Les études littéraires françaises et la question de l’animalité (XXe-XXIe siècles) : bilan et perspectives en zoopoétique

Qu’il s’agisse de réfléchir sur l’animalité humaine ou les interactions hommes/bêtes dans les œuvres, d’interroger la possibilité pour le langage créatif d’exprimer des affects et des rapports non-humains au monde, d’examiner les reconfigurations de l’anthropocentrisme si ce n’est de prendre acte de « la fin de l’exception humaine[1]», la recherche collective sur l’animalité en littérature prend en France, depuis le milieu des années 2000, une ampleur jusqu’alors inédite. En témoigne le programme de recherche « Animots» dont il sera question plus loin, l’originalité de cette recherche ne tient pas simplement à sa focalisation sur la question animale, qui a été longtemps une grande absente de la critique littéraire, mais aussi à sa méthodologie. Celle-ci a tout d’abord pour socle une interdisciplinarité qui conduit à élaborer de nouveaux corpus, à reconsidérer à la lumière de l’animalité l’histoire littéraire du siècle dernier et à établir des transversales inédites entre les différentes formes de savoirs sur les bêtes (rapports de la création littéraire animalière avec l’histoire, l’éthologie, le droit, l’éthique, la paléontologie et plus classiquement la philosophie, pour ne mentionner que quelques disciplines). D’autre part, les problématiques s’élaborent à un niveau collectif et international qui englobe notamment les multiples apports de la recherche nord-américaine et plus généralement anglo-saxonne, les réseaux soutenus par des instances académiques françaises intégrant souvent des chercheurs rattachés à des établissements étrangers[2].
L’objectif de cet article est de prendre acte de ces renouvellements : il est temps aujourd’hui de proposer un bilan des recherches accomplies et des approches privilégiées, ainsi qu’un état des perspectives telles qu’elles se dessinent aujourd’hui au sein des études sur la littérature de langue française des vingtièmes et vingt-et-unième-siècles. La délimitation chronologique peut sembler étroite : on va voir qu’elle permet pourtant de rendre compte d’une actualité de la question animale en France, dont témoigne l’inflation, depuis le début de notre siècle, de la programmation artistique – expositions, colloques, cycles de conférences – sur le sujet[3]. En outre, dans l’état actuel des études littéraires sur l’animalité en France, proposer un parcours global depuis le Moyen-ge jusqu’à nos jours était impossible, tant ce type de recherche en est encore à un état émergent. Autant dire qu’il ne pourra s’agir que de prolégomènes, et que la prétention à l’exhaustivité est impossible, puisque ce travail s’inscrit dans un instant T de la recherche.
On considérera dès lors comme un symptôme positif et signifiant le fait que, depuis quelques années, un petit nombre de réseaux académiques consacrés de façon plus ou moins centrale à l’étude de l’animalité en littérature voient le jour, certains d’entre eux recevant un soutien financier – et acquérant donc une légitimité symbolique – de la part de diverses institutions. Seuls deux programmes ont été dédiés spécifiquement à la question animale en littérature moderne et contemporaine : « Animalittérature[4]», qui a été le premier programme international portant sur le sujet, et qui a débouché sur « Animots : animaux et animalité dans la littérature de langue française (xxe-xxie siècles)[5]», subventionné par l’Agence nationale de la recherche française. Les autres manifestations collectives proposaient ou proposent des questionnements plus larges, et évidemment intéressants pour cette raison même. Les unes touchent ainsi un ensemble divers de disciplines, parmi lesquelles la littérature : cycles de séminaires « Frontières de l’humanité/ frontières de l’animalité[6]», qui portait sur l’animal du dix-neuvième siècle français, et « Animal/humain : passages[7]», qui accordait notamment son attention aux arts et à la danse; colloque « Le sens de l’animal[8]» ; programme de recherche « La chair de l’animal. Approches de l’animalité dans l’art et la littérature[9]» ; journée d’étude « La narrativité du vivant[10]». Les autres interrogent la notion de « vivant » en intégrant une réflexion partielle sur l’animalité : colloque « Le Moment du vivant[11]» ; cycle de conférences « Les samedis des savoirs Penser le vivant[12]» ; programmes de recherche « Littérature et savoirs du vivant – xixe-xxesiècles[13] »et « Penser le vivant : les échanges entre littérature et sciences de la vie (de la fin du xviiie siècle à l’époque contemporaine)[14]».
Cette vitalité de la question animale en art et en littérature prend appui sur un mouvement d’ensemble qui touche l’ensemble des disciplines académiques – nul hasard si les historiens américains Peter Sahlins et Chris Pearson évoquent désormais la notion très englobante de « French Animal Studies*[15]» pour le domaine historique. Cependant, ce qui m’importe très précisément dans le cadre de cet article est de cerner l’état du champ des études littéraires des xxe-xxie siècles dans son rapport à sa légitimité institutionnelle en France – je n’évoquerai donc pas ici les productions qui ont émané de chercheurs à un niveau individuel et qui ne se rattachaient de ce fait pas à une politique scientifique globale.

 

Pistes de comparaison entre les aires anglophone et française

Animal Studies*[16], Human-Animal Studies*, Critical Animal Studies* : les programmes relevant explicitement de ces approches, qui englobent un champ de réflexion beaucoup plus large que les simples études littéraires, restent encore rares dans les universités nord-américaines ou anglo-saxonnes. Cependant, le fait que leur existence soit officiellement répertoriée signale que, depuis une dizaine d’années, la question de l’animalité possède bien dans le monde anglophone un début de reconnaissance académique, d’autant qu’elle peut aussi s’intégrer dans d’autres sphères d’étude plus anciennes, en particulier l’Ecocriticism* et les Cultural Studies*. En France de même, de nombreux chercheurs travaillant en Sciences Humaines et Sociales[17] ont développé depuis plusieurs décennies une réflexion sur l’animalité, qui fait l’objet de nombreux débats. Mais, en ce qui concerne les études littéraires, si un très petit nombre de chercheurs travaillent à titre individuel sur le sujet depuis la fin des années quatre-vingt-dix, ce n’est que depuis le milieu des années 2000 que la recherche s’est institutionnalisée. Il est ainsi symptomatique que ce ne soit qu’en 2011 que le besoin se soit fait sentir, dans le cadre du programme « Animots», de trouver une traduction française pour Animal Studies* (nous n’avons a fortiori pas de traduction pour l’expression Human-Animal Studies*, dont je ne commenterai pas dans le cadre de cet article les différences de sens et de positionnements théoriques par rapport à l’expression Animal Studies*). Le fait que cette traduction ait fait l’objet d’une réflexion collective au sein du séminaire « L’animal entre sciences et littérature[18]» et qu’elle n’ait pas encore débouché sur une décision unanime est le signe sinon d’un malaise – rien de plus excitant que la prise de conscience d’un enjeu intellectuel et d’une certaine manière politique –, d’une moins d’une difficulté à proposer une définition de la notion d’« Animal Studies* » qui soit d’emblée pertinente ou dotée de sens pour des Français. Entre ceux qui ont proposé de ne pas traduire (soit parce qu’ils étaient rattachés à des institutions anglo-saxonnes ou nord-américaines, et que leur familiarité avec le champ pouvait les faire douter de la nécessité d’une transposition culturelle, soit parce que « Études animales » pouvait renvoyer à l’art vétérinaire) et ceux qui proposent des traductions diverses en en marquant d’ailleurs eux-mêmes les limites (« Études animales », « Études animalières», « Études sur l’animalité », « Étude de l’animal »…), c’est la traduction « Études animales » qui a pour l’instant obtenu une petite majorité. C’est aussi mon choix, dans la mesure où le terme « Études », rarement employé en France pour désigner une discipline académique, permet de conserver la trace d’un transfert culturel et de mettre en relief le caractère effectif d’un dialogue globalisé; surtout, l’adjectivation a le mérite paradoxal d’être plus vague qu’un complément de nom, et donc de pouvoir exprimer le fait que l’animalité (y compris humaine), les animaux ou les rapports hommes/bêtes seront étudiés selon des modalités méthodologiques et critiques très variées. Ce type d’adjectivation n’est pas parfait en français, mais a des précédents puisqu’elle se retrouve dans les expressions désormais consacrées « Éthique animale », « Philosophie animale » voire « Théologie animale », et dans « Sciences humaines et sociales » (remplacées parfois par « Sciences de l’Homme et de la Société »). Il m’a semblé qu’il est crucial d’employer une traduction, apte à mettre en relief des différences de méthodes, de corpus et de culture avec le monde anglophone, notamment nord-américain, non pour créer une rivalité entre les deux aires, mais au contraire pour transformer ces différences en source d’inspiration et en impulsion pour la réflexion, rien n’étant plus porteur pour la pensée qu’un exercice de relativisation culturelle. D’autre part, il importe, quand naît un champ, de pouvoir proposer un rattachement « officiel » pour les chercheurs qui se penchent sur un sujet émergent, pour des raisons pratiques (appui logistique et financier) mais surtout symboliques (il s’agit de rendre visible un objet d’étude dans l’horizon de la politique scientifique nationale). L’objectif était donc moins d’intégrer les pratiques de réflexion anglophone tels quels au sein de la recherche française que de s’appuyer sur elles pour se les approprier et se confronter à des problématiques semblables, faussement semblables, différentes, décalées, etc.
Cette réflexion toute récente sur une traduction acceptable des « Animal Studies* » permet-elle de diagnostiquer un certain retard français quant à la légitimité de la question animale en France ? Non dans la mesure où, j’y reviendrai, de nombreuses disciplines s’y confrontent depuis longtemps ; cependant, concernant les études littéraires, on peut diagnostiquer une réticence lourde de sens à intégrer l’animalité dans leurs préoccupations. Cette réticence peut en apparence faire penser à ce qui s’est passé pour les Gender Studies* en littérature, qui n’ont enfin reçu une traduction (« Études de genre ») et une reconnaissance académiques[19] que depuis deux ou trois ans. Si, comme je le relevais plus haut, l’emploi du terme « Études » fonctionne comme le signe d’une origine nord-américaine de la discipline, cet intitulé n’en suggère pas moins que l’institution française, longtemps dominée en critique littéraire par ceux ou celles qui optaient pour une « écriture féminine » de type naturaliste, a évolué dans le sens d’une reconnaissance de la construction sociale du genre. La réticence à traduire Gender Studies* est donc à relier à un positionnement idéologique initial, qui a fini par se transformer et par « autoriser » le processus de traduction.
Le fait que les Français ne commencent que maintenant à s’interroger sur la traduction de Animal Studies* diffère cependant du cas des Gender Studies*. Relevons tout d’abord que les Animal Studies* ne renvoient dans le monde anglophone à la l’analyse littéraire que ponctuellement (alors que celle-ci tient une large place dans les Gender Studies*) : les chercheurs en littérature n’ont donc pas automatiquement cherché des pistes ou des sources dans ce champ académique. Ce sont plutôt l’Ecocriticism* et les Environmental Studies*[20] qui commencent depuis quelques années à intéresser les chercheurs en « Études animales » littéraires françaises (quelques spécialistes de géopoétique, d’« Études anglophones » et de « Littérature comparée », notamment ceux travaillant sur les littératures nord-américaine ou anglo-saxonne, ayant déjà pour leur part intégré la problématique écocritique[21]). En définitive, des causes multiples sont susceptibles d’expliquer une certaine méfiance, voire une certaine crainte, des spécialistes de littérature pour les Animal Studies*, voire plus largement pour la question de l’animalité en général, soit qu’elle soit réputée trop indigne pour une réflexion entée sur les pouvoirs du langage créateur, soit qu’elle soit envisagée de façon simpliste comme s’opposant au souci de l’humain.
Pour en rester pour l’instant à une comparaison avec les sphères nord-américaine et anglo-saxonne, une première raison tient dans le fait qu’il n’est pas dans les traditions françaises d’ériger un thème, un groupe humain ou plus spécifiquement la défense d’une cause en domaine institutionnel à part entière comme c’est le cas notamment dans le monde nord-américain avec, pour ne donner que quelques exemples, les Gender Studies*, les Queer Studies* ou les Jewish Studies*, même si un certain nombre de chercheurs (auxquels j’appartiens) peuvent inscrire leur travail dans la mouvance de ces approches – selon Audrey Lasserre, les « Études de genre » ont peut-être bénéficié du soutien indirect de la politique européenne, et de ses fonds de subvention, pour pouvoir apparaître comme discipline à part entière en France. Cette différence de nomenclature tient sans doute au fait que la tradition universaliste française craint, à tort ou à raison, de réduire un groupe à sa supposée spécificité, voire de l’essentialiser en négligeant les croisements qui en font davantage un nœud de questionnements qu’une communauté ontologique stable : les chercheurs préféreront donc ne pas le dissocier d’autres inscriptions et d’autres problématiques. En bref, la recherche française se définit prioritairement par ses disciplines (philosophie, littérature, histoire…), ses méthodes ou, de façon plus récente, ses croisements disciplinaires, que par son objet d’étude.
D’autre part, la recherche française a eu tendance, dès le début de sa réflexion sur l’animalité, à la relier à la question environnementale, alors que dans le monde anglophone l’Ecocriticism et les Animal Studies se sont développées de façon séparée. Il importe cependant de noter que l’intérêt français pour l’Ecocriticism n’a pas concerné la « première vague[22]» écocritique, qui s’est ancrée dans un monde clairement nord-américain. En témoignent le projet militant d’une approche originairement liée à l’environnementalisme politique des années soixante-dix[23] tout comme la mise en avant d’une évaluation axiologique des œuvres littéraires (la value*) avec la promotion de ce qu’on nommerait en France, de façon négative, le « roman à thèse ». Cette distorsion entre les deux aires se retrouve aussi dans le retour, après l’engouement nord-américain pour le Postmodernism*, à une conception simplifiée de la référentialité et de la transparence du langage littéraire ; dans la focalisation sur une Nature Writing* qui n’a pas d’équivalent véritable dans la sphère littéraire française et qui est malheureusement surtout connue des spécialistes de littérature nord-américaine ; dans la mythification d’une Wilderness* beaucoup plus culturelle qu’il n’y paraissait dans les années quatre-vingt/quatre-vingt-dix, et qui n’est de toute façon pas une réalité ou un concept « français » (pensons d’une part aux histoires très différentes des réserves naturelles dans les deux pays, d’autre part à l’opposition, certes à nuancer, entre le « paysage » français et la « Nature » nord-américaine)[24]. Comme le précise Alain Suberchicot, « on ne compte plus […] les livres consacrés aux ours, aux loups, aux chiens de chasse, et aux troupeaux de caribous dans la littérature environnementale américaine[25]» et, ajouterais-je, aux représentations d’humains en phase avec un milieu naturel sauvage. Les premiers développements de l’Ecocriticism, très ancrés dans la culture nord-américaine, n’ont donc pas eu d’impact dans le milieu de la recherche française sur l’animalité. Effectivement, ses points de vue restrictifs auraient été de peu d’utilité pour analyser par exemple la représentation des chiens errant sur des décharges péri-urbaines ou des zones de conflits dans l’œuvre de Jean Rolin, l’hybridité fillette/chatte dans L’Enfant-Chat de Béatrix Beck, la problématique de la viande dans Comme une bête de Joy Sorman, ou la métamorphose du cadavre d’un garçonnet en organisme animal maritime polymorphe et terrifiant dans Bref séjour chez les vivants de Marie Darrieussecq. Par la suite, l’opposition très tranchée entre les tenants de l’humanisme et ceux du biocentrisme, de même que l’opposition entre biocentrisme et écocentrisme, sont restées l’objet d’un débat nord-américain, l’humanisme n’étant pas perçu en France comme un synonyme d’anthropocentrisme et ne s’opposant donc pas à une approche théoriquement percutante et valide du vivant. Même si de nombreux chercheurs français, dont je fais partie, travaillent de façon critique sur l’anthropocentrisme et si les avis sont loin d’être uniformes, la question ne se pose pas en France de la même façon[26], où on se défie en particulier de la sociobiologie et de la psychologie évolutionniste appliquées à la littérature. De même, les intenses controverses qui, ces dernières années, ont eu lieu dans les aires anglophones en Ecocriticism* sur les définitions à donner à la notion de « nature » est à relier à un débat interne, sur l’hyper-constructivisme qui a été développé par le Postmodernism* et la French Theory* nord-américains. En effet, et bien que l’adjectif « French* » ne l’indique pas, ces deux courants ont été systématisés aux États-Unis, et n’ont pas reçu en France le même développement[27] : l’expression French Theory* est d’ailleurs utilisée telle quelle en français, sans être traduite de l’américain, sa langue de conceptualisation et d’usage. Au contraire, une certaine défiance s’est manifestée en France, par rapport à un regroupement assez artificiel de penseurs très diversifiés, et une simplification des problématiques : l’opposition frontale entre la « déconstruction » ou le « relativisme » d’une part et le « donné biologique » d’autre part n’est pas pertinente pour analyser la question de l’animalité dans L’Animal que donc je suis de Jacques Derrida, Mille Plateaux2. Capitalisme et Schizophrénie de Gilles Deleuze et Félix Guattari ou L’Abécédaire de Gilles Deleuze. Et même si, nous le verrons, le diktat de la clôture textuelle a masqué des courants critiques attentifs à l’animalité, on a aujourd’hui plutôt tendance en France à relire différemment qu’ils ne le furent en leur temps les penseurs des années soixante/soixante-dix, plutôt qu’à rejeter en bloc leurs apports théoriques et méthodologiques. Le développement d’une histoire littéraire totalement rénovée dans ses méthodes comme dans ses objectifs, de même qu’une attention renouvelée au monde extralinguistique constituent des réorientations majeures qui ne débouchent cependant pas sur un rejet global et radical des travaux structuralistes, dont les analyses formelles ou génériques restent fondamentales pour l’étude des textes, y compris ceux portant sur l’animalité.
Ces divergences mises à part, on peut aujourd’hui légitimement parler de croisements enfin possibles entre les deux aires culturelles : ce sont désormais non seulement les Animal Studies qui intéressent les chercheurs qui travaillent en France sur l’animalité, mais aussi et surtout les autres « vagues » (pour reprendre le terme de Lawrence Buell) écocritiques et leur projet de « dilater les frontières[28]» de la sphère d’étude, comme le suggère le sous-titre d’un collectif qui fait référence aux États-Unis. En proposant de ne pas mettre de côté des œuvres qui ne sont qu’indirectement dédiées à la représentation de la nature, voire qui privilégient des espaces urbains ou en déshérence, en nuançant les définitions à apporter à la notion de nature[29], en s’interrogeant sur les rapports du global et du local tout en reliant misère sociale et déréliction écologique, bref en fluidifiant l’opposition trop tranchée entre humanisme et écologisme, ce renouvellement écocritique trouve un écho chez les spécialistes de littérature qui souhaitent par exemple aborder La Part animale[30] d’Yves Bichet, roman narrant les aléas d’un élevage intensif de dindons ou 180 jours[31] d’Isabelle Sorente sur la souffrance conjointe des porcs et des éleveurs au sein de la filière agro-alimentaire. Il permet aussi d’envisager autrement la littérature post-apocalyptique, avec les récits d’Antoine Volodine dans lesquels bêtes et humains aux corps souvent interchangeables partagent un entremonde poisseux, ou les romans faisant état de la disparition ou au contraire de la surprésence des bêtes sur une planète en perdition, comme Rivières de la nuit[32] de Xavier Boissel ou Le Dernier Monde[33] de Céline Minard.

 

Enjeux internes au champ français et perspectives de recherche

Avant de mettre en relief les perspectives qui sont en train de s’ouvrir, il importe de relever que des explications cette fois strictement internes au champ de la recherche française peuvent être avancées pour expliquer la défiance de la critique littéraire pour la question animale.
L’intense focalisation, depuis les années soixante/soixante-dix d’une certaine critique littéraire française sur l’auto-référentialité et sur les jeux de langage internes aux textes, a tout d’abord marginalisé l’importance de la critique thématique d’obédience phénoménologique et son attention au rapport de l’homme au « monde sensible[34]» ou à l’animalité – y compris la sienne propre. La littérature, comble d’un langage humain porté à son plus haut degré de figuralité, n’avait alors pas grand-chose à faire de bêtes trop « silencieuses » ou trop réfractaires à l’ordre du langage humain pour éveiller l’attention de la critique formaliste. Ajoutons que les moustiques, les poulets, les moutons et même les nobles lions ont pu paraître des objets d’étude indignes pour une critique qui a systématiquement rabattu les histoires de bêtes sur la littérature pour enfants (la dite critique n’ayant sans doute pas lu « Le viol souterrain » de Pergaud), ou qui s’est longtemps focalisée sur les sentiments humains ou les grandes narrations politiques – on relèvera bien sûr que les bestioles susnommées jouent un rôle significatif dans des œuvres aussi importantes que celles d’Albert Cohen (question de la création divine, de l’âme des bêtes et du droit de mise à mort), Marcel Proust (question de la culpabilité et du sadisme), Jean Giono (question de la violence et de la guerre) ou Joseph Kessel (question de l’omnipotence humaine et de l’érotisme humain/animal)…
Comme je l’évoquais en commençant, à l’inverse de ce constat applicable aux études de lettres, un grand nombre de disciplines appartenant aux Sciences Humaines et Sociales renouvellent depuis plusieurs décennies leurs questionnements sur l’animalité, qu’elles soient constitutivement et originellement marquées par cette problématique (comme la philosophie, l’anthropologie ou la paléontologie), ou historiquement moins directement en prise sur elle (comme la sociologie ou la psychologie). En effet, la question animale et celle des rapports hommes/bêtes ont connu depuis les années quatre-vingt-dix un essor patent en termes de productions scientifiques comme en termes de légitimité académique : en témoignent, pour n’en mentionner que quelques-uns, les parcours de l’historien Michel Pastoureau, du sociologue Dominique Guillo, de la philosophe spécialisée en droit Florence Burgat, des anthropologues Frédéric Keck, Noélie Vialles[35] ou Philippe Descola, qui vient de recevoir la médaille d’or du CNRS pour un travail qui tente de conduire les questionnements occidentaux « par delà nature et culture[36]». En philosophie tout particulièrement, discipline traditionnellement reliée aux études littéraires, des débats récurrents, non dénués de controverses[37], dessinent un partage entre les tenants d’une spécificité (le fameux « propre » de l’homme, redécliné différemment) qui ferait sortir les humains de l’animalité – comme Étienne Bimbenet – et ceux qui optent pour un continuum– comme Georges Chapouthier. Sans prendre parti dans le cadre de cet article sur ce clivage sans doute trop simplement posé, force est de constater que dans ce concert intellectuel, la critique littéraire s’est révélée bien muette ou bien traditionnelle, alors même que les écrivains, de Colette à Valère Novarina, de Louis Pergaud à Jean-Loup Trassard, ne l’étaient et ne le sont toujours pas.
Certains chercheurs pourtant avaient repéré l’importance de l’animalité dans les œuvres du vingtième siècle. Mais leurs études avaient tendance à l’aborder en la ramenant systématiquement à l’humain, par des analyses portant sur « le personnage » perçu comme une allégorie ou un symbole (le cerf et le désir humain, la chatte et la jalousie), à des approches régionalistes focalisées sur la paysannerie ou le monde des chasseurs, ou à un point de vue restreint à certains genres réputés « mineurs » (conte pour enfants, fable, bestiaires, « roman rustique », « littérature animalière », récits d’histoire naturelle…). Le caractère classique de ces approches ne permettait pas de rendre compte des reconfigurations épistémologiques, du réexamen des corpus et des évolutions historiques qui constituent des sujets de réflexion majeurs pour les études littéraires contemporaines sur l’animalité[38] ; en outre, ces dernières revendiquent comme indispensables des perspectives interdisciplinaires multiples, parfois fondatrices comme c’est le cas pour le rapport à la phénoménologie, qui constitue depuis longtemps un référent incontournable, parfois inédites, comme c’est le cas pour le dialogue qui commence à s’établir avec des disciplines comme les sciences du vivant, l’éthologie de terrain ou les sciences cognitives.
Au niveau thématique sont tout particulièrement abordés les interactions et les partages de sens entre hommes et animaux[39], les motifs du monstrueux et de l’hybridité qui permettent au lecteur de pénétrer des corporéités et des psychismes autres[40], les mutations dans les représentations d’une nature de moins en moins « animée » (la mort nietzschéenne du Grand Pan), la question de l’animalité native – darwinienne, phénoménologique, psychique… – du rapport humain au monde, les représentations et autoportraits d’écrivains en animaux, de Proust (hibou, poule ou guêpe) à Chevillard (hérisson, crabe) en passant par Darrieussecq (truie) ou Tristan Garcia (singe). Aux niveaux narratologique et stylistique sont interrogés les procédés par lesquels certains auteurs, quittant le terrain de l’anthropocentrisme, tentent de mettre en mots des « subjectivités animales » (Jean-Marie Schaeffer) ou des consciences animales, de restituer des langages (souffles, rythmes, mouvements signifiants…) et des « milieux[41]» non-humains, ou de rendre compte d’« actions » et de « styles » animaux[42]. De ces problématiques découlent une série de questions : le langage humain, porté à son plus haut degré de complexité puisqu’il est celui de l’invention littéraire, peut-il donner voix, corps et affects à d’autres espèces ? Des émotions comme la projection de soi et l’empathie, souvent propres à la démarche créative, peuvent-elles donner accès à une altérité spécifique, sans « sombrer » dans l’anthropomorphisme (et ses prétendues « tares », sur lesquelles reviennent aujourd’hui avec raison nombre de scientifiques et de penseurs[43]) ? Enfin, au niveau politico-social, le concept de biopouvoir tel que défini notamment par Michel Foucault et revisité par Gilles Deleuze est fréquemment invoqué : sont dans cette perspective explorés les rapports entre le genre/gender* et l’animalité ou l’animalisation, entre la déshumanisation et la dénaturation des bêtes, mais aussi entre la performativité du dire et des écritures qui se refusent à tout pathos, comme c’est le cas chez Maryline Desbiolles, Yves Bichet, Marie Darrieussecq, Patrick Modiano, Marie-Hélène Lafon, Jean Echenoz ou Olivia Rosenthal[44]. On relèvera en particulier que les chercheurs littéraires, à la suite non seulement de ces écrivains contemporains qui ont le « souci » des bêtes, mais aussi de grands penseurs et écrivains humanistes qui ont lancé le débat au dix-neuvième siècle (de Jules Michelet à Émile Zola, en passant par Victor Schoelcher ou Victor Hugo), suivis par d’autres au vingtième siècle (Colette, Pierre Gascar, Marguerite Yourcenar, Romain Gary…), que la recherche littéraire peut désormais se confronter à la violence infligée aux bêtes[45]. Cette évolution lente contraste avec la légitimité académique de la question dans les mondes anglophones, où la protection animale relève d’une histoire différente. Il s’agit pour les chercheurs non seulement d’analyser les procédés stylistiques par lesquels est restituée la souffrance animale, mais aussi de démontrer, au niveau historique, l’effacement idéologique de la question dans la constitution du vingtième siècle littéraire tel qu’il est actuellement présenté dans les manuels et les enseignements. En outre, le recentrement contemporain de la réflexion philosophique sur l’émotion, l’éthique[46], l’imagination morale et la problématique du « care» (qui peine encore à trouver sa légitimité académique mais qui y parviendra sans nul doute dans les années à venir)[47], influence sur ce plan la recherche littéraire.
L’inscription de la création littéraire dans l’histoire, négligée pendant les années « dures » du formalisme, fait donc l’objet d’une réévaluation visant à marquer l’impact de la question animale sur les écrivains. Les chercheurs ont ainsi fait le constat d’une revitalisation de genres traditionnels chez des auteurs très contemporains, qui, de Pierrette Fleutiaux à Alain Mabanckou, en passant par Patrick Chamoiseau, Jacques Roubaud, Jacques Lacarrière, Jean-Pierre Otte, Luc Lang, Tristan Garcia ou Patrice Nganang, se sont réapproprié le conte, le bestiaire, la satire, le manuel fictif de zoologie ou le genre de la métamorphose ovidienne. Un réexamen du canon académique des auteurs « dignes » d’étude est aussi mené[48] : réhabilitation, de Jules Renard à Béatrix Beck, d’écrivains trop peu étudiés à l’université, relecture d’auteurs majeurs chez lesquels la problématique animale avait été minimisée (Marcel Proust, Jean-Paul Sartre, Albert Cohen[49]…), mise en relation des écrivains avec les découvertes scientifiques et intellectuelles ou les événements sociaux-politiques de leur temps (impact du darwinisme, de l’industrialisation du terroir, de l’extinction des espèces, de l’élevage intensif, des expérimentations scientifiques, etc.).
Le corpus théorique de référence et de légitimation des recherches s’avère différent des canons anglo-saxon et nord-américain, même si, fort heureusement, des transversales s’établissent enfin pour faire varier les angles d’approche. En France, pour l’instant, ce sont surtout des penseurs qui ne dissocient pas la réflexion philosophique de l’invention poétique qui constituent pour les chercheurs littéraires une source inépuisable de réflexion : sans pouvoir être exhaustive, je mentionnerai Maurice Merleau-Ponty avec le brouillon du Visible et l’Invisible[50] ou le cours sur La Nature[51] ; Félix Guattari et Gilles Deleuze avec leur somme Mille Plateaux[52] (qui ne se réduit pas, loin s’en faut, à un « devenir-animal » souvent mal interprété) ; Jacques Derrida avec son ouvrage posthume L’Animal que donc je suis[53] (qu’on connaît sans doute trop pour son néologisme « animot ») ; Carlo Ginzburg, avec son célèbre article sur le paradigme indiciaire, qui évoque la fiction anthropologique d’une relation entre la pratique de la chasse et l’invention de la narration dans le processus d’hominisation[54] ; Giorgio Agamben avec L’Ouvert[55] ; Élisabeth de Fontenay avec Le Silence des bêtes[56] ; Jean-Christophe Bailly avec Le Versant animal[57] et Florence Burgat avec Une autre existence : la condition animale[58]. Leur description des multiples modalités selon lesquelles les hommes tissent un monde commun avec les bêtes (importance de la notion husserlienne d’archè), mais aussi leur insistance sur le mouvement d’échappée et d’esquive qui peut caractériser le rapport animal au monde et tout particulièrement aux humains; leur mise en relief de la nécessité d’envisager les bêtes dans leur singularité et leur dénonciation des différentes formes de violences qui touchent non seulement celles-ci, mais par voie de ricochet l’humanité dans sa manière de s’envisager, sont des lignes de force majeures de l’ensemble de la littérature animalière depuis le début du vingtième siècle. Ces croisements entre poésie et philosophie se retrouvent au cœur de la notion d’oikos, envisagée par les écrivains français de façon plus métaphorique que réaliste, et menant de façon très immédiate vers des références germaniques. En témoignent l’importance cruciale de la nature dans la poésie et la philosophie allemandes depuis la fin du xviiie siècle, et le rôle de celles-ci dans la formation de nombreux intellectuels français. De même, Hölderlin, pour qui le langage poétique est l’unique façon d’« habiter » véritablement la Terre, Karl Philip Moritz, Hofmannsthal ou Rilke, auteurs dont les textes expriment une relation périlleuse de l’humain aux modes d’être animaux, que ceux-ci s’avèrent trop empathiquement investis ou au contraire dramatiquement inaccessibles, se découvrent comme des référents plus « classiques » pour un Français que les référents états-uniens – Thoreau, Emerson, Whitman, Aldo Leopold pour n’en citer que quelques-uns ne constituent une source d’inspiration sédimentée que pour un petit nombre d’écrivains ou de penseurs français.
Il importe enfin de relever que d’autres auteurs sont régulièrement convoqués par la critique littéraire, qui s’avèrent plus directement ancrés dans l’histoire naturelle, les sciences du vivant et ce qu’on appellera au milieu du vingtième siècle l’éthologie : Darwin, Jakob von Uexküll, Dominique Lestel sont fréquemment invoqués dans les analyses, et de façon plus rare mais pourtant porteuse, Michelet, Fabre, Maeterlinck, Konrad Lorenz, Adolf Portmann et, plus philosophiquement, Hans Jonas ou Vinciane Despret. Des auteurs comme Gaston Bachelard, Bruno Latour ou Michel Serres, auteurs français paradoxalement davantage utilisés dans le monde anglophone qu’en France, me semblent encore trop peu convoqués. Ce type de constat ne fait donc que renforcer la nécessité d’une dimension internationale pour les programmes de recherche collectifs, qui seule permet de mettre en regard et de relativiser les référents théoriques ; on peut en outre, de façon indûment optimiste, espérer qu’elle orientera progressivement les politiques éditoriales en faisant ressentir la nécessité de traductions d’auteurs qui font référence dans chaque aire culturelle… En tout état de cause, un travail en anglais et en français (en attendant d’autres croisements linguistiques, notamment allemand/français) sur la littérature de langue française est sans doute le seul moyen de créer concrètement des transversales entre différents champs : c’est l’un des objectifs du programme « Animots », dont de nombreuses manifestations et publications ont été effectuées dans les deux langues – c’est en particulier le cas du Congrès international d’études en langue française (xxe-xxie siècles) « Humain/Animal[59]», qui a réuni près de trois cent chercheurs en majorité littéraires, et qui a donné lieu à quatre recueils collectifs en anglais et en français[60].
 
Parce que le sujet abordé est l’animalité littéraire, les chercheurs français inscrivent de façon très récente leur réflexion moins dans le cadre général de l’écocritique, qu’à l’intérieur de celle-ci, dans le cadre de l’écopoétique[61] et surtout de la zoopoétique[62]. Il s’agit ce faisant d’examiner les pouvoirs du langage créatif, notamment son aptitude à rendre compte de la puissance du lien qui nous unit aux bêtes tout comme des façons extraordinairement diversifiées qu’elles ont d’habiter le monde. Est ainsi passée au crible de la critique la capacité de la littérature à se conjuguer aux savoirs existants (histoire naturelle, éthologie, éthique, biologie, politiques de la nature…) voire à produire, par des histoires incarnées, un savoir proprement littéraire sur ces bêtes « en chair et en os, en griffes et fourrures, en odeurs et en cris » évoquées par Élisabeth de Fontenay dès les premières pages du Silence des bêtes[63], bêtes « singulières[64]» que les sciences en général et les Sciences Humaines et Sociales en particulier ont tendance à diluer en les englobant dans le concept pratique mais trop « générique[65]» et trop abstrait d’« animalité ».
 
Anne SIMON (CRAL-Centre National de la Recherche Scientifique/École des Hautes Études en Sciences Sociales)
 
ISSN 1913-536X ÉPISTÉMOCRITIQUE (SubStance Inc.) VOL. XIII 
 
 

[1] Jean-Marie Schaeffer, La Fin de l’exception humaine, Paris, Gallimard, 2007.
Cet article constitue la version française actualisée de Animality and Contemporary French Literary Studies : Overwiew and Perspectives, French Thinking about Animals, Louisa Mackenzie et Stéphanie Posthumus dir., Michigan Press, avril 2015 ; l’auteure remercie les éditrices de lui avoir accordé leur autorisation de traduction.
[2] Le programme Animots par exemple comprenait huit chercheurs, dont trois appartenant à Princeton University, University of Connecticut (États-Unis) et Roehampton University (Royaume Uni).
[3] Cf. la communication de Benoît Mangin lors du colloque « Que la bête meure ! », organisé par Philippe Dagen et Marion Duquerroy, Institut National d’Histoire de l’Art / Musée de la Chasse et de la Nature, Paris, 11-12 juin 2012. Le Musée de la Chasse et de la Nature devient, grâce à son conservateur Claude d’Anthenaise, un lieu de diffusion des problématiques animales vers le grand public, en art comme en littérature.
[4] Dirigé par Anne Simon à l’Université Sorbonne nouvelle-Paris 3, 2007-2010.
[5] Dirigé par Anne Simon de 2010 à 2014, ce programme international était rattaché à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales et faisait l’objet d’un partenariat avec l’université Sorbonne nouvelle-Paris 3. C’est désormais un programme du Centre de recherches sur les arts et le langage (EHESS/CNRS).
[6] Animé par Claude Millet et Paule Petitier à l’université Denis Diderot-Paris 7 de 2007 à 2012, il a donné lieu à une publication en ligne : L’Animal du xixe siècle, Paule Petitier dir. (dernière consultation 13 mai 2015).
[7] Organisé par Danièle Méaux et Jean-Pierre Mourey à l’université de Saint-Étienne de 2010 à 2012 ; une sélection de communications est parue dans la revue Figures de l’art, n° 27, 2014.
[8] Organisé à l’université de Poitiers en 2010 ; actes parus sous le titre La Question animale. Entre littérature, sciences et philosophie, Lucie Campos, Georges Chapouthier, Catherine Coquio, Jean-Paul Engélibert dir., Presses Universitaires de Rennes, 2011.
[9] Dirigé par Valérie Boudier et Gilles Froger au sein du Pôle Arts Plastiques de Tourcoing (Université Lille 3/École Supérieure d’Art du Nord-Pas-de-Calais Dunkerque-Tourcoing) de 2012 à 2013.
[10] Organisée par Marie Cazaban-Mazerolles et Paula Klein, Université de Poitiers, 10 avril 2015.
[11] Organisé par Arnaud François et Frédéric Worms à Cerisy-La-Salle en août 2012. Actes à paraître en 2015.
[12] Organisé par Roland Schaer à la Bibliothèque Nationale de France en octobre 2012.
[13] Dirigé par Gisèle Séginger, Université Paris Est/Fondation Maison des Sciences de l’Homme/Agence nationale de la recherche.
[14] Dirigé par Gisèle Séginger et Christine Maillard, Fondation Maison des Sciences de l’Homme. Je remercie Christine Baron pour ses indications.
[15] Voir leur présentation du numéro spécial « Animals in French History » de French History, 28.2, juin 2014.
[16] Le caractère * signifie « en anglais dans le texte ».
[17] Les « SHS » n’ont pas d’équivalent strict dans le monde anglo-saxon (renvoyons pour simplifier aux « Humanities* » et aux « Social Sciences* »). Elles regroupent un grand nombre de disciplines (théorie de la littérature, philosophie, histoire, anthropologie, sociologie, droit, musicologie, histoire de l’art, épistémologie, linguistique, sciences politiques, géographie, archéologie, paléontologie, psychologie, économie, etc.) et un Institut lui est dédié spécifiquement au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS).
[18] Séminaire du programme « Animots », dirigé par Anne Simon à l’EHESS en 2011-2012; réflexion prolongée par le séminaire de Master « Histoires de bêtes : animalité et littérature de langue française (xxe-xxie siècles) » (Anne Simon, EHESS, 2012-2013).
[19] Le CNRS ne propose des postes en section 35 (Sciences philosophiques et philologiques, sciences de l’art), intitulés « Études de genre » que depuis 2011. D’autre part, à l’époque où Audrey Lasserre et moi-même publiions le collectif Nomadismes des romancières contemporaines de langue française (Paris, Presses de la Sorbonne nouvelle, 2008) et a fortiori quand j’écrivais puis publiais avec la sociologue Christine Détrez À leur corps défendant. Les femmes à l’épreuve du nouvel ordre moral (Paris, Seuil, 2006), nous nous inscrivions encore en Gender Studies*.
[20] Cf. dans la sphère de langue française le Portail des humanités environnementales.
[21] Voir, pour ne donner que quelques exemples, les travaux d’Alain Suberchicot, Yves-Charles Grandjeat ou Michel Granger.
[22] Lawrence Buell, Writing for an Endangered World. Literature, Culture and Environment in the U.S. and Beyond, Harvard University Press, 2003. De l’avis même de l’auteur (p. 17), les deux « vagues » écocritiques ne sont pas strictement successives; peut-être conviendrait-il de parler plutôt de « courants ».
[23] Voir Stéphanie Posthumus, « Translating Ecocriticism : Dialoguing with Michel Serres », Reconstruction : studies in contemporary culture, 7.2, 2007, p. 2.
[24] Voir François Specq, Henry D. Thoreau et la naissance de l’idée de parc national, ”¨Écologie & politique, 2008/2, n° 36, p. 29-40 (dernière consultation 13 mai 2015), et Pierre Schoentjes, Ce qui a lieu. Essai d’écopoétique, Éditions Wildproject, 2015, p. 29-30 et p. 108-16.
[25] Alain Suberchicot, Littérature et environnement. Pour une écocritique comparée, Paris, Champion, 2012, p. 118.
[26] Pour une analyse comparative des deux sphères culturelles, voir Kerry H. Whiteside, Divided Nature. French Contributions to Political Ecology, Cambridge (Massachussets)/Londres, The MIT Press, 2002, qui définit en particulier la perspective écologique française comme relevant d’un « noncentered ecologism* » ou d’un « ecological humanism* » ; Stéphanie Posthumus, La Nature et l’Écologie chez Lévi-Strauss, Tournier, Serres, Faculty of Graduate Studies, The University of Western Ontario London, Ontario”¨, mars 2003, thèse en ligne (dernière consultation 13 mai 2015) ; Lucile Desblache, « Penser et représenter les animaux : cultures anglophones et francophones », La Plume des bêtes, Les animaux dans le roman, Paris, L’Harmattan, 2011, p. 85-98.
[27] Voir François Cusset, French Theory. Foucault, Derrida, Deleuze & Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux États-Unis, Paris, La Découverte, 2003.
[28] Beyond Nature Writing : Expanding the Boundaries of Ecocriticism, Karla M. Armbruster et Katleen R. Wallace dir., Londres, University of Virginia Press, 2001. Voir aussi The Ecocriticism Reader. Landmarks in Literary Ecology, Cheryll Glotfelty et Harold Fromm dir., Athens, Georgia, The University of Georgia Press, 1996, et Écopoétiques, Fixxion, n° 9, Alain Romestaing, Pierre Schoentjes et Anne Simon dir., à paraître en 2015.
[29] Côté britannique, Kate Soper relativisait la notion dès 1998 dans What is Nature, Oxford, Blackwell.
[30] Yves Bichet, La Part animale, Paris, Gallimard, 1994.
[31] Isabelle Sorente, 180 jours, Paris, JC Lattès, 2013.
[32] Xavier Boissel, Rivières de la nuit, Paris, Éditions Inculte, 2014.
[33] Céline Minard, Le Dernier Monde, Paris, Denoël, 2007.
[34] Jean-Pierre Richard, Proust et le monde sensible, Paris, Seuil, 1974.
[35] Des hommes malades des animaux, Frédéric Keck et Noélie Vialles dir., Éd. de L’Herne, 2012.
[36] Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005.
[37] La Fin de l’exception humaine de Jean-Marie Schaeffer (éd. cit.) ou Du bon usage de la nature : pour une philosophie de l’environnement, de Catherine et Raphaël Larrère (Paris, Aubier, Paris, 1997) ont par exemple fait l’objet de débats qui signalent la vitalité de la réflexion.
[38] Cf. Mondes ruraux, mondes animaux. Le lien des hommes avec les bêtes dans les romans rustiques et animaliers de langue française (XXe-XXIe siècles), Alain Romestaing dir., Dijon, Éditions Universitaires de Dijon, novembre 2014.
[39] Dominique Lestel, « Les communautés hybrides homme/animal », L’Animal singulier, Paris, Seuil, 2004, p. 15-33.
[40] Cf. Hybrides et monstres: transgressions et promesses des cultures contemporaine, Lucile Desblache dir., Presses Universitaires de Dijon, 2012.
[41] Jakob von Uexküll, Milieu animal et milieu humain, traduit par Charles Martin-Fréville, Paris, Rivages, 2010.
[42] Voir Jean-Christophe Bailly, « Les animaux conjuguent les verbes en silence », L’Esprit créateur, « Facing Animals / Face aux bêtes », Anne Mairesse et Anne Simon dir., vol. 51, n° 4, décembre 2011, p. 106-114, et Marielle Macé, « Styles animaux », ibid., p. 97-105.
[43] Voir Brian L. Keeley, « Anthropomorphism, primatomorphism, mammalomorphism: understanding cross-species comparisons », Biology and Philosophy, n° 19, Kluwer Academic Publishers, p. 521-540, 2004; Françoise Armengaud, « L’anthropomorphisme : vraie question ou faux débat ? », in Florence Burgat et Robert Dantzer dir., Les Animaux d’élevage ont-ils droit au bien-être ?, I.N.R.A., Paris, 2001, p. 203-231; Jacques Dewitte, « L’anthropomorphisme, voie d’accès privilégiée au vivant. L’apport de Hans Jonas », Revue philosophique de Louvain, vol. 100, n° 100-3, 2002, p. 437-465.
[44] Voir Anne Simon, « Hommes et bêtes à vif : trouble dans la domestication et littérature contemporaine », in Le Moment du vivant, Arnaud François et Frédéric Worms dir., Paris, PUF, à paraître en 2015.
[45] Voir Romanesques, « Animaux d’écritures : le lien et l’abîme », Alain Romestaing et Alain Schaffner dir., Classiques Garnier, 2014, et Souffrances animales et traditions humaines. Rompre le silence, Lucile Desblache dir., Éditions universitaires de Dijon, 2014.
[46] Voir le colloque international d’Éthique transversale L’humain en question. Ce que les animaux nous apprennent, Uni Mail et Uni Bastions, Ghislain Waterlot et François Dermange dir., Université de Genève, 7-9 mai 2015.
[47] Voir Sandra Laugier, Yes we care, Mediapart, 20 juin 2010 (dernière consultation 13 mai 2015) et Tous vulnérables ? Le care, les animaux et l’environnement, Sandra Laugier dir., Éditions Payot et Rivage, « Petite Bibliothèque Payot », 2012. Voir aussi le séminaire « Imagination, relations morales et éthique du care / Imagination, Moral Relations and Care Ethic », Frédéric Worms et Nathalie Zaccaï-Reyners dir., Fondation Les Treilles, 13-18 juillet 2015, actes à paraître en 2016.
[48] Pour des corpus d’auteurs originaux, voir Lucile Desblache, Bestiaire du roman contemporain d’expression française, Clermont-Ferrand, Presses de l’Université Blaise Pascal, 2002, et L’Animal littéraire : des animaux et des mots, Jacques Poirier dir., Presses universitaires de Dijon, 2010.
[49] Cahiers Albert Cohen, « Animal et animalité dans l’œuvre d’Albert Cohen », n° 18, Le Manuscrit, nov. 2008.
[50] Maurice Merleau-Ponty, Le Visible et l’Invisible, Paris, Gallimard, « Tel », 1964.
[51] Maurice Merleau-Ponty, La Nature : notes – Cours du Collège de France, établi et annoté par Dominique Séglard, Paris, Seuil, 1995.
[52] Gilles Deleuze, Félix Guattari, Mille Plateaux, Paris, Minuit, 2980.
[53] Jacques Derrida, L’Animal que donc je suis, Paris, Galilée, 2006.
[54] Carlo Ginzburg, « Signes traces, pistes. Racines d’un paradigme de l’indice », Le Débat, n°6, novembre 1980, p. 3-44.
[55] Giorgio Agamben, L’Ouvert : de l’homme et de l’animal, traduit par Joël Gayraud, Paris, Payot et Rivages, 2002. Homo sacer. I, Le pouvoir souverain et la vie nue, traduit par Marilène Raiola, Paris, Seuil, 1997, commence aussi à jouer un rôle important, pour le concept de « vie nue ».
[56] Élisabeth de Fontenay, Le Silence des bêtes : la philosophie à l’épreuve de l’animalité, Paris, Fayard, 1999.
[57] Jean-Christophe Bailly, Le Versant animal, Paris, Bayard, 2007. Cet ouvrage a été tout particulièrement abordé lors de la session “Imagine a world without animals ?” (Éliane DalMolin dir.) du congrès de la MLA en janvier 2013.
[58] Florence Burgat, Une autre existence : la condition animale, Paris, Albin Michel, « Bibliothèque Idées », 2012. L’ouvrage de Corine Pelluchon, Les Nourritures : philosophie du corps politique, Éd. du Seuil, « L’Ordre philosophique », 2015, constituera sans doute une ressource en philosophie politique.
[59] 20th-21st Century French and Francophone Studies International Colloquium, organisé par Anne Mairesse et Anne Simon, San Francisco, 30 mars-2 avril 2011.
[60] Voir les trois numéros de Contemporary French and Francophone Studies : « Human/Animal Part 1 », 16.4, Anne Mairesse (Guest Editor), Roger Célestin, Éliane DalMolin dir., septembre 2012; « Human/Animal Part 2 », 16.5, Anne Simon (Guest Editor), Roger Célestin, Éliane DalMolin dir., décembre 2012; vol. 17.3, Roger Célestin, Éliane DalMolin dir., printemps 2013, ainsi que L’Esprit créateur, « Facing Animals / Face aux bêtes », éd. cit.
[61] Voir Anne Simon, « Au “pays” des bêtes : écopoétiques de la ruralité contemporaine », in Mondes ruraux, mondes animaux, éd. cit., p. 215-228.
[62] Voir Revue des Sciences Humaines, « Zoopoétique : les animaux en littérature française », André Benhaïm et Anne Simon dir., à paraître en 2016. Une formation en zoopoétique est assurée au sein des séminaires « Questions de zoopoétique » puis « Littérature et pensées du vivant » au sein du Master « Théorie de la littérature » (cohabilité EHESS/ENS/Université Paris Sorbonne), animé par Jean-Marie Schaeffer, Anne Simon, Marielle Macé et Frédérique Aït-Touati de 2014 à 2016.
[63] Éd. cit., p. 25.
[64] Cf. Dominique Lestel, op. cit.
[65] Jean-Christophe Bailly, Le Dépaysement : voyages en France, Paris, Seuil, 2011, p. 359.