15Epistémocritique, Volume 15. Savoirs et littérature dans l’espace germanophone.
On assiste aujourd’hui à une véritable explosion des recherches sur les savoirs et la littérature en Europe. Il devenait urgent de rendre compte de la vitalité de ces recherches en faisant un tour d’horizon des travaux qui essaiment aujourd’hui à travers toute l’Europe. Cette quinzième livraison d’Epistemocritique initie ce tour d’horizon par un état des lieux de la recherche dans les pays de langue allemande (Allemagne, Autriche, Suisse), où une variété d’approches et de positions différentes se sont développées, donnant lieu à des controverses parfois très vives. Réalisé par Hildegard Haberl, ce numéro d’Epistemocritique propose un éventail de quelques-unes de ces approches et orientations ainsi que des tensions et débats qu’elles ont suscités, témoignant de la vitalité d’un champ aujourd’hui en plein essor dans le monde germanophone.

14Epistémocritique, Volume 14. GREFFES.
Greffes, hybridations, percolations… les métaphores ne manquent pas pour décrire la circulation des modèles, des idées et des représentations entre sciences et littérature. Parmi ces métaphores, celle de la greffe jouit d’une mémoire culturelle et d’une épaisseur historique toutes particulières : aux XVIIIe et XIXe siècles, elle a été mobilisée de façon massive par les scientifiques et les écrivains pour figurer différentes modalités du dialogue entre discours littéraires et savants. Les études réunies dans ce volume illustrent quelques-unes de ces modalités, interrogeant à partir d’exemples précis les rapports réciproques de la science et de la littérature, leur concurrence possible dans le champ du savoir, mais aussi la manière dont se constituent l’une par rapport à l’autre la « connaissance de l’écrivain » et la « connaissance du savant.

13Epistémocritique, Volume 13. Littérature et savoirs du vivant.
Depuis le 19ème siècle, moment où naissent les sciences du vivant, la circulation des modèles et des théories liés à ce domaine crée un espace de production épistémique qui permet aux représentations culturelles du vivant de se diffuser et de percoler dans la pensée historique, politique et sociale grâce à une série d’analogies, de déplacements métaphoriques, de généralisations et d’extrapolations. Les études réunies dans ce numéro visent à cerner la diversité de ces appropriations et des usages qui ont été faits des sciences du vivant dans le champ plus vaste des savoirs sur l’homme, mais aussi dans la production littéraire et, plus généralement, dans l’imaginaire, afin de mettre en évidences leurs enjeux idéologiques ainsi que les effets de culture qu’elles ont produit.

12Epistémocritique, Volume 12. Littérature et économie.
Le monde économique et le monde de la littérature et des arts ont souvent, depuis le Romantisme, été considérés comme antithétiques. Cependant les relations économiques sont présentes dans de nombreux textes et dessinent même une tradition littéraire. Après un bref parcours historique, du marchand dans la littérature du XVIIe siècle au Robinson de Defoe, des tribulations des personnages de Balzac dans le contexte du libéralisme naissant aux textes de Masséra, la littérature mettant en scène l’économie, surtout en période de crise, ne se contente pas de la représenter mais elle interroge les principes et l’éthique qui la fondent et entretient avec elle un dialogue constant .

PROUST AU LABORATOIRE

Qu'est-ce que savoir? A cette question, les philosophes, les épistémologues, les historiens, les sociologues, les neurobiologistes, bien d’autres encore, s’efforcent depuis longtemps d’apporter des réponses, tantôt modestes et tantôt ambitieuses, mais dont il faut convenir qu’elles ne sont pas parfaitement éclairantes. Peut-être faut-il alors explorer des voies différentes et s’interroger : est-il d'autres manières de forger un savoir sur le savoir ? La réponse proposée ici, grâce à Proust, est : oui -- par la littérature.

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De la formation de l’homme économique au dépassement de l’économique par l’Homme : l’Histoire de Gil Blas de Santillane et La vocation théâtrale de Wilhelm Meister

Résumé: Pour imposer son propre intérêt, l’homme économique à tendance à dévaluer les intérêts de l’autre – à le tromper – et à cette fin il recourt à des stratégies comportementales empruntées au théâtre. Je me propose, dans mon article, de regarder de plus près cette problématique et de mettre en relation la théorie de l’homo oeconomicus avec l’Histoire de Gil Blas de Santillane (1715/1735) d’Alain-René Lesage et la première version du Wilhelm Meister (1776) de Goethe afin d’élucider la logique de la constitution, dans et par la littérature romanesque, de ce sujet, ainsi que les anthropotechniques lui permettant de mettre sa compétence performative au service de sa réussite économique.

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La Deuxième vie de Michel Pétrovitch

Un soir, préparant le feu pour la soupe de poissons au bord du Danube, Pétrovitch répondit à son ami, le pêcheur Miloutin Krstitch qui lui demandait les raison de sa vocation pour les mathématiques : « Les mathématiques sont la poésie suprême ».

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Taches d’encre

Combien peu de ce qui s’est passé a été mis par écrit, combien peu de ce qui a été écrit a été sauvé ! C’est d’origine que la littérature est fragmentaire, elle ne conserve les monuments de l’esprit humain que pour autant qu’ils aient été couchés par écrit et aient survécu au temps. (Goethe, Maximes et réflexions, N° 267)

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Sens séduits. Aspects neurocognitifs de la lecture poétique

Les déviations de sens qui fondent le langage poétique font ici l’objet d’une approche neurocognitive par le biais des voies de lecture (phonologique et lexicale) qui lient les régions cérébrales impliquées dans le processus : celle de la reconnaissance visuelle des lettres, celle d’attribution du son et celle d’attribution du sens. On tire parti pour cela de concepts tels que « bigramme », « arborescence du mot » ou amorçage. Sur un poème de Verlaine, sont étudiés des cas d'homophonie, de rébus et d’attraction sémantique dans lesquels les sens séduits sont aussi bien physiques que lexicaux. Mots-clefs : Neurocognition. Lecture. Erreur poétique. Bigrammes. Rébus.

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L’anthropomorphisme dans la poésie scientifique

Les différentes figures ou familles de figures que sont la personnification, l’apostrophe (ou allocution), la prosopopée et encore une certaine sorte d’allégorie ont en commun de mettre en œuvre une forme de pensée, ou topos, que l’on peut dire anthropomorphique. C’est attribuer à une entité inanimée des traits humains, et particulièrement le don de parole ou de pensée. On reconnaît là un point de jonction entre la pensée religieuse, tout spécialement polythéiste ou animiste, et l’expression poétique. C’est en effet dans le cadre du discours religieux que se sont élaborées la plupart des grandes personnifications fondatrices des mythologies. Le XIXe siècle n’ignorait d’ailleurs pas que l’origine des mythes est indissociable de l’origine des langues en ce que l’action de nommer avait d’abord été un geste d’explication du monde par un recours à des analogies, naturelles et surnaturelles. Ce moment historique de fondation mythopoïétique des religions allait d’ailleurs être au centre de la réflexion théorique de Mallarmé . Il est également le moment fondateur de la pensée anthropomorphique.

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Espaces et parole intérieure en prison

Résumé : La question de la représentation d’espaces en parole intérieure n’a guère été posée en tant que telle. L’espace est plutôt considéré comme l’une des catégories structurant notre rapport au monde et à nous-mêmes. Dans le cadre du programme Monologuer, des enquêtes sur les représentations et restitutions de parole intérieure réelle ont été menées, dont une en milieu carcéral, sur une durée de quatre mois. Ces enquêtes nous permettent de disposer d’échantillons précis à travers lesquels étudier les représentations spatiales. La parole intérieure est traversée par des lieux construits ou reconstruits, à partir de la perception, de la mémoire et de l’imagination. En prison, le monde extérieur, présent ou passé, réel ou imaginaire, ne résonne plus que dans la parole intérieure du sujet. Les représentations d’espaces concrets, d’espaces symboliques et d’espaces mythologiques participent ainsi pleinement de l’élaboration de patrons de constructions identitaires, variables d’un sujet à l’autre. Abstract: The issue of space representations in inner speech has rarely been raised for itsef. Space is rather considered as a category, among others, that structures our relationship to the world and to ourselves. In the research programme Monologuer, investigations on the representations and the reproductions of actual inner speech were conducted. One of them was carried out in prison settings over a four-month period. These investigations allow us to have accurate samples through which we can study spatial representations. Inner speech is affected by constructed or re-constructed places emerging from perception, memory and imagination. In prison, the outside world, present or past, actual or imagined, resonates only in the individual’s inner speech. Representations of concrete, symbolic and mythological spaces fully contribute to the building of identity patterns, varying from one individual to another. Mots-clés : parole intérieure, vie intérieure, endophasie, rumination, mémoire, intime, espace carcéral, prison, seuil, espaces symboliques, espaces réels, enquête, questionnaire, entretien. Key Words : inner speech, inner life, endophasia, rumination, memory, intimacy, jail, spaces, liminal /symbolic / real spaces, investigation, questionnaire, interview. 

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Le paradigme de la combinatoire chez Valéry, Hilbert et Turing

Ce que Daniel Oster, dans un ouvrage lumineux [[Daniel Oster, Monsieur Valéry, Seuil, 1981. Quand le lieu d’édition n’est pas précisé, il s’agit de Paris.]], appelle le « premier formalisme » de Valéry nourrit un rêve de totalisation qui s’adosse au sentiment du fini, sentiment de clôture au sein duquel pourrait opérer la machine autopoïétique [[Nous tenons à remercier Pierre Cassou-Noguès, sur les travaux duquel cette contribution s’appuie largement, d’avoir bien voulu relire une première version de cet article et d’avoir suggéré des modifications.]]. Nicole Celeyrette-Pietri précise que cette machine est « semblable à celle de Lulle et à celles « qui permettent d’intégrer à grande vitesse » [[Paul Valéry, Œuvres, I, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, p. 801. Cité par Nicole Celeyrette-Pietri, Valéry et le moi, Klincsieck, 1979, p. 93.]].

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De Tardieu à Lordat : palimpsestes de la paraphasie

«Un mot pour un autre» est certainement l’un des textes les plus connus de Tardieu. On oublie le plus souvent qu’il s’inscrit dans un ensemble plus large, les Carnets du professeur Froeppel, dans lesquels cette pièce qui joue avec le langage devient le symptôme d’une déviance pathologique. Ne faut-il voir qu’une coïncidence dans le fait qu’un trouble du langage, nommé paraphasie par les spécialistes, corresponde exactement à la maladie décrite dans la pièce de Tardieu ? Il semblerait, au contraire, que cette dernière mobilise silencieusement toute une culture médicale, tissant des liens avec certains textes oubliés de la psychiatrie du XIXe siècle. [Une version imprimable de cet article est disponible en pied de page.]

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El discreto encanto de lo continuo: el tiempo y el relato // Le charme discret du continuum : le temps et le récit

Este artículo pretende explorar las relaciones entre la narrativa y el tiempo. Precisamente la narrativa sería el síntoma a través del cual el lenguaje da cuenta de la imposible asimilación de (según Todorov) historia y discurso. La radical diferencia de ambos provendría de la inconmensurabilidad de lo continuo (la realidad) y lo discreto (el lenguaje). Lo que llamamos acontecimiento no sería sino el espejo donde ambos mundos (el de lo discreto y el de lo continuo) se encuentran. Se postula aquí el acontecimiento como un pliegue semántico. A su través (del acontecimiento) la narración se hurta a la linealidad del «tiempo real» para revestirse de sentido. Pareciera que el lenguaje buscase por medio de la narrativa la saturación de lo posible, el agotamiento de sus infinitas combinaciones con la intención de crear un –imposible– doble de la continuidad de lo real. Palabras clave: Acontecimiento, infra-leve, infraordinario, continuo, tropismos, infinitesimal, discreto, afrología, hipótesis del continuo. Cet article se propose d’explorer les relations entre la littérature narrative et le temps. Précisément, la littérature narrative serait le symptôme à travers lequel le langage rend compte de l’impossible assimilation (selon Todorov) entre histoire et discours. Ce qui les distingue radicalement proviendrait de l’incommensurabilité du continuum (la réalité) et du discret (le langage). Ce que nous appelons événement ne serait que le miroir où les deux mondes (discret et continuum) se rencontrent. L’événement est ici postulé comme un pli sémantique. À travers lui (l’événement), le récit se dérobe à la linéarité du « temps réel » pour s’armer de sens. On dirait qu’au moyen de la littérature narrative le langage aspire à la saturation du possible, à l’épuisement de ses infinies combinaisons dans l’intention de créer un –impossible- double de la continuité du réel. Mots-clés : Événement, infra-mince, infra-ordinaire, continuum, tropismes, infinitésimal, discret, aphrologie, hypothèse du continuum.

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Le corps dégradé et le corps monstrueux

Oh! My friend, if you had known me as I once was you would not recognise me in this state of degradation . MARY SHELLEY [[Mary Shelley, Frankenstein or The Modern Prometheus, coll. « Wordsworth Classics », Ware, Angleterre: Wordsworth Editions, 1999 [1831], 175 p. Les citations sont toutes tirées de cette édition.]] Le corps est omniprésent dans le roman Frankenstein; il traverse le texte tant sur les plans narratif, thématique, symbolique, qu’idéologique. Par ses multiples occurrences, il se retrouve au carrefour de différents savoirs qui y sont à l’œuvre, scientifiques bien sûr (le roman est considéré par certains comme le premier roman de science-fiction, notamment par Brian Aldiss ), mais aussi politiques.

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La fictionnalisation de l’argent au XIXe siècle ou l’invention d’un sous-genre romanesque

Résumé: Au rebours des analyses référentielles qui font de l’argent un simple motif romanesque et réduisent la littérature à un témoignage, cet article pose l’hypothèse sous-genre « fiction économique » qui s’épanouirait, en même temps que les doctrines libérales, au cours du premier dix-neuvième siècle. L’analyse de La Comédie humaine et de quelques récits populaires permet en effet de dégager un certain nombre de structures narratives idéal-typiques qui témoignent d’une intériorisation profonde – c’est-à-dire au niveau des structures narratologiques et énonciatives – des principes économiques. La mise au jour de cette poétique de l’argent, loin d’enfermer la littérature dans une fonction ancillaire, permet d’en reconsidérer la puissance critique et herméneutique. Le récit réaliste ne se contente plus de dénoncer puisque, par la mise en texte des principes même de l’économie libérale, il en révèle les contradictions et la force d’assujettissement de l’individu livré à l’argent et au crédit.

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Écriture d’un cas entre psychiatrie et littérature : Lenz de Büchner

Ce texte s’attache à montrer le rapport constitutif entre littérature et psychiatrie à partir de l’écriture du Lenz de Georg Büchner (1839). L’écriture de Büchner peut en effet être comparée à celle des psychiatres de son époque en raison de sa forme de rédaction, de sa restitution de l’évolution de la maladie et de sa présentation directe de la folie. On se propose de montrer ainsi comment le contenu et la forme du texte littéraire se rapprochent de l’écriture psychiatrique. Si ce texte de Büchner a très tôt servi d’exemple aux psychiatres (du XXe siècle) pour une représentation réussie de la psychose schizophrénique, il est pourtant indispensable de prendre en considération l’histoire de la psychiatrie et de la folie au XIXe siècle pour pouvoir situer ces lectures psychiatriques de ce texte dans leurs contextes historiques.

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Fiction et savoir. La dimension épistémologique du texte littéraire au XXe siècle (Marcel Proust)

Résumé : Cet article réfléchit sur le rapport problématique entre fiction et savoir, en s'appuyant sur la théorie des systèmes luhmannienne. Selon cette analyse, lorsqu’un texte de fiction contient des éléments épistémiques, ceux-ci sont soumis à un « double codage », épistémique et esthétique, ce qui leur donne une fonction potentiellement auto-réflexive. Cette thèse est illustrée par une analyse d’À la recherche du temps perdu, qui montre l'hésitation du narrateur entre une position mettant sur le même plan l’écrivain et le scientifique et une position affirmant la différence entre les deux.

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Littérature, arts visuels et neuroesthétique

Grâce à l’arrivée de l’imagerie fonctionnelle il y a vingt-cinq ans et aux progrès continus réalisés depuis, il est maintenant possible de dresser la carte directement de l’activité du cerveau durant des tâches de perception et d’activité chez des sujets normaux. Fondée sur ces découvertes, la dernière décennie a ainsi observé des bouleversements majeurs dans la compréhension du cerveau musical. Dans cet article, nous nous sommes cependant limité aux relations de la neurologie essentiellement avec la littérature et les arts visuels.

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La norme et l’écart : étiologie et idéologie au XIXe siècle

Tout cela étonnera fort les gens du monde, qui, en général, ont pris le mot Mathématique pour synonyme de régulier. Toutefois, là comme ailleurs, la science est l'œuvre de l'esprit humain, qui est plutôt destiné à étudier qu'à connaître, à chercher qu'à trouver la vérité […]. En vain les analystes voudraient-ils se le dissimuler, ils ne déduisent pas, ils combinent, ils comparent ; quand ils arrivent à la vérité, c'est en heurtant de côté et d'autres qu'ils y sont tombés.1 Les mathématiques sont souvent présentées comme un langage. Qu’ils les considèrent comme provenant d’un autre monde, le monde des « idées pures »2, ou comme le « langage commode » donnant accès à l’ « harmonie interne du monde »3, de nombreux discours sur les mathématiques s’organisent autour d’une distinction entre ces dernières et le « monde », au sens de ce qui se situe hors du langage. C’est à de tels discours de démarcations que nous consacrons cet article. Notre objectif n’est cependant pas de déconstruire ces discours du point de vue de l’histoire sociale4, ou de traiter des problèmes épistémologiques posés par des distinctions entre logique et intuition ou abstraction et expérience. Nous envisageons plutôt ces discours de démarcation en tant qu’ils forment des récits dont nous souhaitons saisir certaines modalités de construction et d’évolution.

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The Language of Synesthesia

ABSTRACT: In "The Language of Synesthesia,” Marcia Smilack tells the story of her life as a fine art photographer who taught herself how to use a camera by relying on her synesthetic responses as signals for when to click the shutter. Photographing reflections on moving water, she created a career in which named herself a Reflectionist and named her images paintings by camera. The responses that tell her to take a picture include sound and texture elicited by what she sees. In detailing her history, she tells of the seminal experience at age six when she struck a piano note for the first time and instantly saw the color green; the musical sound elicited color. Later in her life, she became aware that her synesthesia worked in reverse as well. That is, looking at color and shape elicits sound and texture. She hears with her eyes and sees with her ears. She explains that from the first "green note” of her childhood, a room was carved out in her mind where all subsequent synesthetic experiences are viewed on an internal screen. It is the same room where her eidetic memories are preserved in present time. She lives her life in metaphor and describes the double life created by her synesthesia. That synesthesia is itself a language is obvious to her, which she shows with several examples from her artwork where the symbols of her photographs serve as musical nomenclature. The picture language that her body produces made of colors and shapes provide a natural metaphor to the words that come to her secondarily as a translation of what she sees. She calls her synesthetic picture language her native tongue and shows the relationship between her waking synesthesia and the synesthesia of her dreams, posing the question of whether synesthesia might be a waking form of dreaming.

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La notion de force dans Faust I de Goethe

Certains mots suscitent l’engouement d’une société à une époque déterminée, ils surgissent et connaissent un succès sémantique avant de disparaître au terme d’une période parfois éphémère ; bref, il existe une mode des mots.

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Poétique et épistémologie du vivant dans l’œuvre scientifique et théâtrale de Georg Büchner

« Je passe mes journées avec le scalpel et mes nuits avec les livres […] », écrit Büchner à son frère Wilhelm en 1836. Büchner, qui était à la fois médecin et dramaturge, passionné par l’anatomie et la physiologie du cerveau, n’a jamais séparé son activité scientifique de son activité créatrice. Son « théâtre de l’anatomie » ne peut donc être compris sans tenir compte de sa pratique de la dissection, de la conception du vivant et de l’épistémologie qu’il a élaborées au fur et à mesure de ses recherches en médecine et en biologie, qui rejoignent ses préoccupations sur l’organisation sociale et le sens de l’histoire. L’œuvre littéraire et scientifique de Büchner manifeste une unité de sens qui trouve finalement son principe dans le corps, origine et fin de toute connaissance, en même temps que ressort principal d’une esthétique anti-idéaliste, qui veut exposer le vivant dans sa matérialité nue, dans son essentielle vulnérabilité. Cette esthétique porte la trace du geste de disjonction qui fonde l’anatomie dissectrice, élevant le fragment au rang de forme-sens qui, indépendamment des énoncés dont il est porteur, exprime la violence et la radicalité du geste qui découpe, décompose, morcelle pour donner à connaître.

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“He Sees at Every Pore”

If, as Henri Bergson holds, a philosopher’s work is pervaded by the unfolding of a single thought, for Emerson it is the thought of "unfolding” itself. The driving force of Emerson’s thought is that form – whether natural form, object-form, political or moral form, forms of the self or of the mind – to remain vital can only be understood in terms of metamorphosis.

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La naturalisation de l’économie dans le roman du XIXe siècle

Résumé : Si l’histoire de la pensée économique et l’épistémologie de l’économie ont réfléchi, avec un intérêt renouvelé ces cinq dernières années, à la notion de loi naturelle de l’économie, c’est-à-dire à la prégnance de l’idée de nature et du modèle des sciences physiques sur la science économique à partir des physiocrates, il resterait à savoir en quoi les romanciers du XIXe siècle ont été exposés à ce naturalisme économique. Celui-ci paraît en effet en prise avec le roman réaliste du siècle : il fonde une anthropologie et formule des lois qui peuvent contribuer à configurer la fiction. Tentant de dépasser la simple étude des sources ou l’inventaire des lectures économiques des romanciers, le présent article se propose d’analyser un roman d’Yves Guyot, proche de Zola, économiste acquis aux formulations de Jean-Baptiste Say sur l’ordre naturel de l’économie, pour voir en quoi ce roman d’amateur pourrait participer d’une poétique libérale marquée par le naturalisme économique. C’est peine perdue, et on mesure ici la distance entre théorie économique et écriture de roman, mais ce mauvais exemple permet d’introduire à ce que serait l’expression romanesque des lois naturelles de l’économie.

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Photos

La photographie est le double de la littérature. Au moyen de son statut de témoin objectif, de document neutre, elle est science et savoir, mais grâce à l’opérateur, il y a subjectivité.

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Romans de la rupture épistémologique : quelques rémanences philosophiques et poétiques, de Rabelais et Cervantès à Goethe et Flaubert

Michel Foucault, dans Les Mots et les Choses : une archéologie des sciences humaines (1966), montre que la configuration générale du savoir occidental évolue, du XVIe au XXe siècle, au gré de deux changements de paradigme ou « ruptures épistémologiques » qui séparent l’épistémè renaissante de l’Age classique, puis l’Age classique de la Modernité. Le Quichotte de Cervantès (1605-1615) est selon Foucault l’œuvre représentative par excellence de la première rupture épistémologique, car le divorce entre « les mots » et « les choses » s’inscrit au cœur de son dispositif narratif. Mais le trouble épistémologique qu’induit la progressive sécularisation de la pensée occidentale est déjà sensible par exemple dans le Tiers Livre de Rabelais (1546). Chez Rabelais et Cervantès, ce trouble épistémologique s’exprime d’abord par la mise en scène (comique) de la discorde des autorités « savantes » et, plus profondément, de la discordance des discours du « savoir », source d’une suspension sceptique du jugement. Ce travail s’attache à mettre en lumière, dans des fictions narratives qui prennent acte de la seconde rupture épistémologique du tournant des XVIIIe-XIXe siècles, certaines analogies structurelles et stylistiques avec les fictions critiques de la Renaissance finissante : dans Les Affinités électives de Goethe (1809) et Bouvard et Pécuchet de Flaubert (1881), œuvres de la conquête de la modernité, la remise en cause des discours savants hérités de la Raison des Lumières rejoint un esprit de rébellion antidogmatique et humoristique qui caractérisait certains textes troublés de la fin de la Renaissance : contre le mouvement de spécialisation des discours savants qui aboutit, à la fin du XIXe siècle, à l’éviction de la « littérature » hors du champ de la connaissance désormais réservé aux « sciences », Goethe et Flaubert revendiquent pour la fiction littéraire une légitimité inédite, conquise sur les baudruches des faux savoirs. Mots-clés : Cervantès, épistémè, Flaubert, Foucault, Goethe, ménippée, Rabelais, rupture épistémologique, scepticisme, sério-comique

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L’utopie mystifiante du savoir dans Mardi d’Herman Melville

Résumé: La recherche d’une belle étrangère, disparue, à travers l’archipel de Mardi se double de la quête d’une vérité qui ne cesse de se dérober. Le narrateur qui se fait passer pour un demi-dieu incarne la tentation du savoir absolu. En contrepoint, les commentaires ironiques de ses compagnons de voyage mettent en lumière les limites prosaïques de la connaissance humaine. Il ne subsiste du rêve encyclopédique que des bribes burlesques. En définitive, la connaissance repose sur une forme de croyance et la foi en la science confine à la folie.

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