15Epistémocritique, Volume 15. Savoirs et littérature dans l’espace germanophone.
On assiste aujourd’hui à une véritable explosion des recherches sur les savoirs et la littérature en Europe. Il devenait urgent de rendre compte de la vitalité de ces recherches en faisant un tour d’horizon des travaux qui essaiment aujourd’hui à travers toute l’Europe. Cette quinzième livraison d’Epistemocritique initie ce tour d’horizon par un état des lieux de la recherche dans les pays de langue allemande (Allemagne, Autriche, Suisse), où une variété d’approches et de positions différentes se sont développées, donnant lieu à des controverses parfois très vives. Réalisé par Hildegard Haberl, ce numéro d’Epistemocritique propose un éventail de quelques-unes de ces approches et orientations ainsi que des tensions et débats qu’elles ont suscités, témoignant de la vitalité d’un champ aujourd’hui en plein essor dans le monde germanophone.

14Epistémocritique, Volume 14. GREFFES.
Greffes, hybridations, percolations… les métaphores ne manquent pas pour décrire la circulation des modèles, des idées et des représentations entre sciences et littérature. Parmi ces métaphores, celle de la greffe jouit d’une mémoire culturelle et d’une épaisseur historique toutes particulières : aux XVIIIe et XIXe siècles, elle a été mobilisée de façon massive par les scientifiques et les écrivains pour figurer différentes modalités du dialogue entre discours littéraires et savants. Les études réunies dans ce volume illustrent quelques-unes de ces modalités, interrogeant à partir d’exemples précis les rapports réciproques de la science et de la littérature, leur concurrence possible dans le champ du savoir, mais aussi la manière dont se constituent l’une par rapport à l’autre la « connaissance de l’écrivain » et la « connaissance du savant.

13Epistémocritique, Volume 13. Littérature et savoirs du vivant.
Depuis le 19ème siècle, moment où naissent les sciences du vivant, la circulation des modèles et des théories liés à ce domaine crée un espace de production épistémique qui permet aux représentations culturelles du vivant de se diffuser et de percoler dans la pensée historique, politique et sociale grâce à une série d’analogies, de déplacements métaphoriques, de généralisations et d’extrapolations. Les études réunies dans ce numéro visent à cerner la diversité de ces appropriations et des usages qui ont été faits des sciences du vivant dans le champ plus vaste des savoirs sur l’homme, mais aussi dans la production littéraire et, plus généralement, dans l’imaginaire, afin de mettre en évidences leurs enjeux idéologiques ainsi que les effets de culture qu’elles ont produit.

12Epistémocritique, Volume 12. Littérature et économie.
Le monde économique et le monde de la littérature et des arts ont souvent, depuis le Romantisme, été considérés comme antithétiques. Cependant les relations économiques sont présentes dans de nombreux textes et dessinent même une tradition littéraire. Après un bref parcours historique, du marchand dans la littérature du XVIIe siècle au Robinson de Defoe, des tribulations des personnages de Balzac dans le contexte du libéralisme naissant aux textes de Masséra, la littérature mettant en scène l’économie, surtout en période de crise, ne se contente pas de la représenter mais elle interroge les principes et l’éthique qui la fondent et entretient avec elle un dialogue constant .

Hors dossier
« Aussi j’ai peur qu’on me prenne pour un détraqué » Entre l’archive médicale et texte littéraire, les textes de Lionel et L’enfant Bleu d’Henry Bauchau

Les écrits de fous éclairent de manière exemplaire le fonctionnement de ce qu’on peut appeler les institutions culturelles. Dans la mesure…

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« Aussi j’ai peur qu’on me prenne pour un détraqué » Entre l’archive médicale et texte littéraire, les textes de Lionel et L’enfant Bleu d’Henry Bauchau

Les influences de la science sur la poésie lettriste de Isidore Isou Vers une nouvelle rationalisation de la poésie.

Cet article revient sur l'hyper-rationalisation de la poésie proposée par Isidore Isou. Cette étude montre comment Isou présente le lettrisme comme une évolution "continue" et "rationnelle" de la poésie. Ce faisant, l'auteur justifie l'émergence du lettrisme en faisant implicitement référence à un argument épistémologique "internaliste" et considère que l’évolution de la poésie peut s’apparenter à l’évolution des disciplines scientifiques.

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Les émotions sont-elles sensibles au contraste entre le réel et l’imaginaire ?

Abstract : Depuis plus de quarante ans, les philosophes tentent de comprendre la nature des émotions pour des personnages et événements reconnus comme fictifs. Quelle est la nature de la tristesse ou de la joie que l’on peut ressentir pour des personnages de fiction, une tristesse ou une joie qui n’est pas liée à une perte réelle ou à une vraie satisfaction”¯? Des preuves empiriques suggèrent que l’engagement cognitif et/ou perceptuel dans la fiction est associé à un désengagement ou une inhibition du système épisodique (souvenirs d’événements personnels ou auto-projections dans l’avenir) impliquant des structures limbiques comme l’hippocampe, au profit d’autres aires cérébrales impliquées dans des processus sémantiques. Sur cette base, l’hypothèse qui est ici proposée est que les réponses émotionnelles à l’égard des scènes fictionnelles identifiées comme telles sont des «”¯émotions sémantiques”¯», une espèce d’émotions différente des émotions du réel. Les « émotions sémantiques » seraient des expériences émotionnelles qui désengagent le système épisodique et sont principalement modulées par des circuits sémantiques (d’où le choix terminologique). For over forty years, philosophers have struggled with is the issue of how we can get emotionally involved with fictional characters and events. What is the nature of sadness or joy which is not tied to a real personal loss or satisfaction? Empirical evidence suggest that cognitive and/or perceptual involvement with fiction as such is associated with a disengagement or inhibition of the episodic system (either memory of personal events or self-projections into the future) involving limbic structures such as the hippocampus to the benefit of other cerebral areas implicated in semantic processes such as fronto-temporal cortices. Moreover, the episodic system is arguably an essential component of the emotional responses towards real people and events. On that basis, the hypothesis to be assessed at both conceptual and empirical level is that emotional responses towards fictional scenes identified as such are "semantic emotions”, a species of emotions to be distinguished from real-life emotions. "Semantic emotions” are emotional experiences that disengage the episodic system, and are mainly modulated by semantic circuits (whence the terminological choice).

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« Arrêt de développement » et poétique de l’histoire

La conscience de la mutabilité, qui envahit tous les domaines de la pensée au XIXe siècle, la substitution de la catégorie du devenir à celle de l’essence s’accompagnent d’un effort proportionnel de ressaisie. L’histoire, science des transformations du monde humain, conscience de tout ce que le temps fait naître mais aussi emporte, affiche alors une ambition de totalité : « résurrection de la vie intégrale », récapitulation du passé tout entier dans de « grands récits » supposant aussi une fin de l’histoire.

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La palabra ignífuga: economía monetaria y antinomias del realismo en Plata quemada, de Ricardo Piglia //La parole ignifugée : économie monétaire et antinomies du réalisme dans Argent brûlé, de Ricardo Piglia

La reciente publicación de los diarios de Ricardo Piglia, cuyos dos primeros volúmenes abarcan la etapa de formación y los primeros pasos del autor en el campo literario argentino, constituye una ocasión inmejorable de revisitar Plata quemada a la luz de las anotaciones que desde 1965 reflejan sus titubeantes inicios como proyecto de escritura. Proyecto que será abandonado poco después y que Piglia no retomará hasta la década de los noventa para publicarlo finalmente en 1997, en vísperas de la crisis económica de 2001. Basada en los sucesos acontecidos en el Río de la Plata, la novela recurre a la escritura de no ficción y a las técnicas de investigación antropológica para postularse como crónica alternativa al relato mediático y poner en entredicho la construcción consensual de la verdad. Por su vocación crítica y su planteamiento estético, Plata quemada pone sobre la mesa una serie de paradojas políticas y literarias vinculadas a los fundamentos ficcionales de toda relación contractual y a la propia lógica del intercambio simbólico. Nuestro estudio se centra por tanto en las particularidades del saber económico subyacente en un texto que pone al desnudo la violencia estructural del sistema capitalista y que, al hacerlo, cuestiona sus propias limitaciones como sistema de signos en circulación. A partir de la distinción conceptual entre dinero y moneda, así como del análisis de los mecanismos de textualización del valor y de la lógica del equivalente general, trataremos de cercar los desafíos que derivan de la imbricación de los discursos literario y económico con el fin de subrayar el carácter excesivo de una escritura que exhibe su propia imposibilidad. Palabras clave: Ricardo Piglia, economía, moneda, dinero, realismo, ficción. La parution du journal de Ricardo Piglia, dont le premier des trois volumes comprend la période de formation et l’entrée en écriture de l’auteur argentin, nous donne l’occasion de jeter un nouveau regard sur Argent brûlé, roman entamé en 1965, abandonné peu après à l’état de projet inachevé et repris trente ans plus tard avant sa publication en 1997, à la veille de la crise économique de 2001. Inspiré d’un fait divers survenu au Río de la Plata, le roman a recours aux techniques de la non-fiction et de la recherche anthropologique pour se dresser en contre-chronique du récit médiatique et remettre en cause la construction consensuelle de la vérité. De par sa visée critique et son parti-pris esthétique, Argent brûlé soulève un certain nombre de paradoxes tant politiques que littéraires, liés aux fondements fictionnels de tout rapport contractuel et aux impératifs de l’échange. Notre analyse interrogera les particularités du savoir économique véhiculé par un roman qui met à nu la violence structurale du système capitaliste et qui, ce faisant, se met lui-même à l’épreuve en tant que système de signes voué à la circulation. À partir de la distinction conceptuelle entre argent et monnaie, ainsi que de l’observation de la mise en texte de la valeur et de la logique de l’équivalent général, nous nous attacherons à dégager les enjeux majeurs de l’imbrication des discours littéraire et économique afin de souligner le caractère excessif d’une écriture affichant sa propre impossibilité. Mots clés : Ricardo Piglia, économie, monnaie, argent, réalisme, fiction.

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What the neurocognitive study of inner language reveals about our inner space

Abstract : Our inner space is furnished, and sometimes even stuffed, with verbal material. The nature of inner language has long been under the careful scrutiny of scholars, philosophers and writers, through the practice of introspection. The use of recent experimental methods in the field of cognitive neuroscience provides a new window of insight into the format, properties, qualities and mechanisms of inner language. Gathering findings from introspection and empirical works, this article first assesses the proportion of language in our inner space. Several variants of inner language are then described, including wilful vs spontaneous instances, condensed vs expanded forms, silent vocalisation during reading or writing, contained vs ruminative occurrences, and self-controlled vs hallucinatory cases. The nature of these variants and their embodied multisensory qualities are examined. Finally, a neurocognitive model of the production of inner language is drawn, in the framework of predictive control, speculating on the neural mechanisms that underlie one of the most significant components of our inner space. Keywords : Inner language, Verbal mind wandering, Rumination, Hallucination, Sensorimotor representation, Embodiment, Predictive Control

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Médecine et pauvreté

Louis-Ferdinand Céline est demeuré médecin et écrivain jusqu'à la fin de sa vie. La médecine et l'écriture étaient-elles pour lui des pratiques continues ou discontinues? Le savoir médical compte-t-il pour quelque chose dans cette écriture, ou est-ce seulement la posture du médecin qui est significative? Quel est le sens de cette attirance qui a toujours porté Céline vers la pauvreté, et qui s'est manifestée tant dans sa pratique médicale que dans son activité d'écrivain?

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Lecture incarnée et endophasie : avec quel corps (genré) habite-t-on The Sun Also Rises de Hemingway et The Aspern Papers de Henry James ?

Résumé : Lorsque nous lisons, notre voix intérieure épouse les formes rythmiques et prosodiques du texte. Ces formes sont porteuses d'états sensori-moteurs, et modulent notre expérience immersive des espaces que le texte évoque, proposant des manières de les habiter marquées par les normes de genre. À partir des propos de Hemingway concernant Henry James, qui mettent en scène une performance camp de la masculinité, et d'extraits de The Sun Also Rises (1926) et de The Aspern Papers (1888), nous explorerons les liens entre parole intérieure, immersion spatiale et corps genré. Abstract : While reading a text, our inner voice espouses its rhythms and prosody. These stylistic features carry with them sensorimotor states that modulate our immersive experience of the spaces described by the text, suggesting ways on inhabiting them that are colored by gender norms. Starting from Hemingway’s comments concerning Henry James, with their camp performance of masculinity, and from excerpts from The Sun Also Rises (1926) and The Aspern Papers (1888), we will explore the relationships between inner speech, spatial immersion, and the gendered body. Mots-clés : Voix intérieure (endophasie), immersion, masculinité, Henry James, Hemingway, critique cognitive Keywords : Inner speech (endophasia), immersion, masculinity, Henry James, Hemingway, cognitive criticism

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Sciences, évolution et eugénisme dans Le Cimetière de Prague : construction du monstre juif et naissance de l’antisémitisme

Résumé : Depuis le XIXe siècle, les sciences du vivant font penser la littérature en la conduisant à s’intéresser aux questions héréditaires, eugénistes ou génétiques. Alors que la plupart des romans contemporains explorent les enjeux reliés aux avancées rapides des sciences du vivant et aux questionnements éthiques qui en relèvent, le dernier roman d’Umberto Eco nous plonge dans l’univers du siècle qui a vu naître ces sciences. Sans les aborder de front, Le Cimetière de Prague offre le recul nécessaire pour saisir l’entrelacement des discours sociaux de l’époque sur l'hérédité et la filiation avec le développement historique. Au cœur du roman se trouve la transformation du peuple juif en monstre représentant un danger fatal pour la civilisation occidentale. Pour déconstruire cette fiction, Eco inscrit en sous-texte de son roman le discours scientifique de l’époque, tel reconfiguré par les manipulations idéologiques dont il a fait l’objet. En retraçant, étape par étape, la création des Protocoles des Sages de Sion, le roman opère un dépassement discursif de la fable du complot juif, à laquelle il oppose une autre fabulation littéraire, celle que constitue le roman lui-même.

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Le savoir médical dans Bouvard et Pécuchet

Résumé : Dans Bouvard et Pécuchet, Flaubert fait l’éloge du savoir médical mais ironise sur les compétences des thérapeutes, dont il montre souvent les échecs. Mais il dénonce surtout l’émergence d’un biopouvoir qui donne aux médecins le contrôle sur le corps social. Cette attitude, qui peut s’expliquer par le milieu dans lequel a vécu l’écrivain, traduit une philosophie libertaire et antipositiviste : Flaubert choisit l’Art contre la science.

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Discours de réception d’Édouard Estaunié à l’Académie française : définitions croisées de la persona d’un académicien scientifique

Pour analyser les rapports entre littérature et science, on peut s'interroger sur le sens des mots, des notions, sur les champs lexicaux propres à chacun. On peut se demander si c'est bien la même langue qui est employée pour parler du monde naturel et de celui de l'art, analyser des usages et des modèles littéraires ou scientifiques. On peut observer les interférences, les espaces partagés ou réservés, partir à la recherche des genres hybrides, des concepts migrateurs, des transferts de paradigmes. On peut aussi s'interroger sur les relations symboliques entre les deux champs, ou encore sur la hiérarchie qui les gouverne. De ce point de vue, l'histoire des institutions de savoir apporte des éléments utiles.

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La vérité sur la fiction : Réalité biologique et vies imaginaires

Abstract: The evolutionary human sciences are still in the process of forming a paradigm. Their model of human nature is not yet complete because it has not yet taken adequate account of the experience that forms the subject matter of the humanities. This essay is designed to help correct that deficiency. In the first part of the essay, I explain how scholars in the humanities can help construct the still developing model of human nature. In the second part, I argue that the proper subject of literary commentary is "meaning” and that meaning can be localized in the interaction of perspectives in authors, readers, and characters. In the third part, I argue that the main categories of human life history are also the main themes of fiction. In the final section, I offer suggestions about directions for future research.

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Avatares literarios del último teorema de Fermat // Avatars littéraires du dernier théorème de Fermat

El último teorema de Fermat es un resultado matemático cuya historia ha conseguido fascinar a personas de dentro y fuera de las matemáticas, principalmente tras la demostración de la conjetura en 1995, tres siglos y medio después de su formulación. El arte, y en particular, la literatura, se han interesado por el mismo y lo han incorporado a sus obras. En este artículo se realiza un recorrido por el resultado, su historia y la reflexión que ha motivado en la cultura y la sociedad, a través de más de 40 relatos y novelas que lo han incorporado a sus páginas, ya sea a través de sencillas referencias o como una parte fundamental de su argumento. Palabras clave: conjetura, teorema, demostración, matemáticas, Fermat, Wiles, narrativa, relato, novela. Le dernier théorème de Fermat est un résultat mathématique dont l’histoire a fasciné bien des gens, au sein et hors du domaine des mathématiques, principalement après la démonstration de la conjecture en 1995, trois siècles après sa formulation. L’art, et en particulier la littérature, s’y sont intéressés et l’ont pris pour objet de leurs œuvres. Cet article entreprend d’en parcourir le résultat, l’histoire et la réflexion qu’il a suscités dans la culture et la société, au travers d’une quarantaine de nouvelles et de romans qui en font état, soit par de simples références, soit comme une partie fondamentale de leur argument. Mots-clés : conjecture, théorème, démonstration, mathématiques, Fermat, Wiles, littérature narrative, nouvelle, roman.

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Hors dossier. Limitations in Experimental Method in Balzac’s La Peau de chagrin

Abstract : In Balzac’s La Peau de chagrin (1831), it is easy to assume that the purportedly enchanted skin acquired by the main character Raphaël is effective in its Faustian charge. Just as the message embossed in the skin’s surface advertises, Raphaël seems to have his every wish granted, and both the skin and the length of Raphaël’s life shrink with each such wish. Yet one might equally argue that the skin is not in fact effective – that the changes occurring in the skin and Raphaël in seeming feedback are actually independent. This causal instability remains at the heart of the text because Raphaël is fundamentally incapable of serving as an experimenter. Through a close review of certain key passages, this article shows the various ways in which Raphaël fails in his experimental pursuits – both as a matter of adhering to experimental method, and as scientist facing the impossibility of conducting an experimentum crucis. This failure speaks both to a fundamental inversion of Cartesian method, where doubt follows certain truth; and a striking foreshadowing of Heisenbergian limitation, where the experimental object and subject interfere with each other in endless, moribund feedback. Résumé : En lisant le roman de Balzac La Peau de chagrin (1831), on peut aisément croire que la peau enchantée acquise par Raphaël, le personnage principal, fonctionne selon un principe faustien. Comme le message gravé à la surface de la peau semble l'indiquer, à chaque fois qu'un vœu de Raphaël est exaucé, la longueur de sa vie, et de la peau magique, diminuent. Mais on pourrait également penser que la peau ne fonctionne pas – et que les modifications que subissent celle-ci et Raphaël, apparemment liées, sont en fait indépendantes les unes des autres. Cette incertitude causale demeure au cœur du texte car Raphaël est incapable de faire office d'expérimentateur. A travers la lecture de certain passages clés, cet article examine les différentes manières dont le héros échoue dans sa démarche expérimentale – qui doit à la fois adhérer à la méthode scientifique et faire face à l'impossibilité de mener une experimentum crucis. Cet échec constitue à la fois un renversement de l'approche cartésienne, alors que le doute succède à la vérité, et un étonnant précurseur des limites décrites pas Heisenberg, lorsque l'objet et le sujet expérimental interfèrent l'un avec l'autre dans une boucle récursive sans fin et moribonde. Keywords : Epistemology, Balzac, Experimental Method Mots clés : Épistémologie, Balzac, méthode expérimentale

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Cadavres postiches et mécanique des savoirs dans Bouvard et Pécuchet

Cet article retrace le portrait des savoirs et de leur diffusion que Flaubert présente dans Bouvard et Pécuchet à partir du « cadavre postiche » que les deux bonshommes manipulent au début du roman. En analysant comment les savoirs s’agencent tout au long du roman dès l’initiation des deux compères à l’anatomie, nous montrerons comment Flaubert se sert de la science médicale et de sa construction du corps humain pour démonter les mécanismes de l’ensemble des savoirs, d’une part, et comment ce discours permet à l’auteur, d’autre part, de mettre à nu un discours littéraire fondé sur des stéréotypes, notamment physiologiques, et qui participent, à l’image du mannequin, de la constitution d’un réel artificiel. Par conséquent, à partir de l’exemple d’un modèle anatomique humain, nous soulignerons comment Flaubert soulève la question d’une représentation réaliste dans un monde où l’artifice et le faux viennent rythmer des mises en scène spectaculaires.

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Théâtre et neurosciences : fiction versus naturalisation

Abstract : On s’accorde à reconnaître au théâtre l’élément caractéristique de l’« empathie » du spectateur et / ou du public, aussi bien que la collaboration entre l’âme et le corps. Le recours aux compétences scientifiques afin de les comprendre a toujours marqué le travail des acteurs et des pédagogues théâtraux qui sont aujourd’hui à l’écoute des découvertes neuroscientifiques. Pour les chercheurs se consacrant au théâtre comme pour ceux des neurosciences, l’intérêt réciproque semble toutefois se résumer à un simple programme d’application ayant pour sujet les compétences de l’acteur et les réactions du spectateur. Après avoir rappelé les deux découvertes les plus significatives pour la performance théâtrale — celle d’A. Damasio concernant le marqueur somatique et celle de chercheurs italiens conduite par G. Rizzolatti concernant les neurones miroir —, je présenterai les raisons pour lesquelles ce faisant, on travaille subrepticement dans le sens de la naturalisation du théâtre – qui est ainsi pensé de fait comme une catégorie naturelle. Mon but est au contraire de saisir la qualité idéale du théâtre en tant que phénomène esthétique, c’est-à-dire la permanence tout au long des différentes représentations d’une structure typologique que l’on comprend à travers la perception et qui qualifie la forme essentielle du théâtre sans la traduire en concept pur. Un cas d’étude aidera la démarche avec la contribution de l’anthropologie esthétique de H. Plessner, et nous amènera à reconnaître le rôle de la fiction, à savoir de l’expression artistique de la duplicité existentielle propre à l’homme en tant que tel, à laquelle font finalement référence les deux découvertes mentionnées.

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Mourir en tant que vivant : cultures scientifique et humaniste du mourir dans La Possibilité d’une île de Michel Houellebecq

Peu de végétaux fascinèrent autant les botanistes que la vallisnère ou vallisneria spiralis, en raison d’une particularité décrite au XVIIIe siècle par l’Italien Pier Antonio Micheli, puis par Linné, qui y vit un admirable exemple de la providence naturelle1. Cette plante subaquatique, qui pousse dans le lit de fleuves comme le Rhône, mais utilise le vent pour sa reproduction, met en contact de façon différenciée ses fleurs mâles et femelles, portées par des individus distincts. Pour gagner l’air libre, les premières se détachent entièrement du pied, tandis que les fleurs femelles restent arrimées à une longue spire, qui ramène l’organe sous la surface des eaux après fécondation. La vallisnère offre ainsi un cas de mobilité végétale qui frappa ses premiers descripteurs autant pour sa complexité que parce que, comme celui de la sensitive, ce « mouvement propre réel2 » semblait rapprocher la vallisnère du règne animal, pour en faire un « intermédiaire entre la plante et l’insecte », voire prouver chez les végétaux l’existence d’une « intelligence liée à la vie3 » ou d’un « instinct amoureux4 ». Aussi les savants des Lumières n’abordent-ils guère la vallisnère sans faire part de leur surprise, ni chercher à communiquer cette stupeur à leurs lecteurs. Picot-Lapeyrouse, par exemple, explique en 1799 qu’un « mécanisme aussi singulier » constitue un vrai « miracle de la nature », une « extraordinaire », « prodigieuse » et « merveilleuse » cause d’« étonnement5 ».

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Introduction : Inner Voices and Representation of Inner Spaces

Abstract : What is this little voice in our head? What is it used for? Why talk to ourselves, silently or out loud? What are the forms and modes of inner language? And what role does it play in our relationship to literature, theater, film? In spite of the abundant studies that have been published these last forty years, mostly in English, most account of inner speech begin with the avowal of a lack of comprehension (see for example, the recent monograph by sociologist Norbert Wiley, 2016). Let us attempt to go beyond such avowal by distinguishing the questions that have polarized research, the disciplinary configurations of this research, and their possible deficiencies (for a fuller state of the art on inner speech, see Bergounioux, 2001, and Smadja, forthcoming). Within the study of inner speech, important zones remain unexplored; one of these is inner space – the mental representation and experience of space – as it has mostly been discussed in an indirect and/or metaphorical manner, when it is discussed at all. This can be surprising, as inner speech appears as a crucial tool for the construction of the imagined spaces that we daily inhabit, when we remember familiar environments, when we project ourselves in the fictional spaces of a novel, when we daydream, or when we plan a trip to an actual place. The current issue of Epistemocritique explores this zone, at the conjunction of inner space and inner speech. To orient ourselves in this exploration, we propose in this introduction a few milestones that have been structuring the field of inner speech studies.

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Monstre et gender : de Geoffroy Saint-Hilaire à la tératologie fictive

Le XVIIe siècle a vu croître la dissociation, à la fois théorique et pratique, dans l’expérience individuelle comme dans les institutions culturelles, entre ce qui relève du savoir savant et ce qui relève de l’esthétique, les Sciences (au sens large, y compris la science critique des textes, la philologie) et les Arts : d’un côté des sciences qui, mettant en doute la « littérature » au sens de la chose écrite, s’appuient de plus en plus sur le raisonnement critique, l’observation et l’expérience, la lecture des sources premières, à la recherche du vrai et des idées claires et distinctes ; de l’autre une littérature (au sens moderne cette fois) de plus en plus nettement définie comme fiction ornée, devant passer par le plaisir pour instruire, et vouée au vraisemblable. Si l’on adopte le vocabulaire de Charles Sorel, dans sa Bibliothèque française (1664-1667) , on assiste alors à la séparation entre les bonnes lettres, lieu de la « doctrine » (c’est-à-dire des savoirs), et les belles lettres, lieu de l’agrément. L’histoire des institutions le confirme. La création en 1635 de l’Académie française, à qui l’on donne pour charge de produire un dictionnaire, une grammaire et une poétique, manifeste la volonté politique de soutenir avant tout « ceux qui écrivent bien en notre langue » par rapport aux préoccupations encyclopédiques, tout autant scientifiques que littéraires, voire davantage, des cercles d’érudits, notamment celui des frères Dupuy dont l’Académie est issue. Cela peut-être parce que les sciences du début du siècle sont le lieu d’âpres débats, entre les observateurs et les partisans des avancées épistémologiques modernes et le parti religieux, appuyé sur et par les aristotéliciens purs et durs, débats dans lesquels le politique n’a guère à profiter. Au contraire, il apparaît urgent à Richelieu de renforcer l’imposition d’une langue française normée à l’ensemble du territoire et de soutenir la création littéraire, instrument de propagande et source de prestige international : comme le dit Alain Viala, le choix de l’État alla d’abord davantage vers la « promotion des arts verbaux » (les belles lettres, ce qu’il appelle les Sirènes) que vers la doctrine et érudition (les bonnes lettres, les Muses à l’antique) . Si, après la mort des frères Dupuy, le « Cabinet Dupuy », et bien d’autres savants, continuent (avec prudence dans certains domaines) leurs efforts pour la connaissance de la nature et l’exploration de la diversité de ses phénomènes, il faudra attendre 1666 pour que Colbert crée l’Académie des Sciences, qui est vouée à s’occuper « à cinq choses principales : aux mathématiques, à l’astronomie, à la botanique ou science des plantes, à l’anatomie et à la chymie » , sous l’égide d’un cartésianisme qui convainc de plus en plus de savants, manifestant ainsi clairement, en tout cas dans l’ordre des institutions d’État, comme des institutions culturelles (le Mercure galant, fondé en 1672, fait pendant au Journal des Savants, fondé en 1665) la dissociation des sciences et des lettres.

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Le fonctionnement des langues: paradigme du vivant ?

Résumé : Du fait que la langue exprime de la manière la plus achevée sept caractéristiques définitoires de sa nature qui sont aussi des traits fondamentaux du vivant, l’analyse de son fonctionnement peut servir de paradigme à l’analyse du vivant. C’est l’hypothèse explorée par cet article qui passe en revue ces caractéristiques : /1/ Une irrégularité aléatoire à l’intérieur d’une régularité systèmique. /2/ Une créativité imprévisible à partir de constituants simples et peu nombreux. /3/ L’aptitude à intégrer l’hétérogénéité et à imbriquer des systèmes différents. /4/ L’aptitude à se transformer par delà les frontières catégorielles. /5/ La généralisation de la redondance comme outil de construction et de déconstruction. /6/ La soumission de l’émotion à la forme. /7/ Le pouvoir de simulation et de transposition.

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« Said They Were Mine » : Fiction et savoir dans l’œuvre de Malcolm Lowry

Résumé : Chez Malcolm Lowry, la fiction ne se laisse pas réduire à une modalité particulière de la narration ; elle réside dans l’affirmation qu’il a pour origine l’individu présenté comme son « auteur ». En d’autres termes, elle est une modalité du rapport au langage écrit, et la question qu’elle pose est celle de la lettre et de son usage. Par là, elle interroge sans distinction tous les savoirs, dont la pérennité dépend, dans notre culture, de leur transmission écrite ; bien plus, elle en propose une réinterprétation à la lumière de l'expérience corporelle, seule à même, chez Lowry, de rendre pleinement compte de la relation à l’écriture. Cette problématique est abordée à la lumière de « The Plagiarist », court poème rédigé pendant les années 1940 et donc contemporain de Under the Volcano où l’on voit réapparaître, formulées de manière plus développée, quelques-unes des questions qu’il pose.

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Le « docteur des fous » dans le roman populaire français et anglais de 1840 à 1880

En 2011, dans L’Évolution des idées en géologie. Des cosmogonies à la physique du globe, le philosophe et historien des sciences Bernard Balan situe la « fondation » de la science géologique à la fin des années 1960, c’est-à-dire au moment où il est définitivement établi, grâce aux travaux de géophysiciens anglais et américains, que la surface de la Terre est mobile aussi bien dans un sens horizontal que dans un sens vertical . Devant l’émergence tardive, en matière de physique du globe, d’un discours scientifique, Balan s’interroge sur les raisons pour lesquelles le développement des études « géologiques » depuis la fin du XVIIIe siècle, et certains résultats obtenus par l’étude des strates déjà anciennes, n’ont pu aboutir plus tôt à l’explication tectonique. Ce « retard » de la géologie par rapport à d’autres branches de l’histoire naturelle a, selon lui, deux causes possibles : il fallait pour que la « géologie » progresse et naisse enfin qu’aient été acquis les résultats de la thermodynamique ; il fallait aussi que la géologie s’arrache aux mythes des origines et, plus particulièrement aux récits bibliques de la Genèse et du Déluge, qu’elle a d’abord et surtout chercher à laïciser. Ce second argument n’est guère nouveau ; il est récurrent sous la plume de ceux qui, depuis les années 1740 avec Buffon jusqu’aux années 1830 au moins avec Charles Lyell, entreprennent non seulement de retracer l’histoire de la Terre mais aussi de fonder la géologie en tant que science expérimentale. En 1812, Georges Cuvier s’étonne, au moment d’exposer une méthode d’analyse des fossiles essentielle aux progrès de la géologie, qu’aucun des anciens n’ait attribué les bouleversements de la surface du globe à des causes lentes ou n’aient cherché dans l’état actuel des causes agissantes. Il en dénonce très vite la raison en ces termes : « Pendant longtemps on n’admit que deux événements, que deux époques de mutations sur la surface du globe : la création et le déluge, et tous les efforts des géologistes tendirent à expliquer l’état actuel en imaginant un certain état primitif modifié ensuite par le déluge, dont chacun imaginait aussi à sa manière les causes, l’action et les effets » .

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