Editorial. Savoirs et littérature: état des lieux dans le monde germanophone

Ce 15e numéro d’Epistémocritique a pour objectif de présenter la recherche sur « Littérature et savoir(s) » dans les pays germanophones[1]. Le rythme des publications  ainsi que la parution de plusieurs manuels témoignent de la vitalité de ce champ de recherche[2] ; pour autant, celui-ci n’est pas homogène, au contraire : une variété d’approches et de positions différentes s’y sont développées, donnant lieu à des controverses parfois très vives[3]. Celles-ci touchent notamment à la définition de notions complexes comme celles de savoir (vs science) ou de vérité (de la fiction) ou encore au type de relations existant entre littérature et savoirs (influence, circulation, co-évolution, etc.). Les points litigieux concernent également les rapports entre théorie de la connaissance (Erkenntnistheorie) et histoire du savoir (Wissensgeschichte), entre littérature, théorie scientifique et sociologie de la connaissance[4].
 
1. Tentatives pour structurer le champ de recherche
Pour mettre un peu d’ordre dans ces différentes approches et positions, Nicolas Pethes a établi dès 2003 un rapport de recherche très instructif sur les relations entre histoire littéraire et histoire des sciences[5]. D’autres modèles et schémas classificateurs ont été proposés depuis[6] mais nous pouvons commencer par les analyses de Pethes qui clarifient utilement les relations entre ces deux domaines. Pethes distingue précisément trois ensembles de recherche. Les premiers s’intéressent à l’influence de la science sur la littérature. Pethes range dans ce premier groupe les recherches qui ont pour objet les romans écrits par des auteurs ayant eux-mêmes une formation scientifique, comme Goethe ou, plus tard, Musil, Alfred Döblin ou encore Céline. Certains de ces textes mettent en jeu une relation explicite avec la réalité référentielle, notamment lorsqu’un scientifique ou un chercheur en est le personnage principal – on pense évidemment à Faust. D’autres textes encore font de certains résultats ou théories scientifiques le thème d’une élaboration littéraire : on peut citer par exemple les probabilités pour le roman du XVIIIe siècle, la psychanalyse de Freud pour la littérature du XXe siècle ou encore la théorie des affinités chimiques pour Goethe. On retrouve également dans de nombreux romans l’impact des grands changements de paradigmes apportés par exemple par Newton, Darwin, Einstein ou Heisenberg. Dans cette perspective, un dernier groupe de textes important est évidemment la science-fiction, genre par excellence du dialogue entre science et littérature, dans lequel un imaginaire scientifique, éventuellement nourri par des recherches récentes, irrigue littéralement l’écriture[7].
 
Une seconde approche considère à l’inverse l’influence exercée par la littérature sur la science. Pethes cite comme exemple de fonctionnalisation de l’écriture littéraire dans le domaine scientifique les « récits de cas » (Fallgeschichten) de Carl Philipp Moritz, soulignant par la même occasion l’importance des grands romans du XXe siècle, comme L’homme sans qualités de Musil, pour penser la physique du XXe siècle[8]. Dans la même veine, à la suite notamment d’Yves Jeanneret, on a pu également interroger le projet vulgarisateur de la science en examinant le style d’écriture, les ressources structurelles et la tradition esthétique de ces écrits[9]. Reprenant les intuitions fécondes développées à la fin des années 1970 par Bruno Latour[10], un certain nombre d’auteurs se sont plongés au cœur même de la science la plus institutionnalisée pour analyser l’écriture scientifique et montrer le rôle qu’y jouent certaines techniques littéraires. Si dans un premier temps, ces travaux proposaient une perspective critique sur les stratégies rhétoriques mises en œuvre par les scientifiques pour justifier une position et pour faire taire les critiques, plus récemment ils ont aussi conduit à souligner l’existence d’une poétique propre de la science[11].
 
Le troisième et dernier ensemble de travaux à réfléchir aux liens entre science et littérature paraît le plus fécond. Il s’intéresse aux analogies, à l’interdiscursivité et à la coévolution du discours scientifique et du discours littéraire. Il est aussi celui qui pose le plus de difficultés théoriques, dans la mesure où il soulève le problème de la démarcation. Les approches qui le constituent tendent en effet à réduire la littérature et la science à leur seule dimension discursive. Dès lors, on peut se demander d’où provient le ‘sentiment’ ou à l’inverse la ‘force de conviction’ que suscitent ces textes au plan scientifique. En Allemagne, une réponse importante a été apportée à cette question par un courant émergent de la critique littéraire, la « poétologie du savoir » (aussi appelée Wissenspoetik), que certains considèrent même comme un nouveau « paradigme » dans le champ de recherche sur littérature et savoir[12]. La « poétologie du savoir » a été développée entre autres par le germaniste et Kulturwissenschaftler Joseph Vogl (voir sa contribution dans ce recueil[13]) dans la deuxième moitié des années quatre-vingt-dix[14].
 
Un autre courant dominant s’est établi en contrepoint à la « poétologie du savoir », à sa conception du « savoir » et des partages structurants de la science (vrai/faux, expérimentable/non-vérifiable) : la théorie littéraire analytique (analytische Literaturwissenschaft). Cette dernière a trouvé son représentant le plus productif en la personne du germaniste et philosophe Tilmann Köppe à l’Université de Göttingen[15]. Germaniste et philosophe inspiré par les recherches de Peter Lamarque et Stein H. Olsen[16], Köppe interroge entre autres les délimitations entre texte fictionnel et texte non-fictionnel et pose la question de savoir s’il est possible d’acquérir du savoir à partir d’un texte fictionnel[17]. Katharina Lukoschek présente dans le présent volume cette approche théorique plus en détail.
 
S’inspirant de ces deux courants théoriques, Gideon Stiening a proposé en quelque sorte une voie médiane (vermittelnde Stellung), montrant clairement à partir de l’exemple de l’élégie de Goethe, La Métamorphose des plantes, que le travail d’un historien de la littérature consiste surtout  « à reconnaître, à analyser et à interpréter ce contexte du savoir dans un texte littéraire donné, comme un moment dans la mise en forme poétique des exigences épistémiques (de savoir) contemporaines »[18]. Si Stiening inscrit ainsi la wissensgeschichtliche Literaturwissenschaft (la théorie littéraire qui se consacre à l’étude historique des savoirs dans le texte littéraire) dans la tradition de l’histoire des idées et de l’histoire sociale, il est aussi proche des positions de chercheurs français qui travaillent sur la mise en texte du savoir et qui réfléchissent « d’une part, sur la production des représentations littéraires qui impliquent des savoirs, sur les structures textuelles ou les figures qui assurent la conversion et d’autre part, sur les effets de ce recours aux savoir dans les œuvres. » Pour ces chercheurs, « il s’agit donc moins d’identifier des sources que de déterminer l’impact d’une utilisation des savoirs sur la forme textuelle et le style : quels sont les dispositifs inventés, les figures de style, la poétique narrative qui assurent leur intégration et leur transformation ? »[19]
 
Pour mieux comprendre le rôle des Kulturwissenschaften/sciences de la culture dans l’implantation des recherches sur la littérature et les savoir(s) dans les pays germanophones, il faut maintenant dire quelques mots de ce que l’on a appelé le « tournant culturel » dans ces pays.
 
2. Le rôle important du tournant culturel dans les pays germanophones
Dans le monde germanophone comme dans les pays anglo-saxons, la discussion sur le rôle, l’apport et l’influence des « sciences de la culture » sur les études littéraires se situe dans un contexte de crise qui touche ces dernières et dans la recherche d’un renouveau[20]. La situation paraît très différente en France où les sciences de la culture n’ont pas « pris » au même degré ou, du moins, pas dans les mêmes termes[21]. Pour autant, cela ne signifie certes pas que la France n’a pas été touchée par le mouvement ou qu’elle n’a pas participé à ces débats : ainsi Michael Lackner et Michael Werner, dans leur travail sur le tournant culturel dans les sciences humaines, soulignent à juste titre l’existence d’un espace de débat théorique international, impliquant des chercheurs de pays où le terme n’est pas utilisé[22]. Doris Bachmann-Medick dans son livre sur les tournants culturels souligne également la différence des champs intellectuels en France et en Allemagne, et l’intrication particulièrement étroite en France entre le domaine « culturel » et les sciences sociales au sein des sciences humaines[23]. Si par ailleurs, en 2003, Anne Challard-Fillaudeau et Gérard Raulet s’interrogent sur l’absence des sciences de la culture dans la langue, mais aussi dans la conscience épistémologique française, ils soulignent néanmoins que depuis quelques années les termes « Sciences de la culture » et « tournant culturel » ont bel et bien fait leur apparition dans le paysage épistémologique français[24].
 
Si ainsi le paysage des « sciences culturelles » au sens large – par quoi j’entends les diverses approches se revendiquant du « tournant culturel » dans différents pays -, apparaît morcelé entre des traditions nationales variées, on peut néanmoins retenir un certain nombre d’éléments centraux dans ces travaux. On peut ainsi caractériser les sciences de la culture comme une stratégie de recherche et une attitude réflexive qui cherche le dialogue entre les disciplines mais qui insiste en même temps sur l’importance de la contribution de la philologie à ce débat. Si cette orientation culturaliste des études littéraires a souvent été critiquée, on peut tomber d’accord avec Peter Matussek lorsqu’il écrit qu’« une ouverture culturologique n’est pas forcément contraire à une réflexion sur les notions philologiques de base, mais bien plutôt un recours à son propre potentiel qui est souvent encore mal exploité »[25]. Les sciences de la culture constituent en ce sens une « notion heuristique et réflexive » (Such- und Reflexionsbegriff)[26] : une recherche et une réflexion sur l’objet et le but des études philologiques qui, après avoir connu un certain rétrécissement de leur champ, obéissent aujourd’hui à un mouvement de réouverture et d’élargissement grâce à leur orientation culturaliste (ou « culturologique »)[27].
 
3. Epistémocritique – une approche théorique qui traverse les frontières ?
Que peut-on dire sur les différences entre ces travaux allemands et les recherches menées en France ? Dans ce numéro d’Épistémocritique, on ne peut que mettre l’accent sur les affinités entres les uns et les autres.
 
La notion d’ « épistémocritique » a été proposée par Michel Pierssens, lorsqu’il était professeur de littérature française à l’Université de Québec à Montréal[28]. Elle s’est développée parallèlement aux États-Unis au début des années quatre-vingt, sous l’égide de la Society for Science, Literature and the Arts, regroupant des chercheurs et critiques littéraires qui s’intéressaient à la configuration des savoirs dans le texte littéraire. Le concept a été repris en France par un groupe de recherche de l’Université Paris VIII travaillant sur la littérature et la cognition, qui a ainsi largement contribué à l’émergence de l’épistémocritique dans le monde littéraire français[29]. On peut isoler plusieurs points communs entre l’épistémocritique et la poétologie du savoir, qui reflètent les étapes du tournant culturel évoqué plus haut. Au départ des deux approches, se trouve une réflexion sur l’histoire des savoirs qui se situe au carrefour d’influences comme l’analyse du discours (l’approche archéologique), l’histoire des médias, l’anthropologie culturelle et les poetics of culture ou le New historicism. Une autre référence importante pour penser le rapport entre science et littérature est la philosophie de Gilles Deleuze dont Vogl est l’un des traducteurs en allemand. L’épistémocritique s’appuie quant à elle sur les travaux de Michel Serres (M. Pierssens) ou de Bakhtine, avec son principe dialogique (L. Dahan-Gaida)[30].
 
Un autre point commun est la langue théorique, qui s’inscrit dans le tournant culturel. Cette langue est à mon sens le reflet du nouveau vocabulaire culturaliste dont parle Bachmann-Medick[31] et que Vogl évoque lorsqu’il parle d’une dimension performative et théâtrale de la représentation du savoir, autrement dit d’un type d’analyse textuelle « qui lie un objet scientifique à sa forme de représentation et qui suppose qu’une donnée épistémique implique des décisions esthétiques et inversement »[32] ; ici, les mots-clés sont « mise en scène narrative », « performance », « figure », ou plutôt, pour employer les termes de Pierssens, ces « figures épistémiques » « par lesquelles s’opère la greffe d’un savoir sur le discours ou la fiction »[33] et qui permettent de penser les transferts réciproques entre savoir et littérature[34].
 
Le troisième point concerne la portée réflexive qui caractérise les études culturelles et qui s’exprime par le poids qu’accordent Pierssens et Vogl à l’idée que la littérature est un contre-discours et une critique[35]. Pierssens l’indique dans le nom même de son approche : épistémocritique. Il souligne la fonction « critique » de la littérature qui n’est pas seulement un « conservatoire des sciences caduques » comme le propose W. Lepenies[36] ou « la traduction dans la langue des images d’un original écrit dans la pure langue des concepts », comme le disait Michel Serres[37]. La portée critique de la littérature s’explique par le fait qu’elle est, selon Pierssens, à la fois « œuvre de connaissance et entreprise de déconstruction, machine à faire croire et scepticisme dévastateur. La démarche épistémocritique veut être attentive à ces deux réalités : les savoirs y sont une référence, mais une référence toujours contestée. »[38] En cela, Pierssens revendique la leçon de Flaubert telle qu’elle s’élabore dans Bouvard et Pécuchet, laquelle interdit de réduire l’épistémocritique à une simple approche thématique qui étudierait dans les œuvres le savoir comme un motif parmi d’autres, mais invite au contraire à la considérer comme «  une manière bien spécifique d’interroger le statut heuristique de la fiction, l’inquiétude proprement poétique des écrivains dans leur rapport à la vérité »[39].
 
C’est ce statut heuristique de la fiction qui me paraît distinguer la littérature lorsqu’elle appréhende la science. Et c’est ce point qu’il faut, à mon sens, placer au centre d’une analyse des interrelations entre les deux domaines. La littérature ne fait certes pas œuvre de science lorsqu’elle développe tel ou tel savoir. Mais elle est porteuse d’une interrogation sur ce savoir qui dépasse le strict cadre littéraire et intéresse la science elle-même.
 
Les sept contributions rassemblées ici, issues de la germanistique, de la romanistique et de la littérature comparée, ont été choisies pour représenter un éventail aussi varié que possible des approches et des orientations de recherche qui se développent actuellement dans le monde germanophone : la poétologie du savoir (Joseph VOGL), la poétologie du savoir appliquée à l’histoire de la médecine (Yvonne WíœBBEN), les recherches inspirées du cognitivisme esthétique et de la critique analytique (Katharina LUKOSCHEK), les recherches s’appuyant sur la théorie des systèmes sociaux du sociologue allemand Niklas Luhmann (Thomas KLINKERT[40]), les recherches plus thématiques concernant la présence d’un domaine du savoir, comme par exemple l’histoire naturelle, dans la littérature contemporaine (Werner MICHLER), les recherches sur l’encyclopédisme[41] (Monika SCHMITZ-EMANS) et enfin, les recherches portant sur les limites du savoir, le non-savoir et la bêtise (Achim GEISENHANSLíœKE)[42].
 
 
 
 ISSN 1913-536X ÉPISTÉMOCRITIQUE (SubStance Inc.) VOL. XV
 

[1] Cet éditorial s’appuie en partie sur ma thèse : H. Haberl, Ecriture encyclopédique – écriture romanesque : représentations et critique du savoir dans le roman allemand et français de Goethe à Flaubert, (thèse de doctorat soutenue le 15/10/2010 à l’EHESS), mise en ligne sur le site du Centre Flaubert : flaubert.univ-rouen.fr/theses/haberl_these.pdf (16/12/2015).
[2] R. Borgards, et al. (dir.), Literatur und Wissen. Ein interdisziplinäres Handbuch, Stuttgart, Metzler, 2013 ; T. Köppe, (dir.), Literatur und Wissen. Theoretisch-methodische Zugänge, Berlin, Walter de Gruyter Verlag, 2011a ; R. Klausnitzer, Literatur und Wissen. Zugänge – Modelle – Analysen, Berlin.
New York, de Gruyter, 2008.
[3]Voir surtout les débats dans les revues KulturPoetik (de l’Université du Saarland) et Zeitschrift für Germanistik (de l’Université Humboldt de Berlin) en 2007: T. Köppe, « Vom Wissen in Literatur », in Zeitschrift für Germanistik, n° 17, 2007a, p. 398-410 ; R. Borgards, « Wissen und Literatur. Eine Replik auf Tilmann Köppe », in Zeitschrift für Germanistik, 17, 2007, p. 425-428 ; A. Dittrich, « Ein Lob der Bescheidenheit. Zum Konflikt zwischen Erkenntnistheorie und Wissensgeschichte », in Zeitschrift für Germanistik, 17, 2007, p. 631-637 ; T. Köppe, « Fiktionalität, Wissen, Wissenschaft », in Zeitschrift für Germanistik, 17, 2007b, p. 638-646. Avec la revue Zeitschrift für Kulturwissenschaften (publiée en Autriche avec des rédactions en Autriche, en Allemagne et en Suisse), nous avons ici trois périodiques en sciences de la culture qui abordent souvent des thématiques dans le domaine de littérature et savoirs.
[4] A. Schäfer, « Poetologie des Wissens », in R. Borgards, et al. (dir.), Literatur und Wissen. Ein interdisziplinäres Handbuch, Stuttgart, Metzler, 2013, p. 36-41 ; Vogl, J., « Robuste und idiosynkratische Theorie »,, in KulturPoetik, 7.2, 2007, p. 249-258 ; G. Stiening, « Am ‘Ungrund’ oder: Was sind und zu welchem Ende studiert man ‘Poetologien des Wissens’? » in KulturPoetik, 7.2, 2007, p. 234-248.
[5] N. Pethes, « Literatur und Wissenschaftsgeschichte. Ein Forschungsbericht », in IASL, 28, n° Heft 1, 2003, p. 181-231. Cette tripartition recoupe en partie la typologie de l’américaine Katherine Hayles – l’une des principales représentantes des « Literature and Science Studies » – en trois approches – lesquelles ne correspondent pas à trois approches complètement distinctes en pratique : approche rhétorique, conceptuelle et culturelle. L’approche conceptuelle de Hayles lie littérature et science par le biais des idées et des perspectives que celles-ci partagent. À la différence de l’approche rhétorique qui reprend le schéma de l’influence (emprunt de métaphores), l’approche conceptuelle s’inspire plutôt de l’idée de « Zeitgeist ». Hayles donne comme exemple les travaux de Michel Serres (Hermès) et son style paratactique, qui par exemple met au même niveau les textes de Molière et la théorie de l’information. La force de l’approche conceptuelle est de révéler des similitudes entre des théories et des pratiques qui de prime abord n’ont rien en commun. L’approche culturelle rejoint ce que j’ai évoqué plus haut, en ceci qu’elle aborde la science aussi bien que la littérature en tant que constructions socio-culturelles. Cf. N. Katherine Hayles, « Literature and Science », in M. Coyle et al., (dir.), Encylopedia of literature and criticism, London, Routledge, 1991, p. 1068-1081 ; Cf. aussi G. Beer, Open Fields: Science in Cultural Encounter, Oxford, Clarendon Press, 1996, p. 177 sq.
[6] T. Köppe, T., « Literatur und Wissen. Zur Strukturierung des Forschungsfeldes und seiner Kontroversen », in T. Köppe, (dir.), Literatur und Wissen. Theoretisch-methodische Zugänge, Berlin/New York, De Gruyter, 2011b, p. 1-28.
[7]On peut citer comme exemple en germanistique les travaux sur la science-fiction allemande de Roland Innerhofer ou l’analyse d’un roman de Gibson et Sterling par Bernhard Dotzler. Cf. R. Innerhofer, Deutsche Science-fiction 1870-1914. Rekonstruktion und Analyse der Anfänge einer Gattung, Köln, Weimar u. Wien, 1996 ; B. Dotzler, « Retrospektive Science fiction? Literarisierte Wissenschaftsgeschichte in Gibson & Sterlings Ê»The Difference Engine’», in H.v. Segeberg, (dir.), New Science und Alte Dichtung?, Berlin, 1994, p. 47-52, 47-52. Ici, il faudrait également mentionner les travaux qui analysent les rapports entre l’histoire des techniques et la littérature, comme ceux de Donna Haraway qui a formé le terme de la « technoculture » : cf. D. Haraway, Simians, Cyborgs and Women. The Reinvention of Nature, New York, Routledge, 1991 ; Idem, Des singes, des cyborgs et des femmes. Réinvention de la nature, Paris, Editions Jacqueline Chambon, 2008. Cf. aussi : L. Allard et al. (dir.), Manifeste cyborg et autres essais : sciences, fictions, féminismes Paris Exils, 2007 ; ou les travaux de Birgit Wagner, qui s’est intéressée aux correspondances entre littérature et monde technique et plus concrètement à la relation homme/machine, à travers le concept de l’imaginaire technique à l’époque des avant-gardes françaises, italiennes et espagnoles. Cf. B. Wagner, Technik und Literatur im Zeitalter der Avantgarden: ein Beitrag zur Geschichte des Imaginären, München, Fink, 1996.
[8] L. Dahan-Gaida, Musil. Savoir et fiction, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 1994.
[9]Cf. Y. Jeanneret, Écrire la science. Formes et enjeux de la vulgarisation, Paris, Presses universitaires de France, 1994 (voir surtout le chapitre IV « Eléments de poétique », « Créer un théâtre de la science »)
[10]Cf. B. Latour, et P. Fabbri, « La rhétorique de la science », in Actes de la recherche en sciences sociales, 13, 1977, p. 81-95 ; B. Latour, La science en action [1989], Paris, Gallimard, 1995.
[11]Cf. C. Sinding, « Literary Genres and the Construction of Knowledge in Biology: Semantic Shifts and Scientific Change”, in Social Studies of Science, 26, n° 1, 1996, p. 43-70. Un exemple intéressant est la thèse de la comparatiste Frédérique Aït-Touati qui a étudié ce qu’elle appelle la « cosmopoétique » au XVIIe siècle, en soumettant des textes astronomiques à une analyse poétique. La spécificité de son approche tient au rapprochement qu’elle opère entre un corpus scientifique, qu’elle aborde avec les outils de l’analyse littéraire, et un corpus de textes littéraires dont elle met en évidence les « sources » scientifiques. Cf. F. Aït-Touati, Contes de la Lune – Essai sur la fiction et la science modernes, Gallimard, 2011 ; voir aussi F. Aït-Touati, « Littérature et science : faire histoire commune », in Ph. Chométy, J. Lamy (dirs.), Littérature et science: archéologie d’un litige (XVIe-XVIIIe siècles), Armand Colin, 2014/3 (N° 85).
[12] G. Stiening, « Ê»Und das Ganze belebt, so wie das Einzelne, sei’. Zum Verhältnis von Wissen und Literatur am Beispiel von Goethes Die Metamorphose der Pflanzen », in T. Köppe, (dir.), Literatur und Wissen. Theoretisch-methodische Zugänge, Berlin/New York, De Gruyter, 2011, p. 192-213, p. 28.
[13]Il occupe une chaire de « Literatur- und Kulturwissenschaft/Medien » à l’Université Humboldt de Berlin.
[14]La « poétologie du savoir » me paraît par certains points proche de l’« épistémocritique », notion proposée par Michel Pierssens ; voir par exemple : M. Pierssens, Savoirs à l’oeuvre. Essais d’épistémocritique, Lille, Presses universitaires de Lille, 1990 ; Idem, « Savoirs et littérature », in C. Duchet, et S. Vachon (dirs.), La recherche littéraire. Objets et méthodes, 1993, p. 427-431.
[15]Voir à propos de cette controverse Stiening, « Ê»Und das Ganze belebt, so wie das Einzelne, sei’. Zum Verhältnis von Wissen und Literatur am Beispiel von Goethes Die Metamorphose der Pflanzen », op. cit.
[16] P. Lamarque et S. H. Olsen, Truth, Fiction, and Literature. A Philosophical Perspective, Oxford, 1994.
[17] Cf. T. Köppe, « Fiktionalität, Wissen, Wissenschaft. Eine Replik auf Roland Borgards und Andreas Dittrich.  », in Zeitschrift für Germanistik; n° 3, 2007, p. 638-646.
[18] Stiening, op. cit., p. 204.
[19] G. Séginger, « Introduction », in K. Matsuzawa et G. Séginger (dir.), La mise en texte des savoirs, Presses Universitaires de Strasbourg, 2010, p. 11 ; quant à la réflexion sur les relations entre littérature et sciences du point de vue d’une histoire des savoirs et de la constitution d’un imaginaire scientifique et romanesque voir aussi : L. Andriés (dir.), La construction des savoirs. Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 2009, et L. Andriés (dir.), Le partage des savoirs. XVIIIe – XIXe siècles. Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2003.
[20] Cf. D. Bachmann-Medick, Cultural Turns. Neuorientierungen in den Kulturwissenschaften ; Benthien, C. et H. R. Velten (dir.), Germanistik als Kulturwissenschaft. Einführung in neue Theoriekonzepte, Reinbek bei Hamburg, Rowohlt, 2002 ; L. Musner et al. (dir.), Cultural Turn: zur Geschichte der Kulturwissenschaften, Wien, Turia und Kant, 2001 ; H. Böhme H. et al., Orientierung Kulturwissenschaft. Was sie kann, was sie will, Reinbek bei Hamburg, Rowohlt, 2000.
[21] Cf. à propos de l’histoire des concepts « culture » et « civilisation » : G. Bollenbeck, Bildung und Kultur. Glanz und Elend eines deutschen Deutungsmusters, Frankfurt/Main, Leipzig, Insel Verlag, 1994.
[22] M. Lackner et M. Werner, « Der cultural trun in den Humanwissenschaften. Area Studies im Auf- oder Abwind des Kulturalismus », Werner Reimers Stiftung. Werner Reimers Konferenzen, Heft Nr. 2, 1999 ; voir également sur la discussion des changements dans les sciences humaines et sociales : M. Werner, «Neue Wege der Kulturgeschichte », in E. François et al. (dir.), Marianne – Germania. Deutsch-französischer Kulturtransfer im europäischen Kontext. Les transferts culturels France-Allemagne et leur contexte européen 1789-1914, Leipzig, 1998, pp. 737-743.
[23] D. Bachmann-Medick, Cultural Turns. Neuorientierungen in den Kulturwissenschaften, p. 33. Elle évoque comme points convergents l’intertextualité (Julia Kristeva), l’histoire des mentalités (Marc Bloch/Lucien Febvre et les Annales), les études de transfert (Michel Espagne/Michael Werner), l’histoire croisée (Michael Werner/Bénédicte Zimmermann), le champ scientifique/littéraire (Pierre Bourdieu), la mémoire/les lieux de mémoire (Pierre Nora) etc.
[24] Cf. A. Chalard-Fillaudeau et G. Raulet, « Pour une critique des Ê»sciences de la culture’ », L’Homme et la Société. Revue internationale de recherches et de synthèses en sciences sociales, 149, n° 3, 2003 ; A. Chalard-Fillaudeau (dir.), « Etudes et sciences de la culture : une résistance française ? », in Revue d’Etudes Culturelles, Dijon, Abell, 2010 ; B. Wagner, « La réticence française », in Revue d’Études Culturelles, Dijon, Abell, 2010, p. 65-70 ; A. Chalard-Fillaudeau, « Kulturwissenschaften à la française ? », in A. Allerkamp, G. Raulet, (dir.), Kulturwissenschaften in Europa – eine grenzüberschreitende Disziplin ?, Münster, Verlag Westfälisches Dampfboot, 2010 ; A. Chalard-Fillaudeau, Les études culturelles, Presses Universitaires de Vincennes, 2015.
[25] P. Matussek, « Germanistik als Medienkulturwissenschaft. Neue Perspektiven einer gar nicht so neuen Programmatik », in Dogilmunhak, Koreanische Zeitschrift für Germanistik, 90, n° 2, 2004, p. 9-31, ici p. 30.
[26] G. Bollenbeck et G. Kaiser, « Kulturwissenschaftlicher Ansätze in den Literaturwissenschaften », in F. Jaeger et J. Straub (dir.), Handbuch der Kulturwissenschaften. Paradigmen und Disziplinen, Stuttgart/Weimar, Metzler, 2004, p. 615-637, p. 617.
[27] Cf. W. Erhart (dir.), Grenzen der Germanistik: Rephilologisierung oder Erweiterung? Stuttgart, Metzler, 2004; Cf. aussi le débat ouvert en 1997 dans le Jahrbuch der Deutschen Schillergesellschaft sur l’élargissement de la germanistique et les craintes de certains devant une possible aliénation de leur objet d’étude.
[28] Voir par exemple : Pierssens, Savoirs à l’œuvre, op. cit. ; M. Pierssens, « Savoirs et littérature », in C. Duchet et S. Vachon (dir.), La recherche littéraire. Objets et méthodes, 1993, pp. 427-431.
[29] Le CRLC (Centre de Recherches sur la Littérature et la Cognition), auquel collaborait Laurence Dahan-Gaida, a longtemps été dirigé par Noëlle Batt, professeure de littérature américaine à l’université Paris VIII.
[30] Voir sur le rôle du dialogisme de Bakhtine pour l’épistémocritique Dahan-Gaida, « L’épistémocritique: problèmes et perspectives », op. cit., ici pp. 32 sq.
[31] D’après Bachmann-Medick, le tournant culturel a été caractérisé par un triple mouvement : premièrement un élargissement du champ de recherche, deuxièmement la formation de nouvelles métaphores, c’est-à-dire l’emploi d’un nouveau vocabulaire (par exemple les notions de contexte, de performance, de transfert) et troisièmement l’élaboration de nouvelles méthodes à partir de ces métaphores. Bachmann-Medick résume : « On ne peut parler d’un tournant qu’à partir du moment ou l’intérêt de la recherche « bascule » du niveau de l’objet d’un nouveau champ de recherche vers le niveau des catégories d’analyse et des concepts ; autrement dit quand il ne se contente plus de seulement établir des nouveaux objets de connaissance mais qu’il devient lui-même un nouveau moyen ou médium de connaissance. » Cf. Bachmann-Medick, Cultural Turns. Neuorientierungen in den Kulturwissenschaften, p. 26.
[32] Cf. Vogl, « Robuste und idiosynkratische Theorie », op. cit., ici p. 254.
[33] Pierssens, Savoirs à l’oeuvre, op. cit., p. 11.
[34] Une différence par rapport à une approche structuraliste, que l’on trouve par exemple dans le travail de Philippe Hamon, est le fait que les approches « culturalistes » essaient de rendre compatible une inspiration structurale avec une perspective historique qui insiste sur le contexte. Cf. Hamon, « Du savoir dans le texte ».
[35] Concernant la contre-discursivité, voir Warning, R., « Poetische Konterdiskursivität. Zum literaturwissenschaftlichen Umgang mit Foucault », Die Phantasie der Realisten, München, Fink, 1999, pp. 313-345.
[36] W. Lepenies, « Hommes de science et écrivains. Les fonctions conservatoires de la littérature », Information sur les sciences sociales, XVIII-1, 1979, p. 45-58.
[37] Michel Serres publie entre 1969 et 1980 chez Minuit une série de cinq titres dans la série Hermès : La Communication, L’Interférence, La Traduction, La Distribution et Le Passage du Nord-Ouest.
[38] Pierssens, « Savoirs et littérature », ici p. 428 ; voir aussi en allemand Pierssens, M., « Literatur und Erkenntnis », in J. Anderegg et E. A. Kunz (dir.), Kulturwissenschaften. Positionen und Perspektiven, Bielefeld, Aisthesis, 1999, p. 51-69.
[39] V. Dufief-Sanchez, «Eléments pour une épistémocritique », in V. Dufief-Sanchez (dir.), Les écrivains face au savoir, Dijon, Editions Universitaires de Dijon, 2002, p. 5-15, ici p. 7.
[40] Th. Klinkert, Epistemologische Fiktionen. Zur Interferenz von Literatur und Wissenschaft seit der Aufklärung, Berlin, New York, de Gruyter, 2010.
[41] Cf. Le travail important de A. B. Kilcher, « Mathesis » und « poiesis ». Die Enzyklopädik der Literatur 1600-2000, München, Wilhelm Fink, 2003; M. Schmitz-Emans, (dir.), ABC-Bücher. íœber Buchstaben und Alphabetisches in der Literatur, Bochum, Bachmann, 2010. M. Schmitz-Emans, K. L. Fischer, Schulz, et al., (dir.), Alphabet, Lexikographik und Enzyklopädistik: historische Konzepte und literarisch-künstlerische Verfahren Hildesheim |u.a.], Olms, 2012.
[42]Cf. M. Bies et M. Gamper (dir.), Literatur und Nicht-Wissen. Historische Konstellationen 1730-1930, Zürich, 2012 ; A. Geisenhanslüke, Dummheit und Witz. Poetologie des Nichtwissens, München, Fink, 2011 ; A. Geisenhanslüke et Rott, H. (dir.), Ignoranz. Nichtwissen, Vergessen und Missverstehen in Prozessen kultureller Transformationen, Bielefeld, transcript, 2008; C. Spoerhase et al. (dir.), Unsicheres Wissen. Skeptizismus und Wahrscheinlichkeit 1550-1850, Berlin, New York, Verlag Walter de Gruyter, 2009.