15Epistémocritique, Volume 15. Savoirs et littérature dans l’espace germanophone.
On assiste aujourd’hui à une véritable explosion des recherches sur les savoirs et la littérature en Europe. Il devenait urgent de rendre compte de la vitalité de ces recherches en faisant un tour d’horizon des travaux qui essaiment aujourd’hui à travers toute l’Europe. Cette quinzième livraison d’Epistemocritique initie ce tour d’horizon par un état des lieux de la recherche dans les pays de langue allemande (Allemagne, Autriche, Suisse), où une variété d’approches et de positions différentes se sont développées, donnant lieu à des controverses parfois très vives. Réalisé par Hildegard Haberl, ce numéro d’Epistemocritique propose un éventail de quelques-unes de ces approches et orientations ainsi que des tensions et débats qu’elles ont suscités, témoignant de la vitalité d’un champ aujourd’hui en plein essor dans le monde germanophone.

14Epistémocritique, Volume 14. GREFFES.
Greffes, hybridations, percolations… les métaphores ne manquent pas pour décrire la circulation des modèles, des idées et des représentations entre sciences et littérature. Parmi ces métaphores, celle de la greffe jouit d’une mémoire culturelle et d’une épaisseur historique toutes particulières : aux XVIIIe et XIXe siècles, elle a été mobilisée de façon massive par les scientifiques et les écrivains pour figurer différentes modalités du dialogue entre discours littéraires et savants. Les études réunies dans ce volume illustrent quelques-unes de ces modalités, interrogeant à partir d’exemples précis les rapports réciproques de la science et de la littérature, leur concurrence possible dans le champ du savoir, mais aussi la manière dont se constituent l’une par rapport à l’autre la « connaissance de l’écrivain » et la « connaissance du savant.

13Epistémocritique, Volume 13. Littérature et savoirs du vivant.
Depuis le 19ème siècle, moment où naissent les sciences du vivant, la circulation des modèles et des théories liés à ce domaine crée un espace de production épistémique qui permet aux représentations culturelles du vivant de se diffuser et de percoler dans la pensée historique, politique et sociale grâce à une série d’analogies, de déplacements métaphoriques, de généralisations et d’extrapolations. Les études réunies dans ce numéro visent à cerner la diversité de ces appropriations et des usages qui ont été faits des sciences du vivant dans le champ plus vaste des savoirs sur l’homme, mais aussi dans la production littéraire et, plus généralement, dans l’imaginaire, afin de mettre en évidences leurs enjeux idéologiques ainsi que les effets de culture qu’elles ont produit.

12Epistémocritique, Volume 12. Littérature et économie.
Le monde économique et le monde de la littérature et des arts ont souvent, depuis le Romantisme, été considérés comme antithétiques. Cependant les relations économiques sont présentes dans de nombreux textes et dessinent même une tradition littéraire. Après un bref parcours historique, du marchand dans la littérature du XVIIe siècle au Robinson de Defoe, des tribulations des personnages de Balzac dans le contexte du libéralisme naissant aux textes de Masséra, la littérature mettant en scène l’économie, surtout en période de crise, ne se contente pas de la représenter mais elle interroge les principes et l’éthique qui la fondent et entretient avec elle un dialogue constant .

Dantec et Narby : Sciences, épistémologie et fiction

« Le livre de Jeremy, que j’avais lu en 1996, avait été un tel choc, révélant des données scientifiquement collectées dont j’avais plus ou moins intuitivement deviné l’existence (coexistence métamorphique de l’ADN et du cerveau), que je devais en faire une des pierres angulaires de ce premier « roman d’anthropologie métahumaine » que fut Babylon Babies.» Maurice Dantec, Laboratoire de catastrophe générale, p. 67[[L’on désignera dorénavant par des abréviations les livres les plus cités : BB : Babylon Babies, Paris, Gallimard, folio SF, 1999. ThOp : Le théâtre des opérations, Journal métaphysique et polémique, 1999, Paris, Gallimard [Folio, 2000]. ThOp : Laboratoire de catastrophe générale, Journal métaphysique et polémique 2000-2001, Paris, Gallimard, folio, 2001 : LCG ; American Black Box, Le théâtre des opérations, 2002-2006, LGF, coll. Le Livre de Poche, 2009. VV : Villa Vortex, Paris, Gallimard, La Noire, 2003. PP : Périphérique, Paris, Flammarion, 2003. LSP : Le serpent cosmique. Les intiales M.G.D. désigneront Maurice G. Dantec et J.B., Jeremy Narby. Ouvrages de Narby discutés : Intelligence dans la nature, Buchet-Chastel, Paris, 2005 (trad. Intelligence in the Nature, Tarcher, N.Y. 2005) ; Narby Jeremy et Huxley Francis, Chamanes au fil du temps, Paris, Albin Michel, 2002 ; Narby Jeremy, Dubochet, Jacques, Kiefer Bertrand, L’ADN devant le souverain : Science, démocratie et génie génétique, Genève, Georg éditeurs, 1997 ; Narby Jeremy, Le serpent cosmique : L’ADN et les origines du savoir, Genève, Georg éditeurs, 1995 (trad. The Cosmic Serpent: DNA and the Origins of Knowledge, Tarcher, 1999); Narby Jeremy, Amazonie, l’espoir est indien, Paris, Favre, 1990; Narby Jeremy, Beauclerck John, Townsend, Janet, Indigenous Peoples: A Fieldguide For Development, Oxford, Oxfam, 1988.]].

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Le vivant, l’organisme et la morphologie : repenser la forme au début du XIXe siècle. L’exemple de Goethe

Les nombreux essais qui encadrent La Métamorphose des plantes sont autant de récits qui analysent la formation scientifique de Goethe, son rapport aux savoirs du vivant, et la mise en forme littéraire d'une telle expérience. Ces écrits participent d'une pensée de la forme qui met en relation le sujet et les objets perçus (la nature) : c'est dans la conscience que s'élabore la mise en forme du monde et la mise en forme artistique. La morphologie devient une science de la métamorphose et permet de rendre compte de l'unité de la démarche scientifique et artistique de Goethe.

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Flaubert et le philosophique : éthique et esthétique

Par le travail de l’intertextualité, perceptible dans les énoncés de sa correspondance, mais aussi par la forme critique – qui est encore une forme de pensée – Flaubert conserve un rapport au philosophique. Il est même au centre de son esthétique et de son éthique parce que la Vérité étant frappée d’immoralité lorsqu’elle a la forme d’un discours, il lui faut régler différemment le rapport de l’œuvre au cognitif. [Une version imprimable de cet article est accessible en pied de page.]

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Declinaciones epistémicas de la metáfora en Sol absolu de Lorand Gaspar // Déclinaisons épistémiques de la métaphore dans Sol absolu de Lorand Gaspar

Este estudio indaga la naturaleza «plástica» del contenido epistémico cuando adquiere actuaciones literarias. Para ello se ofrece un análisis de algunos de los modelos metafóricos de la obra Sol absolu (1972), de Lorand Gaspar. Se glosan distintas estrategias enunciativas que revela la estructura metafórica de la obra en las que la inserción del conocimiento juega un papel crucial. En sus diversas modulaciones, el episteme, raíz o núcleo del pensamiento conceptual, se expresa aquí en el entramado de terminología científica que despliega la obra literaria. Se trata, sin embargo, de un entramado conceptual que adquiere valores poéticos. La cuestión central del estudio consiste en dilucidar cómo opera el conocimiento en la generación de enunciaciones poéticas, principalmente a través de dispositivos metafóricos; esta averiguación conducirá a elaborar una síntesis de los mecanismos que caracterizan la metaforología de la obra. Palabras clave: metáfora, episteme, estésis, Lorand Gaspar, Sol absolu. Cette étude sonde la nature « plastique » du contenu épistémique lorsqu’il s’incarne sous des formes littéraires. Pour cela, elle propose une analyse de quelques-uns des modèles métaphoriques de l’œuvre Sol absolu (1972), de Lorand Gaspar. Y sont commentées plusieurs stratégies énonciatives que révèle la structure métaphorique de l’œuvre, dans lesquelles l’insertion de la connaissance joue un rôle crucial. Dans ses diverses modulations, l’épistémê, racine ou noyau de la pensée conceptuelle, s’exprime ici dans l’entrelacs de terminologie scientifique que déploie l’œuvre littéraire. Il s’agit cependant d’un entrelacs conceptuel qui acquiert des valeurs poétiques. La question centrale de l’étude consiste à élucider comment la connaissance opère pour produire des énonciations poétiques, principalement au travers de dispositifs métaphoriques ; cette investigation amènera à élaborer une synthèse des mécanismes qui caractérisent la métaphorologie de l’œuvre. Mots-clés : métaphore, épistémê, esthésie, Lorand Gaspar, Sol absolu.

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Habiter en nomade le « je » (Lecture et écriture du « je » dans Prison, de François Bon)

Résumé : Le récit et la fiction en prose, parce qu’ils utilisent le langage de l’expérience humaine, et par là, les déictiques qui renvoient, par le pronom Je, à la proprioception de soi, ou à la localisation d’un soi, permettent la projection d’une conscience lectoriale qui soit aussi un corps imaginaire, voyageant dans un univers fictif ou réaliste. Dans le texte de François Bon, Prison (1997), récit d’atelier d’écriture en prison, est donnée à lire la construction d’un sujet, à travers la consigne évoquant le mot « foyer », et ce qu’il implique de lien entre le lieu et la vie intime. Écrivant à travers une langue commune à l’auteur et au lecteur, dans un discours intérieur qui se façonne sous nos yeux, le texte propose un lien entre espace et vie interne. A travers le « je » habitable par tous (nouement de la proprioception et du langage, selon les démonstrations de François Récanati), à travers les embrayeurs de lieu qui incitent à promener un corps imaginaire dans un espace (selon Deixis in narrative et les travaux de Käte Hamburger), et l’usage des temps multipolaires (expliquant l’ubiquité du lecteur, selon Marcel Vuillaume, permettant d’être en plusieurs lieux à la fois), les analyses fondées sur la philosophie du langage et la pragmatique tendent à étayer l’hypothèse selon laquelle le lecteur projette un corps imaginaire dans un espace, et non seulement un esprit, lors de l’immersion dans sa lecture, surtout quand lui sont donnés à lire des déictiques de première personne ou des coordonnées spatiotemporelles égo-centrés. On peut donc considérer que la parole intérieure du lecteur, modelée par la voix du texte, génère un corps imaginaire dont les mouvements et déambulations délimitent un « espace intérieur ». Mots clés : Monologue intérieur, déictiques égo-centrés, embrayeurs, projection du lecteur, immersion du lecteur, théorie de la lecture, empathie du lecteur, littérature française contemporaine, François Bon, François Récanati, Vincent Descombes, Christian Metz, Atelier d’écriture, écrire sa vie.

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Le modèle scientifique dans le théâtre de Tom Stoppard

Dans le théâtre britannique contemporain, les références aux sciences dures sont de plus en plus fréquentes. Le dramaturge Tom Stoppard a été un précurseur de cette fascination du théâtre pour les sciences: dans une écriture qui combine le désir de logique à l'incertitude de la connaissance, les théories mathématiques et physiques lui ont servi aussi bien de modèles que de métaphores structurantes permettant de renouveler la fable dramatique.

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Viralité et humanité : la figure du non-corpum chez David Mitchell

David Mitchell, auteur britannique contemporain, a introduit au sein de son univers fictionnel des personnages de non-corpum, des entités dotées de conscience mais dépourvues de corps qui parasitent les humains. Deux romans en particulier les mettent en scène : Ghostwritten (1999) et The Bone Clocks (2014). Il s’agira ici d’étudier en premier lieu comment la viralité est mise en scène, puis d’examiner la valeur sémiotique du non-corpum laquelle s’articule à la pratique du diagnostic. À la fois signes et symptômes, ces figures virales offrent à nos sociétés contemporaines un miroir où viennent se refléter l’angoisse de la contamination et de l’impuissance ainsi que la crainte de voir le sujet dépossédé de soi. Mitchell utilise les non-corpum pour opérer un travail de couture entre plusieurs romans, mais aussi plus largement entre plusieurs traditions de pensée et plusieurs époques. Ce faisant il vient perturber les hypothèses de lecture occidentales les plus courantes, notamment via la référence à la métempsychose et la mise en œuvre de stratégies de réplication. Mots-clés David Mitchell, Ghostwritten, The Bone Clocks, métempsychose, viralité, diagnostic, peurs contemporaines, non-humain.

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Sophie Calle: le corps exposé

Au XXe siècle, et plus encore depuis les années soixante avec l’avènement de la libération sexuelle et le féminisme, le corps s’est affranchi des anciennes contraintes sociales et morales de la société. Le corps est alors réinventé et devient un instrument de pratiques sociales, un corps organique, un corps subjectif, enfin, un corps matériel, exploité par plusieurs artistes et auteurs qui en font un objet de représentation.

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Le parasite, de l’être mimétique à l’inquiétante familiarité

L'existence du parasite est conditionnée par l’autre, il vit aux dépens d'un autre organisme, d'une autre structure. Dans cet article, nous nous intéressons aux parasites surgissant dans la littérature mais aussi dans les sciences et tout particulièrement en biologie. Nous allons axer notre réflexion sur une stratégie parasitaire, le mimétisme. Comme l’œuf du coucou (oiseau parasite) ressemblant à l’œuf de son hôte, le parasite, à travers le mimétisme, a deux objectifs : se faire accepter par l'hôte et le remplacer progressivement. Tartuffe, par exemple, le plus célèbre des parasites de Molière, singe la dévotion et devient le directeur de conscience d’Orgon. Il se fait ainsi accepter dans la famille et va prendre doucement la place du maître de la maison. Cependant, malgré le mimétisme du parasite, il reste dans son comportement, son physique, ses attitudes, des anomalies engendrant une inquiétante étrangeté. Ainsi, dans la nouvelle de Le Fanu, Carmilla, le vampire ressemble étrangement à Laura et, de plus, réactive des souvenirs chez cette dernière. L'hôte ressent cette inquiétante familiarité en compagnie du parasite. Nous allons dans cet article répondre à plusieurs questions : quelles sont les principales stratégies parasitaires ? Comment cette inquiétante familiarité perturbe-t-elle l'identité de l'hôte ? Notre hypothèse est que même si la relation parasitaire est coûteuse pour l'hôte, elle est aussi source de bénéfices. Mots-clés parasitisme, inquiétante familiarité, mimétisme

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Savoir de la science et savoir de la littérature. À propos du Docteur Pascal de Zola et de Giacinta de Capuana

Le point de départ de cet article* est l’identification du roman et du discours scientifique telle qu’on peut la trouver dans les écrits théoriques de Zola. L’analyse du Docteur Pascal montre cependant que dans la pratique esthétique de Zola le rapport entre la science et la littérature est plus complexe que dans ses écrits théoriques. D’une part la science apparaît moins triomphante, dans la mesure où elle doit se contenter d’avancer en tâtonnant et par hypothèses. D’autre part, la science, surtout lorsqu’elle est naissante, doit coopérer avec l’imagination poétique. Le roman Giacinta de Capuana a le même point de départ que les romans de Zola. Il s’agit de donner une réponse à un problème que l’on peut considérer comme un problème scientifique, à savoir la réaction d’un organisme à une lésion, causée par la découverte prématurée de la sexualité. Cette question est traitée de deux points de vue : d’un point de vue socio-psychologique et d’un point de vue scientifique. Il est remarquable que le rôle de l’observateur scientifique soit comparé à celui du chœur dans la tragédie grecque, ce qui renvoie à l’importance accordée à la littérature, malgré le statut de domination qui est officiellement attribué à la science. On voit donc bien que les deux auteurs dans leur pratique esthétique dépassent les principes de leur théorie, peignant l’image d’une relation extrêmement complexe entre la science et la littérature.

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“The Brain is Wider Than the Sky”

Abstract: "The Brain is Wider Than the Sky” As a diagnostic tool for making the body transparent, fMRI scans are a significant resource in detecting physical maladies. Recent discussions regarding its picturing potential has turned toward using such neuro-imaging for assessing behavioral attributes. While the fMRI is an invaluable tool for science and medicine, its objectivity falls short of denoting and predicting emotional/cognitive spheres driving human behavior. Other tools of evidence regarding this realm of the subjective can be analyzed through language, art or the imagination. This paper compares ways in which the brain is accessed by technological intervention and its neurologically embedded aptitude for metaphor and generating aesthetic artifacts. Each form of representation is neurologically based, but differs significantly in their respective communicative, data and stylistic capabilities.

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La Deuxième vie de Michel Pétrovitch

L'éclipse durable (mais pas totale) de Michel Pétrovitch en France et dans le monde de la francophonie est d'autant plus étonnante qu'il vécut plusieurs années à Paris et que ses premiers travaux furent rédigés en français. Je proposerai donc un bref aperçu de son aventure ainsi qu’un panorama de ses multiples centres d’intérêt et des succès qu’il y rencontra.

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L’accès aux lointains: Fiction et savoir au XVIIe siècle

Abstract: Entre le tournant copernicien négocié par Kepler et Galilée, et la rupture opérée par Newton, l’astronomie reste une science conjecturelle. Le débat cosmologique fait rage et s’appuie bien souvent sur des outils que nous ne considérons plus comme scientifiques : des récits, des images, des fictions. Dans les textes astronomiques du XVIIe siècle, à la fois sérieux et ludiques, scientifiques et imaginaires, se joue moins une « révolution astronomique » qu’une lente acceptation de l’idée d’une Terre excentrée dans un cosmos infini. La bataille doit d’abord être gagnée sur le front des images. Au cosmos ancien il faut substituer un cosmos élargi, transformé, un ordre des planètes bouleversé. Dans ce contexte, la fiction et le récit jouent un rôle central, car ils permettent de substituer une nouvelle image mentale du cosmos à l’ancienne. Seule la fiction peut permettre de dépasser les limitations du réel observable pour trouver un point de vue nouveau d’où décrire le monde.

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Zur Gegenwart der Naturgeschichte. Literarische Konfigurationen

On constate une remarquable renaissance de l’ancienne histoire naturelle (historia naturalis) dans le domaine de la littérature et de la culture (visuelle). Cette contribution examine le paradigme de la description et la science de la nature dont cette nouvelle histoire naturelle est porteuse pour en mettre en évidence les fonctions nouvelles comme alternative à la théorie de l’évolution sélectionniste et la génétique. Nous montrerons à partir de l’exemple de textes de A. S. Byatt, W. G. Sebald et Christoph Ransmayr (Die letzte Welt, Morbus Kitahara) les fonctions narratives et culturelles de cette histoire naturelle.

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La Mort de la terre de Rosny Aîné.

Un an après La Guerre du feu, fable des premiers hommes, Rosny Aîné publie, en 1912, La Mort de la terre, fable des derniers. Par le choix de ces époques seuils, commencement et fin, il étend l’histoire humaine à l’échelle de l’évolution, la projette dans la très longue durée de l’histoire du vivant, et la modélise selon les lois de celle-ci.

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Du mécanique plaqué sur du vivant : images de l’Africain-machine dans les discours scientifiques et littéraires occidentaux, XVIIIe-XXe siècles

  "L'Africain paroît être une  machine qui se monte et se démonte par ressorts, semblable à  une cire molle, à qui l'on…

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Les Faux-monnayeurs au prisme de l’économie monétaire : une relecture -de Gide sur les traces de Jean-Joseph Goux

Résumé : On peut faire des Faux monnayeurs une lecture économique. Inspiré par les travaux de son oncle Charles Gide, Gide romancier pense les questions de la parenté, de l’échange, de la parole et de la valeur littéraire au prisme de l’économie monétaire de la fin du XIXe siècle. Ces traits analysées par Jean-Joseph Goux témoignent cependant d’un mouvement ambigu ; refus de la possession, mais spéculation sur l’art, éloge de la pauvreté, refus de l’ascétisme protestant mais ascèse esthétique ; au jeu du « qui perd gagne », le personnage gidien entretient à l’œuvre un rapport qui ne se résout jamais dans un résultat, un produit consommable, mais dans l’improductivité d’un travail littéraire qui se substitue à l’œuvre « finie ».

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Ciencia que acontece como literatura // Science qui advient comme littérature

Este artículo intenta reflexionar sobre los modos en que la ciencia y la tecnología ejercen su influencia sobre la literatura contemporánea, y cómo propician nuevas formas y estilos, aportan poderosas metáforas, y determinan y modifican los procesos de creación. La literatura que abordase el presente con pretensión de «realismo científico» se aferraría excesivamente a las nociones reduccionistas proporcionadas por la «ciencia-mito» –la interpretación hipertélica tecno-comercial del conocimiento científico–, quedando despojada de su potencia especulativa y, por lo tanto, reduciendo su intensidad estética. El objetivo de este ensayo es resaltar la obra de algunos autores contemporáneos que van más allá del «realismo eliminativo» inspirado por la ciencia-mito y abren nuevos caminos de especulación en la poesía y la narrativa. Palabras clave: Física, Neurociencia, Ciencia-Mito, Ficción Cuántica, Estética Especulativa. Literatura Mética. Cet article tente de réfléchir aux modes selon lesquels la science et la technologie exercent leur influence sur la littérature contemporaine, et comment elles favorisent l’émergence de nouvelles formes et styles, apportent de puissantes métaphores, déterminent et modifient les processus de création. La littérature qui aborderait le présent avec une ambition de « réalisme scientifique » se cramponnerait à l’excès aux notions réductionnistes fournies par la « science-mythe » –l’interprétation hypertélique techno-commerciale de la connaissance scientifique–, pour finir, dépouillée qu’elle serait de sa puissance spéculative, par perdre une bonne partie de son intensité esthétique. L’objectif du présent essai est de mettre en lumière l’œuvre d’auteurs contemporains qui dépassent le « réalisme suppressif » inspiré par la science-mythe et ouvrent de nouvelles voies de spéculation à la poésie et la littérature narrative. Mots-clés: physique, neuroscience, science-mythe, fiction quantique, esthétique spéculative, littérature métique.

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Body, Interiority and Affect in Memoria Histórica Cinema : Can Cinema of Empathy Advance the Cause of the Victims of Fascism?

Abstract : Whether fictional narratives can make us more empathic has been widely discussed and is still a controversial topic. Can fiction help us feel the pain of others? Can it promote pro-social behavior to aid the victims of human rights abuse? The present essay explores these questions in connection to the cinema of memoria histórica [Spanish historical memory], born from the need to revisit the trauma of Spanish fascism, which originated in 1936 during the Spanish Civil War and terrorized Spaniards until the end of Franco’s dictatorship in 1975. The article introduces the notion of cinema of empathy: a type of cinema—often tied to a film genre that features human rights abuse as a central theme, such as the historical memory genre—featuring a high density of scenes of empathy. In these scenes, the human face, the eyes, and the energy created among human bodies are employed as a strategy to both portray and elicit resonance and enactment empathy—among characters and between the characters and the audience—potentially inducing a pro-social behavioral response in the audience, in connection to an ethical-socio-political problem presented in the film. A prototype of cinema of empathy within the memoria histórica genre is the film La voz dormida [The Sleeping Voice] (2011). This film is structured around the affective experience of the characters and features a high density of scenes of empathy centered on the human face and the eyes. However, more importantly, it focuses on the body and the affective energy created and communicated among bodies: bodies abused, bodies assembled in solidarity, bodies that show, hide, and leak their emotional interiority. The essay ends with a discussion of the potential effects of empathic cinematic strategies in the ideological context of contemporary Spain, as well as their potential benefits for the advancement of historical memory activism. Although a correlation between empathic intention, empathic filmic strategies, and empathic audience responses cannot be established and despite the lack of sufficient empirical studies on empathic response to film as well as on the empathy-altruism connection, a cinema of empathy as a distinct type of film currently exists and is practiced in connection to certain genres centered on human rights abuse, such as the memoria histórica genre. Insights from a diversity of disciplines in the humanities and the sciences (narrative and film studies, social neurosciences, sociology, history, etc.), efficiently channeled through the interface known as cognitive approaches, may provide the grounds for future empirical studies to help us corroborate, nuance, and/or reject our initial hypotheses on the power of fiction to elicit empathy and pro-social behavior. Résumé : Qu'un récit puisse nous rendre plus empathique est toujours sujet à débat. Une fiction peut-elle nous faire ressentir la douleur d’autrui ? Peut-elle promouvoir les comportements pro-sociaux venant en aide aux victimes d'abus des droits humains ? Cet article explore ces questions en lien avec le cinéma espagnol faisant un travail de mémoire historique face à la période fasciste qui s'ouvre en 1936, pendant la guerre civile espagnole, et qui terrorise la population jusqu'à la fin de la dictature franquiste en 1975. Nous y introduisons la notion de cinéma de l'empathie : un type de cinéma caractérisé par sa densité en scènes suscitant l'empathie du spectateur. Dans ces scènes, les visages, les yeux et l'énergie circulant entre les corps sont employés pour à la fois représenter et susciter l'empathie – entre les personnages et avec les spectateurs – favorisant potentiellement une réponse pro-sociale en lien avec les problèmes éthiques, sociaux ou politiques présentés dans le film. Le film La voz dormida (2011) constitue un prototype du cinéma de l'empathie, en se concentrant notamment sur les visages, les yeux, et surtout les corps et leur énergie affective : corps violentés, corps solidaires, corps montrant ou dissimulant leurs états émotionnels. L'article discute finalement des effets potentiellement bénéfiques du cinéma de l'empathie dans le contexte espagnol actuel, et de l'activisme mémoriel. Keywords : Cinema of empathy, fascism, Spain, Spanish civil war, historical memory, affect, embodiment, spectatorship, activism, human rights, altruism, pro-social behavior, film studies Mots-clés : Cinéma de l'empathie, fascisme, Espagne, guerre civile espagnole, mémoire historique, affect, incarnation, spectature, activisme, droits humains, altruisme, comportement pro-social, études cinématographiques

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« L’acte pur des métamorphoses » – Aspects de la forme chez Valéry

Résumé: La conception de la forme défendue par Valéry dans sa poésie comme dans sa poétique déroge à la conception classique, aristotélicienne. Elle met en évidence dans sa réflexion et sa pratique l’importance du potentiel transformateur où la forme, emportée par le devenir, n’est que métamorphose. Ce faisant, sa poétique s’étaie sur une conception du vivant qui prend sa source dans le transformisme, paradigme qu’il contribue à prolonger et à étendre à d’autres savoirs que la biologie.

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Corps tout entier de langage.

Pierre Guyotat tente d’opposer un monde au monde. Malgré l'illisibilité prétendue de ses textes, ne faut-il pas supposer plutôt une incapacité des lecteurs d’aujourd’hui, aliénés par une société du spectacle et la domination?

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« The drive of unliving things » : Parasitisme et addiction dans A Scanner Darkly de Philip K. Dick

Dans A Scanner Darkly de Philip K. Dick (1977), l’une des métaphores maîtresses de l’addiction est celle du parasite. Dick y imagine la Substance Mort, drogue issue d’une fleur qu’il nomme Mors ontologica. L’addiction s’écrit sur le mode parasitaire : le corps est d’autant plus affamé qu’il ingère de grandes quantités de drogue, et s’émacie à mesure que l’addiction grandit. Le parasite devient à la fois moteur et métaphore de l’écriture, et tisse une relation complexe au discours scientifique à travers une réflexion sur l’imagerie médicale comme symptôme d’un désir frustré de transparence à soi. À travers la métaphore parasitaire, ce texte explore une expérience sensorielle qui n’est plus celle d’un sujet au sens traditionnel du terme. Il tente de figurer, expérience impossible, ce que pourrait voir un œil sans vie. Mots-clés Roman, médecine, neurologie, physiologie, addiction, science-fiction, Philip K. Dick, drogue, parasite.

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Les effets narratifs de la science dans la littérature : Stifter et Flaubert [1]

On peut constater que la réception de modèles de pensée scientifiques dans les romans ne laisse pas d’avoir une influence sur les procédés narratifs, que ce soit sur le plan du vocabulaire employé ou bien sur le plan du commentaire et de la description. Dans quelques cas-limites, la réception de discours scientifiques est à la base d’une transformation radicale de la forme romanesque. Cet article étudie d’un point de vue comparatiste deux écrivains majeurs du XIXe siècle : Adalbert Stifter et Gustave Flaubert. Les œuvres de ces auteurs se caractérisent par une ouverture vers le domaine des sciences (géologie, biologie, médecine, etc.) et par la présence de structures ‘anti-romanesques’. Il s’agit d’élucider le rapport qui existe entre ces deux phénomènes.

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