15Epistémocritique, Volume 15. Savoirs et littérature dans l’espace germanophone.
On assiste aujourd’hui à une véritable explosion des recherches sur les savoirs et la littérature en Europe. Il devenait urgent de rendre compte de la vitalité de ces recherches en faisant un tour d’horizon des travaux qui essaiment aujourd’hui à travers toute l’Europe. Cette quinzième livraison d’Epistemocritique initie ce tour d’horizon par un état des lieux de la recherche dans les pays de langue allemande (Allemagne, Autriche, Suisse), où une variété d’approches et de positions différentes se sont développées, donnant lieu à des controverses parfois très vives. Réalisé par Hildegard Haberl, ce numéro d’Epistemocritique propose un éventail de quelques-unes de ces approches et orientations ainsi que des tensions et débats qu’elles ont suscités, témoignant de la vitalité d’un champ aujourd’hui en plein essor dans le monde germanophone.

14Epistémocritique, Volume 14. GREFFES.
Greffes, hybridations, percolations… les métaphores ne manquent pas pour décrire la circulation des modèles, des idées et des représentations entre sciences et littérature. Parmi ces métaphores, celle de la greffe jouit d’une mémoire culturelle et d’une épaisseur historique toutes particulières : aux XVIIIe et XIXe siècles, elle a été mobilisée de façon massive par les scientifiques et les écrivains pour figurer différentes modalités du dialogue entre discours littéraires et savants. Les études réunies dans ce volume illustrent quelques-unes de ces modalités, interrogeant à partir d’exemples précis les rapports réciproques de la science et de la littérature, leur concurrence possible dans le champ du savoir, mais aussi la manière dont se constituent l’une par rapport à l’autre la « connaissance de l’écrivain » et la « connaissance du savant.

13Epistémocritique, Volume 13. Littérature et savoirs du vivant.
Depuis le 19ème siècle, moment où naissent les sciences du vivant, la circulation des modèles et des théories liés à ce domaine crée un espace de production épistémique qui permet aux représentations culturelles du vivant de se diffuser et de percoler dans la pensée historique, politique et sociale grâce à une série d’analogies, de déplacements métaphoriques, de généralisations et d’extrapolations. Les études réunies dans ce numéro visent à cerner la diversité de ces appropriations et des usages qui ont été faits des sciences du vivant dans le champ plus vaste des savoirs sur l’homme, mais aussi dans la production littéraire et, plus généralement, dans l’imaginaire, afin de mettre en évidences leurs enjeux idéologiques ainsi que les effets de culture qu’elles ont produit.

12Epistémocritique, Volume 12. Littérature et économie.
Le monde économique et le monde de la littérature et des arts ont souvent, depuis le Romantisme, été considérés comme antithétiques. Cependant les relations économiques sont présentes dans de nombreux textes et dessinent même une tradition littéraire. Après un bref parcours historique, du marchand dans la littérature du XVIIe siècle au Robinson de Defoe, des tribulations des personnages de Balzac dans le contexte du libéralisme naissant aux textes de Masséra, la littérature mettant en scène l’économie, surtout en période de crise, ne se contente pas de la représenter mais elle interroge les principes et l’éthique qui la fondent et entretient avec elle un dialogue constant .

Considérations épistémologiques sur les conditions d’émergence de la Créatique chez Isidore ISOU

  Souffler sur les cendres de la raison        et                                                      Réunir les brindilles de la connaissance pour Incendier la culture…

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Insoutenable légèreté de l’être théâtral : Enjeux dramaturgiques de la « comédie sérieuse » D’un retournement l’autre (2011) de Frédéric Lordon

Résumé : Emblématique de la production d’une génération d’économistes soucieux de puiser dans la littérature et les arts une autre façon d’engager la réflexion sur les injonctions paradoxales de l’économie, D’Un retournement l’autre (2011), par Frédéric Lordon, s’inscrit dans la veine dramaturgique d’un théâtre de crise. Animée par le souci de rendre sensible les dérives du libéralisme, cette « comédie sérieuse » constitue un outil heuristique efficace pour déjouer les pièges de la rhétorique économique, sans pour autant échapper aux ambivalences de la figuration de l’économie, en vertu des effets de réception de la réversibilité comique. Son dispositif esthétique et idéologique met en évidence enjeux et apories d’une critique littéraire de l’économie politique qui pourtant s’impose à notre temps.

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Lexikographische Schreibweisen als Spielformen literarischer Reflexion über Geschichte und Geschichtlichkeit

Ces dernières années ont été publiés de nombreux textes de nature variée – et notamment des textes fictionnels ou autobiographiques - prenant la forme d’un dictionnaire ou d’une encyclopédie. Ces parutions sont l’occasion d’interroger les motifs de l’écriture encyclopédique et les tendances dominantes dans les domaines de la littérature et de l’essai. La tradition encyclopédique des Lumières a donné au dictionnaire ordonné alphabétiquement une série de fonctions et d’effets importants dont nous héritons aujourd’hui, comme par exemple la dé-hiérarchisation des objets et la pluralité des options de réception. Les dictionnaires littéraires stimulent avant tout la réflexion sur la langue, son utilisation et ses fonctions. Ils s’intéressent particulièrement aux marges du savoir ainsi qu’aux objets anachroniques, oubliés, disparus ou singuliers. Un autre savoir, un savoir volontairement in-actuel prend ainsi forme dans ces différents textes lexicographiques, expression d’une pensée excentrique et sensorium de la temporalité des choses.

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Ruines et désordre

« Notre mémoire est faite de fragments, de restes, de lambeaux et c’est pourquoi, comme les ruines, elle est toujours à même de nourrir notre nostalgie. Mais elle est animée, excitée, par des détails et c’est pourquoi elle dessine aussi notre avenir. » Jean-Bertrand Pontalis [[Perdre de vue, Gallimard, 1988, p. 384.]]

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Dopage mental : l’anthropotechnie des psychostimulants entre réalité et fiction

Résumé : Si le dopage évoque un univers de produits et de consommations illicites, le dopage mental trouble cette assimilation rapide. D'une part, du café au Guronsan®, bien des usages ne sont pas prohibés, et, d'autres part, on sent poindre le désir ou l'utopie de l'optimalité, du surhomme ou du génie. Plus exactement, dans les deux cas, des imaginaires se marient aux usages : conquête de la force, espoir de puissance, rêverie d'une sur-sagacité, attente d'une mémoire prodigieuse... En arrière-plan, tout ceci baigne aussi dans un univers médical parallèle, car, à côté d'une utilisation thérapeutique des psychostimulants – pour compenser l'effet de certaines maladies ou du vieillissement – on assiste au développement d'usages anthropotechniques pour améliorer ses performances ou modifier des états mentaux. Ce phénomène anthropotechnique, en plein essor, a des visages divers : consommation de produits, conseils sur internet, ouvrages grand public, prises de position idéologiques, publicités, politique de recherche, scénarios prospectifs, et récits de science-fiction. Un large gradient entre réalités et fictions indique la vie singulière de ce domaine, les formes qu'il adopte, les espoirs et les craintes qu'il suscite. Cet article entend expliciter ce gradient et les circulations qui se manifestent entre ces niveaux très différents, des usages concrets jusqu'aux rêveries et vice-versa.

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Enjeux philosophiques du dispositif fictionnel dans la science : le cas de l’imitation game de Turing

Lorsque l’on s’interroge sur les croisements historiques entre la science et la littérature au XIXe siècle, il apparaît vite nécessaire de mener une enquête sur l’émergence de la dichotomie « science/littérature » à travers l’examen des définitions des mots de « lettres », « littérature » et « science » dans les dictionnaires de l’époque. Cet article présente le premier volet de cette recherche réalisé sur la période 1750-1840 sur un corpus français et anglais. Par la suite, il conviendrait de prolonger l’enquête tant du point de vue chronologique que du point de vue géographique. Le corpus retenu comporte ainsi dans le domaine français : l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert (1751-1765), l’Encyclopédie méthodique de Charles-Joseph Panckoucke (1782-1832), le Dictionnaire philosophique de Voltaire (1764) , le Dictionnaire de l’Académie (éditions de 1694 à 1835) et le dictionnaire de Louis Sébastien Mercier intitulé Néologie ou vocabulaire de mots nouveaux (1801). Du côté anglais, nous avons consulté le dictionnaire étymologique de Nathan Bailey (1721) , le dictionnaire de Samuel Johnson paru en 1755 et réédité huit fois jusqu’en 1799, le dictionnaire réalisé par Samuel Johnson en collaboration avec John Walker (1827), et le dictionnaire de Charles Richardson publié en 1839.

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An American Quest for Truth in the Mid-Nineteenth Century: Herman Melville’s Mardi: and A Voyage Thither

This article highlights the link between the mid-nineteenth-century context of cultural and political nationalism in the United States and the theme of the quest for truth in Herman Melville’s third book, Mardi: and A Voyage Thither, published in 1849. From this perspective, it examines Melville’s use of the romance genre, the imperialistic nature of the narrative voice and a tendency towards fragmentation in both the work’s structure and themes. All of these elements, it is suggested, serve to make Mardi not only Melville’s dramatic, if flawed, debut in the world of literary creation, but also a work which acts out a very American quest for truth.

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Photographie et machineries fictionnelles

Depuis Nadja d’André Breton, la relation entre le texte littéraire et la photographie a été nettement placée sous le signe du rapport sur soi, voire, du reportage sur soi. Si la documentation photographique a depuis longtemps été exploitée par des artistes qui avaient besoin de garder des traces de leurs performances ou d’œuvres éphémères, les écrivains ont été plus réservés sur l’usage de la photographie dans leurs œuvres.

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El arco y la flecha: ciencia y poética en la escritura de Clara Janés // L’arc et la flèche : science et poétique dans l’écriture de Clara Janés

La poeta española Clara Janés siempre ha cultivado una escritura que es producto de una cosmovisión poética integradora y transdisciplinar en la que se incorporan, a través de la mutación disciplinaria, múltiples y diversas formas artísticas, científicas y de pensamiento. La trama de sus libros se teje con una impresionante cantidad de hilos, pero el hilo científico ocupa una parte decisiva de su obra, por lo que este artículo pretende mostrar la relación constitutiva entre la poesía de Clara Janés y la ciencia, específicamente desde la física cuántica. El decisivo empeño científico de su escritura, junto al erotismo y al misticismo, son elementos integrantes de su aproximación al conocimiento. Como la misma Clara Janés indica, el vínculo entre la mecánica cuántica y la poética es fruto de una analogía o equivalencia desarrollada en tres puntos fundamentales: un plano fuera del tiempo, representado por la teoría de la relatividad; la unicidad, simbolizada por la función de onda; y el saber del “no saber”, que se correspondería con el principio de incertidumbre. A los dos últimos puntos se aproxima el análisis expuesto en este trabajo. Palabras clave: Clara Janés, poesía, ciencia, misticismo, física cuántica, incertidumbre, principio de indeterminación, función de onda, mutación disciplinaria, catacresis, intertextualidad. La poète espagnole Clara Janés a toujours cultivé une écriture issue d’une cosmovision poétique intégratrice et transdisciplinaire à laquelle, au travers de la mutation disciplinaire, participent de multiples et diverses formes artistiques, scientifiques et de pensée. La trame de ses livres est tissée d’un nombre impressionnant de fils, mais le fil scientifique occupe une part décisive de son œuvre, et c’est pourquoi cet article entend montrer la relation constitutive entre la poésie de Clara Janés et la science, spécifiquement à partir de la physique quantique. L’engagement scientifique décisif de son écriture, avec l’érotisme et le mysticisme, font partie intégrante de son approche de la connaissance. Comme elle l’indique elle-même, le lien entre la mécanique quantique et la poétique est le fruit d’une analogie ou d’une équivalence se développant en trois mouvements fondamentaux : un plan hors du temps, représenté par la théorie de la relativité ; l’unicité, symbolisée par la fonction d’onde ; et le savoir du « non-savoir », qui correspondrait au principe d’incertitude. L’analyse exposée dans ce travail aborde les deux derniers points. Mots-clés : Clara Janés, poésie, science, mysticisme, physique quantique, incertitude, principe d’incertitude, fonction d’onde, mutation disciplinaire, catachrèse, intertextualité.

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“How Can I Return to Form, Now My Formal Thought Has Gone?”: Meandering Thought, Contested Subjectivity, and the Struggle for Form in Sarah Kane’s 4.48 Psychosis

Abstract : The aim of this article is to discuss the cognitive dynamics of what I will call, drawing and expanding on Spinoza’s notion of conatus, striving or meandering thought in Sarah Kane’s 4.48 Psychosis. I will come to define meandering thought as, at times, conflicted and disorganised, equivocal speech which includes frequent derailment and circumstantiality. Referencing neuroscientific theories of neural plasticity, inner speech, and mind wandering, and then engaging them in a dialogue with reflections in the philosophy of mind, I will show that meandering thought deterritorialises speech, makes it stutter and stumble, and constantly weaves and un-weaves the subject and its understanding of the world. I will argue that the kind of conative thought and inner speech presented by Kane in 4.48 Psychosis—her undoing of traditional dramatic form—can be understood as a character’s attempt to express innovative and, often, culturally subversive ideas. The play’s meandering thought attests to new needs, new lines of flight, that cast light on both the expediencies and the limitations of the Cartesian notion of a bounded and clearly delineated subjectivity and its pervasive consequences for how we perceive the relationship between body, mind, and world. Résumé : Cet article explore les dynamiques cognitives de ce que je nomme, empruntant et élargissant la notion spinoziste de conatus, la pensée tâtonnante ou tortueuse, dans le théâtre de Sarah Kane, et plus précisément dans 4.48 Psychosis. Je montrerai que la pensée tortueuse s'y exprime au travers d'un discours équivoque, paradoxal et désorganisé, qui inclut de fréquents déraillements et des variations circonstancielles. En mobilisant les théories neurologiques de la plasticité neuronale, de la parole intérieure et du vagabondage mental, et en les faisant dialoguer avec la philosophie de l'esprit, j'étudierai les manières dont la pensée tortueuse déterritorialise la parole, la faisant bégayer et trébucher, tissant et détissant le sujet et sa compréhension du monde. J'argumenterai que la pensée conative et la parole intérieure mises en scène par Kane dans 4.48 Psychosis—en démaillant les formes théâtrales traditionnelles—apparaissent comme des tentatives, de la part d'un personnage, d'exprimer des idées neuves et souvent subversives d'un point de vue culturel. Dans cette pièce, la pensée tortueuse fait apparaître les besoins nouveaux, les lignes de fuites nouvelles qui révèlent les limites et les contraintes d'une subjectivité cartésienne, supposée close et délimitée, qui détermine notre perception des rapports entre corps, esprit et monde. Keywords : Sarah Kane, subjectivity, postmodernity, schizophrenia, inner speech, British theatre, psychoanalysis, cognitive literary studies Mots-clés : Sarah Kane, subjectivité, postmodernité, schizophrénie, parole intérieure, théâtre britannique contemporain, psychanalyse, critique cognitive

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Les études littéraires françaises et la question de l’animalité (XXe-XXIe siècles) : bilan et perspectives en zoopoétique

Qu’il s’agisse de réfléchir sur l’animalité humaine ou les interactions hommes/bêtes dans les œuvres, d’interroger la possibilité pour le langage créatif…

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Dans le ventre de la baleine : voyages intérieurs et métaphore parasitaire dans la culture populaire

Cet article montre combien le motif d’un personnage avalé par un monstre marin, qu’il soit une baleine ou un gros poisson, a laissé une trace tenace dans la culture populaire. On a distingué quatre moments principaux dans la formation de ce motif littéraire. Pinocchio (1881) ou le prophète Jonas expérimentent tous deux un rite de passage après avoir été dévorés, mais pas digérés, par le monstre ; d’autres personnages ne sont plus prisonniers de la baleine mais la traversent comme une simple péripétie comique, à la manière du Baron de Münchhausen (1785) ; d’autres, encore, exploitent la carcasse de l’animal pour y récupérer viande et huile ou y construire une étonnante salle de théâtre au XIXème siècle. Aux XXème et XXIème siècles, la science-fiction va plus loin encore en imaginant que les baleines sont vivantes au moment où elles sont réduites en esclavage. Entre commensalisme et symbiose, l’homme qui l’habite devient un parasite. C’est tout particulièrement sur ce renouvellement du mythe que l’article insiste. Mots-clés Sky whale, science-fiction, baleine, parasite

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Autodissection d’un esprit malade

Littérature et folie. Création et maladie mentale. Voilà des associations presque naturelles – ne dit-on pas que le génie frise la folie... Malgré le caractère éculé de cette maxime, le lien étroit qui unit création et folie fascine toujours. Il s’agit d’un terrain abondamment sondé (avec les innombrables études de cas comme ceux de Vincent van Gogh, Virginia Woolf, Antonin Artaud, Hubert Aquin, pour n’en nommer que quelques-uns) et pourtant résolument insondable. C’est pourquoi il ne sera pas question ici de trancher chirurgicalement la question, de décider une fois pour toutes si le génie engendre la folie / si une certaine forme de folie est nécessaire à la création / ou si, au contraire, maladie mentale et création demeurent incompatibles. Dans le cadre de ce questionnement sur la place des savoirs dans la littérature, il apparaît plutôt intéressant d’essayer de voir jusqu’à quel point l’esprit considéré comme malade est à même de récupérer le discours de la psychologie et de la psychiatrie modernes afin de produire un objet artistique.

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Bouvard et Pécuchet : le monde comme représentation ?

Cet article étudie une manière de philosopher propre à l’écrivain. La littérature est une expérience de pensée et la poétique du roman une philosophie en acte. S’éloignant radicalement du modèle balzacien, Flaubert invente un roman des représentations, une archéologie des savoirs en farce. Il n’y a que des manières de voir, dit-il. La vérité est impossible et le monde semble perdu derrière l’écran des représentations. Attiré par le bouddhisme, lecteur tardif de Schopenhauer, Flaubert perd-il le sens du réel ? La poétique critique de Bouvard et Pécuchet donne vie à une interrogation philosophique.

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Annonces

* Septembre 2007-mars 2008 Université de Bordeaux III _Journées d'étude: «Lire, choisir, écrire : la vulgarisation des savoirs du Moyen Age…

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Signes fossiles dans la poésie scientifique du XIXe siècle

Relevant à la fois du genre didactique et épidictique, la poésie scientifique s’est donné pour objet principal au XIXe siècle la célébration du progrès, en ses grandes découvertes comme en ses grands hommes, héros positifs d’un merveilleux renouvelé. De la découverte du microbe aux techniques de l’accouchement, tout savoir scientifique et technique du siècle a été mis en vers et, le plus souvent, passé à la toise de l’alexandrin.

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Der Wille zum Nichtwissen. Skizze einer Poetik

Depuis Nietzsche, la philosophie de la modernité a critiqué la notion de 'vérité’ en réclamant un concept de 'non-savoir’ qui serait capable de déstabiliser la métaphysique. Cette volonté de non-savoir prend ses racines dans la tragédie grecque, par exemple chez Eschyle qui, dans son Prométhée, a démontré que l’homme ne peut survivre qu’en se trompant sur la fin de ses jours. Dans le siècle des Lumières, Locke et Kant ont contribué à élaborer une notion de non-savoir, dont le contraire serait, chez Kant, l’esprit et la faculté de jugement. Même la tragédie allemande la plus célèbre, le Faust de Goethe, démontre dès ses premiers mots le pouvoir du non-savoir sur l’homme. En se référant à l’opposition entre la bêtise et l’esprit, une poétique du non-savoir examine des phénomènes comme l’espoir, la curiosité et l’amour en tant que témoins philosophiques et littéraires des limites du savoir humain.

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Les relations entre la physique moderne et le roman contemporain

Dans un discours prononcé en 1821 lors de la très solennelle et médiatisée « séance publique annuelle de l’Institut », l’érudit Charles Athanase Walckenaer exhume un projet académique vieux de plus d’un siècle et qui ne vit jamais le jour. Devant l’ensemble de ses confrères académiciens, il rappelle l’idée louis-quatorzienne de « ce corps [qui] devait être nommé l’Académie universelle, ou la grande Académie »1 et dans lequel auraient harmonieusement cohabité les compétences les plus variées. Selon Fontenelle, que cite Walckenaer, cette Académie rêvée devait compter « tout ce qu’il y aurait de gens les plus habiles en toutes sortes de littérature : les savants en histoire, les grammairiens, les mathématiciens, les philosophes, les poètes, les orateurs devaient être également de ce grand corps, où se réunissaient et se conciliaient tous les talents les plus opposés »2.

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Lo que mueve el sol y las demás estrellas. Convergencias entre ciencia y mística en Cántico cósmico de Ernesto Cardenal // Ce qui meut le soleil et les autres étoiles. Convergences entre science et mystique dans Cantique cosmique d’Ernesto Cardenal

Lo innovador del poeta Ernesto Cardenal es que, a pesar de ser a un tiempo postmoderno, postmetafísico, o posthistórico, edifica la catedral de la poesía mística latinoamericana. Su escritura poética, sin embargo, no se limita al misterio teológico. Más bien, lo valioso de su pensamiento poético se encuentra en la innovadora capacidad para reunir dos aspectos del conocimiento y la cultura que persisten hasta la actualidad en una aparente contradicción: ciencia y religión, o ciencia y mística. El presente trabajo se propone analizar los puntos de contacto entre ciencia y mística en Cántico cósmico. Se rastreará para ello la inserción de las «verdades eternas» (como leyes universales) en el contexto epistémico teórico de la física cuántica. Cardenal busca una respuesta teológica a conceptos como el entrelazamiento cuántico, la curvatura del espacio-tiempo, la segunda ley de la termodinámica o la teoría de indeterminación de Heisenberg. Y recorre poéticamente las instancias de este encuentro, el acontecimiento que mueve el sol y las demás estrellas. Palabras clave: ciencia y religión, poesía mística latinoamericana s. XX, física cuántica y poesía. Le poète Ernesto Cardenal a ceci de novateur que, bien qu’étant tout à la fois post-moderne, post-métaphysique ou post-historique, il bâtit la cathédrale de la poésie mystique latino-américaine. Son écriture poétique, cependant, ne se limite pas au mystère théologique. La valeur de sa pensée poétique réside plutôt dans sa capacité novatrice à réunir deux aspects de la connaissance et de la culture qui demeurent à ce jour apparemment contradictoires : science et religion, ou science et mystique. Le présent travail se propose d’analyser les points de contact entre science et mystique dans Cantique cosmique. On explorera pour cela l’insertion des « vérités éternelles » (telles les lois universelles) dans le contexte épistémique théorique de la physique quantique. Cardenal cherche une réponse théologique à des concepts comme l’intrication quantique, la courbure de l’espace-temps, la seconde loi de la thermodynamique ou le principe d’incertitude d’Heisenberg. Et il parcourt poétiquement les instances de cette rencontre, l’événement qui met le soleil et les autres étoiles en mouvement. Mots-clés : science et religion, poésie mystique latino-américaine du XXe siècle, physique quantique et poésie.

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J. G. Ballard: littérature et déviance de la science médicale

La figure littéraire du médecin jouit depuis des siècles d’une carrière florissante. Qu’il soit malhonnête comme le Purgon de Molière, bienfaisant comme le Pascal de Zola ou insane comme le faux Lerne de Renard, le docteur alimente un imaginaire complexe et bigarré. Il n’empêche, il est tout à fait concevable qu’existe un « degré zéro » du médecin, un type à partir duquel s’élaborent les déviances les plus diverses. De nombreux auteurs, par un travail spécifique d’écriture, jouent avec cette figure, en ironisent les caractéristiques, en déplacent les frontières. De cette mise à distance naissent maints personnages de savants qui participent à la constitution d’un état de la science médicale à un moment donné dans une société donnée.

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De la chambre biographique à la chambre comme métaphore du psychisme dans l’œuvre de Kafka, ou la littérature comme mode auto-thérapeutique du syndrome d’Asperger

Résumé : Combinant une approche neuroscientifique et une approche plus psychologique qui, en renouvelant la symptomatologie béhavioriste, aborde le syndrome à travers la parole de patients, de l’intérieur, l’article postule à partir des matériaux biographiques et fictionnels, que Franz Kafka était atteint du syndrome d’Asperger. Ainsi, la chambre, lieu biographique d’une expérience traumatique pour Kafka, devient dans son œuvre l’espace intérieur équivalent au discours intérieur d’un Asperger. Les relations entre le protagoniste à l’intérieur de la chambre et son entourage deviennent révélatrices des difficultés de communication inhérentes à un Asperger ainsi que des sentiments dominants de honte et de culpabilité. À cette lumière, l’œuvre kafkaïenne, en particulier Le Procès et La Métamorphose, se comprend comme le vecteur et l’espace d’une auto-thérapie, d’une résilience et d’une sublimation où tout l’humour et toute la créativité de l’écrivain s’expriment face à un trouble qu’il ressent mais que son époque n’a encore ni perçu ni désigné. Abstract : By combining a neuroscientific and psychological approach, which, while renewing a behaviorist symptomatology, tackles the syndrome from the inside through the speech of suffering individuals, this article postulates that based on both biographical and fictional materials, Franz Kafka suffered from Asperger’s syndrome. Consequently, the bedroom, a traumatic space in Kafka’s life, becomes the equivalent to an Asperger patient’s inner speech in his works. The relationship between the protagonist in the inner room and its entourage reveals the Asperger’s communication difficulties as well as the shame and guilt. In this light, Kafka’s works, The Trial and The Metamorphosis in particular, appear to be the vector and the means of a resilient and sublime auto therapy in which the writer’s humor and creativity is dispatched against a disorder which is neither understood nor diagnosed at this point in history. Mots clés : Kafka – Asperger (syndrome d’) – dispositif (théorie du) – psychanalyse – neurosciences – résilience – art-thérapie Keywords : Kafka – Asperger’s syndrom – apparatus theory (‘théorie des dispositifs’) – psychoanalysis – neurosciences – resilience – art-therapy

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Regain de Jean Giono : survivances d’un savoir panique du vivant

Le savoir scientifique concernant le vivant est somme toute un savoir récent. D’autres ont précédé, dont les mythes : celui de Pan a longtemps permis de donner forme et sens à la sauvagerie du monde. Et des écrivains semblent en avoir entendu les profonds échos au début du vingtième siècle. L’œuvre de Jean Giono, par exemple, vibre d’une conscience exacerbée de la vie – puissante, violente, presque incontrôlable – que « La trilogie de Pan » manifeste explicitement. La nature y est au premier plan : dans un environnement farouche, des forces élémentaires réveillent la part animale des personnages, leur part à la fois sombre et lumineuse, la plus vive. C’est au dernier opus de la trilogie, Regain, que nous nous intéressons en détail parce qu’il atteint un certain équilibre entre la terreur infligée par le dieu incarnant une monstrueuse nature et la lente compréhension du grand « mélange » brassant toutes les créatures vivantes en un immense corps cosmique. Examiner les manifestations de Pan dans ce roman conduit à se demander quel savoir du vivant – irréductible et pourtant progressivement domestiqué – il produit. Mais si Regain est un roman panique c’est aussi en ce que – par sa langue poïétique – il participe de l’énergie créatrice du vivant tout en se reconnaissant d’une autre nature.

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La « crise » : circulation et fiction

Résumé : Le mot « crise » circule entre les discours et les paradigmes, économiques et littéraires, mais aussi linguistiques. Cette circulation est rendue possible par l’évolution sémantique du mot, orientée vers la globalisation/abstraction et l'idée de continuité, deux traits qui en font un mot flou, un mot-masque. Le mot apparaît ainsi comme une fiction, une mythologie contemporaine véhiculée par un ordre idéologique réactionnaire ou régressif, dont on étudiera les manifestations dans la langue et la critique littéraire, tout en envisageant la façon dont certaines « fictions critiques » contemporaines l’exemplifient.

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Neurologie et littérature, à l’époque de la neuroculture

Abstract : Il existe une relation forte dans la culture française entre neurologie et littérature. Deux traditions héritées du siècle passé perdurent sous les nouveaux habits de la neuroculture, celle de la narration empathique du cas et celle du diagnostic spéculatif. La neurolittérature a pris les différents syndromes de la neurologie pour en faire des thèmes de fiction mêlés le plus souvent à des trames traditionnelles. La nouveauté serait plutôt dans le récit autobiographique du créateur qui vivait une condition jusqu’auparavant gardée secrète dont la description et narration étaient déléguées au médecin spécialiste. La vision de l’intérieur, from inside, constitue l’un des aspects les plus marquants du nouvel imaginaire contemporain marqué par les neurosciences et la neuroculture. Abstract: There is a strong relation between neurology and literature.in French culture. Two traditions inherited from the past century persist in the new clothes of neuroculture, that of the empathic narrative of the case and that of the speculative diagnosis. The neuroliterature took different syndromes in neurology to make of them fiction, most often mixed with traditional frames. The novelty is rather in the autobiographical story of the creator who lived a kept secret condition before now, whose description and narration were delegated to a specialist. "The view from inside” is one of the most striking aspects of the new contemporary imagination influenced by neurosciences and neuroculture.

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Hors dossier. Forme et savoirs du vivant dans La vie et les opinions de Tristram Shandy

Le roman de Sterne La vie et les opinions de Tristram Shandy raconte la conception, la naissance et les divers accidents de la vie du narrateur. Ce faisant, le roman interroge la formation même de l’identité d’un être, en faisant de très nombreuses références aux savoirs philosophiques et médicaux du vivant. D’un côté, le père de Tristram, grand faiseur de systèmes, identifie des étapes cruciales du développement, qui décident de la forme de l’être humain ; de l’autre, le narrateur s’ingénie, par la forme romanesque, à déconstruire la tentation théoricienne de son père et s’appuie sur d’autres modèles scientifiques et artistiques pour construire une éthique et une esthétique de la liberté. Mots-clés Sterne, épigenèse, préformation, esthétique, vie

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