursprüngliche Einheit, die zur Entzweiung gelangen könne, andeuten und sich auf eine solche Weise darstellen. Das Geeeinte zu entzweien, das Entzweite zu einigen, ist das Leben der Natur; dies ist die ewige Systole und Diastole, die ewige Synkrisis und Diakrisis, das Ein- und Ausatmen der Welt, in der wie leben, weben und sind.” NWS I, p.199.
[7] Lettre à Wackenroder, 21 janvier 1832, AA, 1814-1832, p. 1029.
[8]Besonderes und Allgemeines, NWS II, p. 705-706.
[9] On se réfère ici implicitement à l’ouvrage de Michel Foucault, Les mots et les choses.
[10]Bedeutende Fördernis durch ein einziges geistiges Wort, in : NWS I, p. 879: « daβ mein Denkvermögen gegenständlich sei […] daβ mein Denken sich von den Gegenständen nicht sondere ; daβ die Elemente der Gegenstände, die Anschauungen in dasselbe eingehen… »
[11]Vergleichende Anatomie, Zoologie. Von den Vorteilen der vergleichenden Anatomie und von den Hindernissen, die ihr entgegenstehen. In : NWS II, p. 270.
[12] C’est le cheminement que suivent les notations du journal intime d’Ottilie rapportées dans le chapitre 7 de la seconde partie, on y reviendra.
[13] Goethe emprunte à ses études d’optique l’image des « reflets multiples », « wiederholte Spiegelungen », pour caractériser cette technique de reprise, de variation infinie de l’expression jusqu’à approcher le plus possible le « phénomène ».
[14]Zur Wissenschaftslehre, Physikalische Wirkungen, in: NWS I, p. 859.
[15] « Wir sind / Naturforschend / Pantheisten / Dichtend / Polytheisten / Sittlich / Monotheisten », Aphorismen und Fragmente, Philosophie, NWS II, p. 774.
[16]Farbenlehre, didaktischer Teil, in NWS I, p.203-204.
[17] Goethe a repris à son compte en 1828 un « fragment » de Tobler, un théologien influencé par les études de Charles Bonnet, intitulé « die Natur ». Il y voit un écho de ses propres études d’anatomie comparée et de botanique, en particulier de sa « découverte » de l’os intermaxillaire chez l’homme. Il résume sa vision d’une nature mue par deux forces « die Anschauung der zwei groβen Triebräder aller Natur : der Begriff von Polarität und von Steigerung, jene der Materie, insofern wir sie materiell, diese ihr dagegen, insofern wir sie geistig denken ; jene ist in immerwährendem Anziehen und Abstoβen , diese in immerstrebendem Aufsteigen. Weil aber die Materie nie ohne Geist, der Geist nie ohne Materie existiert und wirksam sein kann, so vermag auch die Materie sich zu steigern, so wie sich der Geist sich’s nicht nehmen läβt, anzuziehen und abzustoβen […] Goethe, NWS I, p. 925.
[18] « je incommensurabler und für den Verstand unfaβlicher eine poetische Produktion, desto besser. » Gespräche mit Eckermann, 6 mai 1827.