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Opérateurs et charlatans dans quelques pièces du XVIIIe siècle

De nombreuses peintures et dessins des XVIIème et XVIIIème siècles nous montrent comment les empiriques, pouvaient mettre en scène leurs pratiques pour attirer le public. Les textes de ces spectacles de rue ne nous sont que très peu parvenus. En revanche il y a un gros corpus de pièces de théâtre où ces mêmes empiriques et charlatans sont mis en scène. L’analyse d’un échantillon de pièces de théâtre du XVIIIème siècle nous instruit sur le discours prêté par l’auteur à ces personnages et leurs clients. Se dégagent certaines constantes : l’argent omniprésent, la peur, la douleur et le pouvoir du soignant sur celui qui souffre. Ces éléments sont mis en relief par les différents auteurs qui laissent apparaître à travers leurs personnages, leur propre peur et leur propre vision du monde des arts de guérir. Pierre Baron énumère les différentes figures de charlatan dans le théâtre de foire et de rue, inspirés de la Commedia dell’arte. La proximité entre les tréteaux sur lesquels se jouaient ces spectacles et ceux sur lesquelles les charlatans pratiquaient leur art et leur commerce donne un relief et une saveur particulière à la présence de ces nombreux personnages de charlatans. Dans les foires, charlatanisme réel et fictionnel se côtoyaient, pour la grande joie des spectateurs et pour la joie moindre des patients

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Beobachten, ordnen, erklären : Johannes Gessners Tabulae phytographicae (1795-1804)

Der Beitrag untersucht Strategien der Inszenierung und Kommunikation botanischer Klassifikationssysteme anhand der Tafeln, die der Zürcher Naturforscher Johannes Gessner in den 1740er-Jahren anzufertigen begann und die nach seinem Tod als Tabulae phytographicae veröffentlicht wurden. Mit diesen schuf Gessner Abbildungen, die jene Merkmale hervorhoben, die für die Linné'sche Klassifikation bedeutend waren, und vermittelte somit eine spezifische Sichtweise auf Pflanzen. Um die Entstehung dieser botanischen Tafeln genauer zu beleuchten, werden in dem Beitrag die Praktiken des Beobachtens, Ordnens und Erklärens untersucht und gezeigt, auf welcher Grundlage die Abbildungen erstellt wurden, wie das Pflanzenwissen mit ihrer Hilfe organisiert und einem breiteren Publikum verständlich gemacht wurde. Dabei wird deutlich, dass der Anspruch, derartige Abbildungen zu schaffen, nur mit grossen Anstrengungen und in Zusammenarbeit verschiedenster Akteure verwirklicht werden konnte.

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Circulation des esprits animaux et écriture de l’affect dans quelques lettres de Sévigné

Résumé : On analyse traditionnellement la présence des « esprits animaux » dans les lettres de Mme de Sévigné comme la marque d’une stratégie d’enjouement et de revivification du discours de l’intime au service de la perpétuation du lien épistolaire. En revenant aux contextes d’apparition de la référence savante dans la Correspondance, en en saisissant les convergences et les continuités, on voudrait en suggérer une autre lecture, autour de l’idée que Sévigné exploite dans les « esprits animaux » des caractéristiques psychophysiologiques à travers lesquelles elle définit à la fois son rapport au vivant et à l’écriture. Mots-clés : esprits animaux, Sévigné, Descartes, psychophysiologie, épistolaire, émotions

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Le Roman de la Terre au tournant des XVIIIe et XIXe siècles

En 2011, dans L’Évolution des idées en géologie. Des cosmogonies à la physique du globe, le philosophe et historien des sciences Bernard Balan situe la « fondation » de la science géologique à la fin des années 1960, c’est-à-dire au moment où il est définitivement établi, grâce aux travaux de géophysiciens anglais et américains, que la surface de la Terre est mobile aussi bien dans un sens horizontal que dans un sens vertical . Devant l’émergence tardive, en matière de physique du globe, d’un discours scientifique, Balan s’interroge sur les raisons pour lesquelles le développement des études « géologiques » depuis la fin du XVIIIe siècle, et certains résultats obtenus par l’étude des strates déjà anciennes, n’ont pu aboutir plus tôt à l’explication tectonique. Ce « retard » de la géologie par rapport à d’autres branches de l’histoire naturelle a, selon lui, deux causes possibles : il fallait pour que la « géologie » progresse et naisse enfin qu’aient été acquis les résultats de la thermodynamique ; il fallait aussi que la géologie s’arrache aux mythes des origines et, plus particulièrement aux récits bibliques de la Genèse et du Déluge, qu’elle a d’abord et surtout chercher à laïciser. Ce second argument n’est guère nouveau ; il est récurrent sous la plume de ceux qui, depuis les années 1740 avec Buffon jusqu’aux années 1830 au moins avec Charles Lyell, entreprennent non seulement de retracer l’histoire de la Terre mais aussi de fonder la géologie en tant que science expérimentale. En 1812, Georges Cuvier s’étonne, au moment d’exposer une méthode d’analyse des fossiles essentielle aux progrès de la géologie, qu’aucun des anciens n’ait attribué les bouleversements de la surface du globe à des causes lentes ou n’aient cherché dans l’état actuel des causes agissantes. Il en dénonce très vite la raison en ces termes : « Pendant longtemps on n’admit que deux événements, que deux époques de mutations sur la surface du globe : la création et le déluge, et tous les efforts des géologistes tendirent à expliquer l’état actuel en imaginant un certain état primitif modifié ensuite par le déluge, dont chacun imaginait aussi à sa manière les causes, l’action et les effets » . Téléchargez cet article au format PDF: pdf/Weber.pdf

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Humanisme du document et réseaux médico-littéraires, la marque d’Henri Mondor

Le 20 janvier 1939, Henri Mondor inaugure la chaire de pathologie médicale de la Faculté de médecine de Paris par un discours intitulé « les hommes de qualité » qui associe poètes et médecins. Après la guerre, il devient une figure majeure des échanges médico-littéraires (ce que montre à l’envi sa très importante correspondance avec les plus grands écrivains et savants de son temps). Il met à profit l’incontestable autorité que lui confèrent sa charge de directeur de collection chez Masson et Gallimard, son activisme dans la presse depuis les années trente, ses nombreuses publications, sa présence à de nombreuses académies, et comme président du jury du Prix des médecins - écrivains, pour promouvoir sans relâche cette figure de l’homme avec qualités qu’est à ses yeux l’humaniste alliant compétences scientifiques et poétiques, tout en plaçant le document au cœur de sa recherche. C’est autour du document à questionner qu’il crée ses réseaux et favorise le dialogue des disciplines. On parlera alors d’humanisme du document. mots-clés : Mondor, presse, médecine, littérature, réseaux, discours.

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Sciences psychologiques et style : la valeur heuristique de la métaphore dans De l’intelligence (1870) d’Hippolyte Taine

Hippolyte Taine est le principal artisan du renouveau des sciences psychologiques dans la seconde moitié du XIXème siècle. De l’intelligence (1870), son ouvrage capital, promeut une psychologie expérimentale, conçue sur le modèle des sciences naturelles et soutenue par la physiologie. Dans Les Philosophes du XIXème siècle en France (1857), Taine dénonçait déjà chez les spiritualistes une « métaphysique des métaphores », abstraite et pédante, éloignée de l’esprit scientifique et des valeurs classiques de la langue française – précision, clarté et concision. L’ouvrage de 1870 témoigne pourtant de la tendance très nette du philosophe à filer ses métaphores : la prétendue transparence de l’énoncé scientifique semble avoir partie liée au déploiement du sens figuré et aux vibrations suggestives d’un écho. Alors que De l’intelligence fait la réputation de Taine comme naturaliste et comme savant, l’ouvrage aboutit à un paradoxe qui n’est qu’une concession inavouée : l’image promue au rang d’outil heuristique ne contredit plus le savoir positif mais se substitue à lui. Mots-clés : Style scientifique, Abstraction, Image, Sensation, Métaphore, Psychologie, Philosophie, Spiritualisme, Claude Bernard, Taine.

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Unterwegs zu einer neuen wissenschaftlichen Mythologie. ”šPoesia scientifica’ im Italien der Aufklärung

Wie auch in anderen europäischen Literaturen bezeichnet das, was wir heute als 'poesia scientifica' bezeichnen, in Italien einen jener Bereiche des kulturellen Erbes der Aufklärung, mit dem sich die nachfolgenden Generationen besonders schwer getan haben. Als Inbegriff jener antirhetorischen und antipedantischen Wendung eines «hin zu den Dingen », das sich die Aufklärung auf die Fahnen geschrieben hat, ist sie einerseits integraler Bestandteil eines kulturellen und sozialen Modernisierungsprojekts, dem die italienische Kultur ohne jeden Zweifel wichtige Impulse verdankt. Gleichzeitig erscheint sie freilich als Teil eines klassizistisch-scholastischen Literaturverständnisses, dem die sich beschleunigende Autonomisierung von Literatur und Wissenschaft im 18. Jahrhundert zunehmend die Grundlage entzieht.

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PROSPECCIONES COGNITIVAS DE LA PERCEPCIÓN EN LA POESÍA DE LORAND GASPAR

L’objectif de cet article est de proposer une méthodologie d’analyse littéraire qui serve d’outil à la théorie littéraire dans le but d’un rapprochement de celle- ci avec la discipline connue comme « cognitive poetics ». Cette méthodologie consiste essentiellement en l’articulation de concepts développés par diverses sciences cognitives autour du texte littéraire. La particularité de cette méthodologie est de concevoir le texte poétique comme le dépositaire de différents processus cognitifs élémentaires ; pour les propos de cet article nous avons choisi d’explorer principalement les mécanismes de la vision, la façon dont le poème «regarde» et «configure» l’espace à travers le langage. Pour cela, plusieurs paradigmes épistémologiques concernant la perception (notamment la vision) sont considérés. Par la suite, l’analyse tient compte des concepts tels que : la pensée-paysage (Michel Collot), l’energeïa poétique (Pierre Ouellet), la embodied cognition (Mark Johnson), le contexte coloré (Jean-Didier Vincent), la plasticité neuronale (Ansermet) et la perception amodale (Gaetano Kanizsa). Une sélection de textes de l’œuvre poétique de Lorand Gaspar a constitué le corpus d’analyse de cette étude. Mots-clés: poétique cognitive, Lorand Gaspar, perception visuelle, pensée poétique

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Entre vision progressive et enjeux professionnels, l’invention architecturale chez Louis Auguste Boileau (1849 – 1853)

Parmi les nombreux écrits de Louis Auguste Boileau (1812-1896), les textes rédigés vers 1850 témoignent particulièrement d’une réflexion sur l’invention, question qui ne cessera de préoccuper l’architecte dans la suite de sa carrière. Le cas de Boileau mérite l’attention car son œuvre révèle une tension complexe entre sa capacité de projection imaginaire et son aptitude à faire face aux réalités de la profession. Déjà en 1867, l’article du Grand Larousse remarque que l’œuvre novatrice de l’architecte possède à la fois des aspects pratiques et théoriques. Boileau est en effet l’un des premiers expérimentateurs du fer dans les édifices religieux, notamment à l’église Saint-Eugène réalisée à Paris en 1854-1855. Il est également, sur un plan plus spéculatif, l’auteur d’un système inédit de composition architecturale inspirée de l’ossature ogivale. L’application de ce principe permettrait de réaliser des espaces dont l’immensité et l’élancement rivaliseraient avec les grandes constructions médiévales.

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Le parti pris des mots : « lettres », « littérature » et « science » au tournant des XVIIIe et XIXe siècles

Lorsque l’on s’interroge sur les croisements historiques entre la science et la littérature au XIXe siècle, il apparaît vite nécessaire de mener une enquête sur l’émergence de la dichotomie « science/littérature » à travers l’examen des définitions des mots de « lettres », « littérature » et « science » dans les dictionnaires de l’époque. Cet article présente le premier volet de cette recherche réalisé sur la période 1750-1840 sur un corpus français et anglais. Par la suite, il conviendrait de prolonger l’enquête tant du point de vue chronologique que du point de vue géographique. Le corpus retenu comporte ainsi dans le domaine français : l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert (1751-1765), l’Encyclopédie méthodique de Charles-Joseph Panckoucke (1782-1832), le Dictionnaire philosophique de Voltaire (1764) , le Dictionnaire de l’Académie (éditions de 1694 à 1835) et le dictionnaire de Louis Sébastien Mercier intitulé Néologie ou vocabulaire de mots nouveaux (1801). Du côté anglais, nous avons consulté le dictionnaire étymologique de Nathan Bailey (1721) , le dictionnaire de Samuel Johnson paru en 1755 et réédité huit fois jusqu’en 1799, le dictionnaire réalisé par Samuel Johnson en collaboration avec John Walker (1827), et le dictionnaire de Charles Richardson publié en 1839. Téléchargez cet article au format PDF: pdf/girleanu.pdf

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Images du médecin dans le théâtre de la monarchie de Juillet

Entre 1830 et 1847, le répertoire dramatique s’enrichit d’une profusion de « pièces à médecins », qui ne sont pas seulement l’apanage du vaudeville, mais aussi du drame et de genres plus inattendus encore : l’opéra-comique et le ballet. Ces pièces mettent en scène les maux, mais aussi les procédés thérapeutiques à la mode, comme le magnétisme, l’homéopathie et l’hypnose. Parfois, le sujet est dicté par les circonstances, pour s’adapter à l’infirmité provisoire d’un acteur. Outre les broderies autour de l’image du médecin, tantôt tueur, tantôt « bienfaiteur », ce théâtre propose une vision nouvelle de la folie et de ses avatars. Mais surtout, l’exhumation de ce répertoire dévoile une autre conception de la médecine. Au-delà de la guérison des maux physiques, la médecine qui intéresse le théâtre du XIXe siècle est une médecine du cœur et de l’intuition, capable de guérir les esprits plus que les corps.

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Sammeln und Wissen schaffen : Die Petrefaktensammlung von Johann Jakob d’Annone (1728-1804)

Im 18. Jahrhundert entwickelte sich das Sammeln von Naturalien und Naturprodukten von einer Freizeitbeschäftigung wohlhabender Personen zu einer epistemischen Praxis der Naturforschung. Das Naturalienkabinett wurde zum Labor, in dem durch Beschreibung und Vergleich der Sammlungsobjekte neues Wissen über die Natur geschaffen werden konnte. Da die Objekte an ihre Sammlungsorte gebunden waren, war dieses Wissen oft auf einzelne Lokalitäten begrenzt. Bei gegenseitigen Besuchen tauschten die Naturforscher ihr Wissen untereinander aus und trugen damit zur Verbreitung neuer Ansichten über die Entstehung der Erde und der Beschaffenheit der Natur bei. In der zweiten Hälfte des 18. Jahrhunderts entstanden neue Publikationsformate, in denen Objekte aus unterschiedlichen Sammlungen zu systematischen Katalogen zusammengeführt wurden. Ein solches Werk war die Naturgeschichte der Versteinerungen von Johann Ernst Emmanuel Walch. Einen wesentlichen Beitrag zur Entstehung des Werkes leistete der Basler Sammler Johann Jakob d’Annone. Am Beispiel der Entstehungsgeschichte einer Naturgeschichte der Versteinerungen und der Sammlungsaktivitäten d’Annones zeigt der Beitrag, wie sich in der zweiten Hälfte des 18. Jahrhunderts das Sammeln von Naturgegenständen von der Liebhaberei zur ernstzunehmenden wissenschaftlichen Praxis wandelte.

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Henry More ou les esprits animaux au service de la pneumatologie

Mots clefs : Henry More, Descartes, dualisme, métaphysique, conarion, sens commun, spirit. Résumé : « Cet empire que notre âme a sur les esprits animaux, d’où vient-il ? Comment s’y prend-elle pour les faire couler dans toutes les parties du corps ? ». À cette question que lui pose Henry More dans une lettre du 5 mars 1649, Descartes ne répond pas autrement, le 15 avril 1649, qu’en annonçant que son traité à paraître des Passions de l’âme (publié à l’automne 1649) contient les explications demandées. Pourquoi donc More, qui affiche par cette question sa confiance dans la capacité de la philosophie de Descartes à résoudre la difficulté exposée, reprend-il cependant inlassablement, dans ses premières grandes œuvres philosophiques, An Antidote against Atheism (1653), An Appendix to An Antidote against Atheism (1655) et The Immortality of the Soul (1659), la démonstration que les esprits animaux ne peuvent pas se diriger eux-mêmes, ni être commandés par le cerveau, ou par cette partie du cerveau que Descartes nomme la glande pinéale, mais qu’ils sont l’« instrument général » et « immédiat » de l’âme ? Si la question du principe du mouvement animal ou volontaire revient dans ces différents écrits avec une insistance croissante, c’est que pour More, ce n’est pas de l’union de l’âme et du corps, mais de leur distinction réelle, que témoigne la subordination des esprits animaux au commandement de l’âme. Les esprits animaux constituent à cet égard un rouage essentiel dans la constitution par More de sa première doctrine métaphysique.

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Hobbes, les esprits animaux et la science politique du corps en tant que mécanisme vivant

Résumé : Thomas Hobbes développe sa propre perspective sur les esprits animaux depuis son œuvre de jeunesse, Court traité des premiers principes (1630), dont les échos continuent à être identifiés dans ses écrits philosophiques ultérieurs, notamment dans Eléments du droit naturel et politique (1640), De motu, loco et tempore (1643) et même dans le Léviathan (1651). En prenant comme point de départ sa propre interprétation mécaniste de l’idée de « puissance active » d’Aristote, Hobbes place les esprits animaux au cœur de son argumentation concernant la relation du corps humain avec l’extérieur, le tempérament psychologique de chaque individu, la naissance des passions. Sous l’influence des naturalistes italiens dans l’interprétation du contenu de l’idée d’esprit et à l’aide de sa propre interprétation des esprits animaux, Hobbes adopte aussi une position critique par rapport à l’argument traditionnel sur le rôle du péché dans le comportement immoral de l’homme. Mots clés: esprits animaux, puissance active, naturalisme, sensation et passion, matière subtile

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René-Albert Gutmann (1885-1981), un médecin dans le siècle

René-Albert Gutmann, spécialiste gastro-entérologue de renommée mondiale, dont l’activité médicale s’est déployée de 1910 à 1978, se révèle aussi un grand lettré, amoureux de la littérature classique et moderne, passionné par les échanges entre les cultures et les disciplines, à la fois historien et critique littéraire, traducteur et écrivain, poète, romancier et essayiste. Bien que très actif dans les milieux médicaux et littéraires de son temps, il se distingue des sociétés de médecins- littérateurs de la première moitié du siècle par son cosmopolitisme, son indépendance d’esprit et ses recherches personnelles. mots-clés : René-Albert Gutmann, médecine, recherche, littérature, poésie, essai, histoire, humour, échanges médico-littéraires, cosmopolitisme, Paul Morand, Ana de Noailles.

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L’impact de la physiologie dans la critique littéraire de la fin du XIXème siècle : l’exemple de Claude Bernard

Aux côtés de Darwin et Pasteur, Claude Bernard figure comme l’un des scientifiques les plus influents de la seconde moitié du XIXème siècle. Loin de se cantonner à la médecine, ses théories, dont la fameuse méthode expérimentale, vont trouver un écho décuplé dans d’autres disciplines – la philosophie avec Bergson, la sociologie avec Durkheim... Mais c’est dans la critique littéraire que cette circulation interdisciplinaire est la plus remarquable ; outre Zola, pour qui la référence bernardienne est prétexte à la caractérisation de l’esthétique naturaliste tout entière, les références explicites au savant se retrouvent chez des auteurs non moins éminents de l’époque, tels Renan et Brunetière. À l’heure où la critique esthétique fait le 15 procès de sa propre subjectivité, la méthode expérimentale semble en effet fournir au discours littéraire les moyens de son objectivation et de sa légitimation. Mais les emprunts à Claude Bernard sont bien plus nombreux et complexes que la simple « imitation » d’une méthode : imprégnation, transpositions, réappropriations... L’impact de Claude Bernard dans la critique littéraire de cette fin de siècle reste donc à déterminer, notamment pour restituer sa place véritable au cœur des débats qui opposaient alors vigoureusement critiques « scientifiques » et « impressionnistes ». Par cette identification des transferts textuels, il s’agit également d’étudier la façon dont la critique littéraire s’élabore sur le modèle d’une dialectique du vivant. Mots-clés : Claude Bernard, Critique, Interdisciplinarité, Physiologie, Méthode.

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La poésie d’Erasmus Darwin entre science, mythe et pastorale

La magicienne d’Atlas, symbole de l’imagination créatrice dans l’œuvre de Percy B. Shelley (1792-1822), vit au temps où les êtres surnaturels n’ont pas encore été chassés par la révolution scientifique, qui discrimine sans relâche erreur et vérité. Ces montagnes de l’Atlas, univers clos et protégé de la pastorale, forment alors le berceau naturel de créatures littéraires héritées de la poésie antique. Lorsque nymphes, dryades et hamadryades proposent à la magicienne de devenir ses suivantes, « So they might live for ever in the light / Of her sweet presence—each a satellite » , cette dernière refuse de s’associer à leur déclin inéluctable

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FORME-MOUVEMENT, FORME-TEMPS : THÉORIES DE LA MORPHOGENÈSE CHEZ PAUL VALÉRY, THEODOR SCHWENK ET BOTHO STRAUSS

A la croisée de la science et de l’esthétique, la notion de forme a intéressé les scientifiques aussi bien que les artistes qui, depuis Goethe, reconnaissent une même générativité à l’œuvre dans les variations morphogénétiques de la nature et dans les images créées par l’homme. Pour illustrer cet intérêt commun, cette étude se penche sur l’œuvre de trois éminents « penseurs morphologiques » – Paul Valéry, Theodor Schwenk et Botho Strauss – qui, à partir de lieux d’intervention différents (la science pour l’un, la poésie pour les deux autres), ont produit un savoir original sur la forme. Matérialisé à travers une forme elle-même esthétique, ce savoir déplace les frontières de la connaissance en redistribuant les rapports de l’art et la science, mais aussi ceux du sujet et de l’objet, de la nature et de la culture, de l’esthétique et de la connaissance. Il fraye ainsi la voie à une nouvelle compréhension de l’esthétique, qui peut dès lors être entendue comme science des arts autant qu’art des sciences. Mots-clés: science et esthétique, morphogenèse, Paul Valéry, Theodor Schwenk, Botho Strauss

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L’encyclopédie comme programme éducatif chez Pierre Ramus : Conjonction ou réduction ?

L’intitulé : « Questions sur l’encyclopédisme », invite à envisager l’encyclopédisme sous un angle problématique et réflexif, dans toute l’ampleur de la notion: de la complémentarité et de la communication des disciplines entre elles, à l’élaboration d’un système total du savoir. Mon questionnement portera sur Pierre de La Ramée (dit Ramus), actif à Paris dans la seconde moitié du XVIe siècle. Dans son Histoire de la bibliographie (Storia della bibliografia), dont les deux premiers volumes sont consacrés aux « Encyclopédies de la Renaissance » (Enciclopedie rinascimentali), Alfredo Serrai, écrit : « Pour nous, Ramus est un encyclopédiste de fait, pour s’être occupé et pour avoir écrit des manuels ou des dissertations sur presque toutes les sciences, de l’histoire à la théologie, des mathématiques à la logique, de la rhétorique à la linguistique [nous dirions : la grammaire]1 ». Si sa qualité de rédacteur de traités sur les arts fait de Ramus un encyclopédiste, on se demandera s’il peut être qualifié d’encyclopédiste à ce seul titre, et à quel type d’encyclopédisme on a affaire chez lui.

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(Re)configurations académiques : entre politique et savoirs

Pour analyser les rapports entre littérature et science, on peut s'interroger sur le sens des mots, des notions, sur les champs lexicaux propres à chacun. On peut se demander si c'est bien la même langue qui est employée pour parler du monde naturel et de celui de l'art, analyser des usages et des modèles littéraires ou scientifiques. On peut observer les interférences, les espaces partagés ou réservés, partir à la recherche des genres hybrides, des concepts migrateurs, des transferts de paradigmes. On peut aussi s'interroger sur les relations symboliques entre les deux champs, ou encore sur la hiérarchie qui les gouverne. De ce point de vue, l'histoire des institutions de savoir apporte des éléments utiles. Téléchargez cet article au format PDF: pdf/Leterrier.pdf

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Aucune trace : récits de l’inventeur inconnu dans la vulgarisation de la photographie, 1850-1870

Tout le monde sait que la photographie a été inventée en 1839. Cette année-là, le gouvernement français a rendu public le processus photographique de Louis Jacques Mandé Daguerre ; bien que le daguerréotype soit assez vite dépassé par d’autres processus se faisant à partir d’un négatif, c’est Daguerre qui a exposé le premier moyen fiable de fixer « l’écriture de la lumière ». Il s’était pourtant associé, depuis 1826, avec Joseph Nicéphore Niepce, qui a réussi à créer plusieurs images « héliographiques » très fragiles avant son décès en 1833 ; pendant ce temps, l’anglais William Fox Talbot a également poursuivi des travaux sur le « calotype », une procédure négative-positive qu’il a brevetée en 1841. Une foule de noms entoure donc la naissance de la photographie, dont aucun ne peut réclamer la seule parenté directe. N’empêche que, tout le monde le sait, Daguerre a inventé la photographie en 1839.

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An Archive of Sins: Experimenting with the Body and Building a Knowledge of the ‘Low’ in José Ignacio Eyzaguirre’s General Confession (1799-1804)

Abstract: In this paper I will analyze an unpublished document from the late eighteenth century, currently held in Chile’s National Archives.…

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Un recul en avant. Une traduction de l’Amour Médecin de Molière, au XVIIIe siècle au Portugal

À partir de l’analyse d’une adaptation lusitanienne de l’Amour Médecin de Molière au XVIIIe siècle, cette étude montre comment la réécriture témoigne – sur le plan dramaturgique - des oppositions nationales et culturelles relatives à la diffusion des pratiques médicales. Une innovation particulière fait l’objet des plus vives critiques dans la pièce : le vaccin contre la petite vérole, dont l’inoculation se propage à l’époque dans les cours européennes. Cette étude montre que la démystification moliéresque de la médecine trouve son équivalent au Portugal, malgré les différences très nettes qui semblent apparaître entre la version originale et son adaptation. En dépit d’un attachement des personnages à une forme de nationalisme thérapeutique, hostile aux innovations venues de France, et au-delà de son caractère édulcoré, la pièce semble dénoncer un obscurantisme primaire, et les effets de censure systématique qui semblent peser sur le répertoire de Molière, quel que soit le contexte plus ou moins tolérant de sa publication.

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De Dezallier d’Argenville à Darwin : la question de la couleur dans la représentation des minéraux

Au XVIIIe siècle, plusieurs procédés de gravure en couleurs ont été mis au point et leur exploitation dans l’illustration scientifique a surtout été étudiée dans le domaine de l’anatomie, car le coloris a toujours été présenté comme idéal pour donner l’illusion du vivant. Cette problématique a été beaucoup moins interrogée à propos de l’inanimé, alors que plusieurs ouvrages importants de minéralogie ont paru à cette époque et qu’ils recourent tantôt aux traditionnelles planches gravées en noir et blanc, tantôt aux images imprimées en couleurs, ou encore peintes à la main. Ces différentes options renouaient avec l’ancien débat sur les mérites respectifs attachés au dessin au trait et au coloris pour rendre compte de la nature, débat réactivé par les récentes théories sur la lumière et la couleur de Newton. Dans ce contexte, l’article analyse la tension entre les parts respectives accordées au plaisir visuel et à la pédagogie dans la représentation des minéraux, chez des auteurs aussi différents qu’Antoine-Joseph Dezallier d’Argenville (1755), le baron d’Holbach (1768), Jean-Baptiste Romé de l’Isle (1772) et le graveur Fabien Gautier d’Agoty (1781). Il se conclut par le point de vue de Darwin sur le rôle de la couleur dans la caractérisation des espèces.

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Le Théâtre, la Peste et le Choléra. Une thèse de médecine au temps de Lorenzaccio

Le samedi 9 mai 1834, la Gazette médicale de Paris (Gazette de santé et Clinique des hôpitaux réunis), revue hebdomadaire essentiellement destinée au corps médical, publiait dans la rubrique « feuilleton » le copieux compte rendu d’une thèse de médecine soutenue le 25 janvier de la même année par un certain H. Bonnaîre, originaire de Saint-Mihiel, dans la Meuse. Le titre du mémoire de fin d’études avait de quoi étonner : Influence du Théâtre sur la santé Publique. Entre ironie et éloge – feint ou réel -, le chroniqueur estime que « l’auteur ne pouvait choisir un thème plus favorable au déploiement de l’imagination. C’est une vraie bénédiction qu’un pareil sujet pour ces esprits inventifs qui aiment à s’écarter des sentiers battus et prendre la science par son côté original. » Après avoir fait allusion aux progrès médicaux de l’époque, la thèse expose une théorie de l’imagination émotionnelle, ou de l’émotion imaginante. Elle reprend à son compte la théorie de l’excitabilité érotique. Le monde imaginaire du théâtre nouveau enflamme les sens, et conduit à l’excès masturbatoire ou copulatoire, antichambre de la maladie et de la mort. L’intérêt du document est de montrer l’intrication de ses fondements qui relèvent aussi bien de l’histoire du théâtre, qu’à celle de la médecine et du catholicisme français.

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Observer à partir des collections d’histoire naturelle au XVIIIe siècle. Le dialogue des objets au sein du cabinet de Jean Hermann

Pour le naturaliste strasbourgeois Jean Hermann (1738-1800), les collections constituent le dispositif matériel indispensable à la pratique de l’observation. Le savoir relève de trois types de collections réunies dans son riche cabinet d’histoire naturelle : les spécimens naturels, les images et les livres. Si tous contribuent à la mise en visibilité de la nature, Hermann s’attache à mettre en avant leurs relations. Il établit la supériorité des spécimens naturels sur les autres objets qui sont considérés comme des « spécimens de substitution ». Le « Catalogue des dessins d’histoire naturelle » montre pourtant l’importance accordée aux images dans le travail scientifique. Ces relations hiérarchiques sont contrebalancées par un « dialogue des objets » mené à différentes échelles : entre les objets d’une même catégorie, entre les spécimens et leurs substituts et entre les substituts. Le dialogue le plus complexe – opéré entre les choses, les images et les mots – définit une nouvelle épistémè visuelle.

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