Variations autour de la greffe : science et littérature aux XIXe et XXe siècles

La greffe, entendue à la fois comme l’opération de greffe et son résultat, n’est ni l’hybride, ni le monstre. Dans la Physiologie végétale, en 1832, Auguste-Pyrame de Candolle tente de distinguer les « espèces » des « variations » et, pour ce faire, passe en revue les moyens de reproduction, naturels ou artificiels, des plantes. L’hybridité est, selon lui, le résultat de la fécondation d’une plante par une autre ; le physiologiste y voit la preuve de l’existence d’un sexe des plantes. Il juge toutefois la définition originelle du phénomène, donnée par Linné, tributaire de beaucoup d’analogies et de peu de raison ; le naturaliste suédois aurait déduit de la simple ressemblance de plantes contiguës l’existence d’hybridités qui n’étaient que des variations[1]. Des déformations, qui ne doivent pas être confondues avec les monstruosités, de Candolle écrit qu’« elles sont le produit des circonstances extérieures », là où les « monstruosités tiennent au principe même de la reproduction »[2]. Viennent ensuite les cas de « dégénérescences » dérivés de l’idée de « métamorphose » défendue par Goethe, et ceux des soudures de tissu cellulaire parmi lesquelles figurent les greffes

La Pensée inquiète

Parce qu’elle met en jeu des procédures cognitives qui diffèrent de celles de la science ou de la philosophie, la littérature se conçoit souvent comme contre-savoir poétique ou même comme non-savoir. Par là, elle cherche moins à tracer une frontière qu’à exhiber le retournement toujours possible du déjà-su en insu, des réponses admises en nouveaux questionnements, de l’irrationnel en figure possible d’une autre raison.

¿Creación o representación? Mímesis en la confluencia de ciencia, pensamiento oriental y teoría occidentalCréation ou représentation ? // Mimesis au carrefour de la science, de la pensée orientale et de la théorie occidentale

Este artículo revisa el concepto de mímesis en la confluencia del postestructuralismo, el budismo y el comparatismo entre literatura y ciencia. A partir de este cruce de disciplinas se defiende la vertiente más creativa de la mímesis, ortodoxamente entendida por la teoría literaria tradicional como una representación pasiva de la realidad. La importancia del sujeto observador en la física cuántica o la trascendencia de la mente a la hora de determinar la realidad sensible, postulada por el budismo, apuntan hacia una revisión de la mímesis para destacar en el fenómeno su potencial creativo en detrimento de la función de copia engañosa que peyorativamente le atribuyó Platón. Como última consecuencia, de la revisión del concepto de mímesis se deriva la posibilidad de extender los procesos miméticos a agentes naturales no humanos, contribuyendo de esta manera a la reubicación del antropocentrismo en la epistemología actual.

Palabras clave: budismo, física cuántica, realismo agencial, creatividad, verosimilitud.

Cet article réexamine le concept de mimesis à la croisée du poststructuralisme, du bouddhisme et du comparatisme entre littérature et science. À partir de ce carrefour de disciplines, c’est la facette la plus créative de la mimesis qui est défendue, comprise de manière orthodoxe par la théorie littéraire classique comme une représentation passive de la réalité. L’importance du sujet observateur en physique quantique ou la transcendance de l’esprit au moment de déterminer la réalité sensible, postulée par le bouddhisme, vont dans le sens d’une révision de la mimesis pour mettre en valeur le potentiel créatif du phénomène au détriment de la fonction péjorative de copie trompeuse que lui avait attribuée Platon. Conséquence ultime, il résulte de ce réexamen du concept de mimesis une possibilité d’étendre les processus mimétiques à des agents naturels non-humains, contribuant ainsi à replacer l’anthropocentrisme dans l’épistémologie actuelle.

Mots-clés : bouddhisme, physique quantique, réalisme agentiel, créativité, vraisemblance.

Le langage intérieur : un nouveau protocole d’enquête. Fait linguistique et fait endophasique.

Résumé :

Qu’est-ce qu’un fait endophasique ? Quels faits endophasiques les protocoles d’enquête en vigueur permettent-ils de construire ? Les enquêtes de terrain sur le langage intérieur, depuis la fin du XIXe siècle et le questionnaire de Georges Saint-Paul, premier du genre, tendent à mettre en valeur des résultats qui ne sont pas des faits de discours à proprement parler et qui ne sont pas susceptibles d’être appréhendés en tant que tels par la linguistique ou les sciences du langage. Pourtant, le langage intérieur relève bien, comme son nom l’indique, du langage, et appelle de ce point de vue une enquête selon un protocole adapté à cet aspect fondamental. Depuis 2014, nous avons mis en œuvre au sein du programme de recherche Monologuer un nouveau protocole d’enquête (protocole 2R, l’un des protocoles Monologuer), expérimenté à ce jour (novembre 2018) auprès de 113 adultes, qui permet d’étudier et de comparer des représentations et des restitutions de langage intérieur ordinaire, par le prisme incontournable de la subjectivité des participants. Ce nouveau protocole nous permet ainsi de mettre à l’épreuve certaines hypothèses très répandues, comme l’hypothèse Vygotski-Egger d’un langage intérieur abrégé, condensé et inintelligible pour autrui et de proposer de nouveaux outils d’analyse, adaptés à cet « envers » de la linguistique qu’est l’endophasie (voir Bergounioux, 2004). Le langage intérieur apparaît ainsi comme un fait de discours et un fait de style, combinant variation idiolectale et grammaire endophasique.

Abstract :

What is an inner speech fact? Which inner speech facts can the current traceback protocols reveal? Since the first questionnaire (Georges Saint-Paul, at the end of the XIXth century), various investigations of the phenomenon have been conducted. Inner speech has been mostly studied from a psychological or a neurocognitive point of view, sometimes from a sociological one as well. It has not really been studied as a linguistic fact, whereas it is above all a matter of language. In 2014, I have created within the interdisciplinary program Monologuer a new protocol (Protocol 2R), which has since been revised collectively. Up to November 2018, we have conducted investigations and experimentations with 113 adults and we have analysed representations and restitutions of ordinary inner speech. These representations and restitutions are necessarily subjective. With this new protocol, we tested the Vygotski-Egger hypothesis of a condensed and abreviated inner speech. We also created new analytical tools, adapted to this linguistics underside (« envers » de la linguistique, Bergounioux 2004). Inner speech can be considered as a linguistic fact and a stylistic fact, a combination of idiolectal variations, and an endophasic grammar.

Mots-clés : langage intérieur, vie intérieure, endophasie, enquête de terrain, questionnaire, entretien, protocole, linguistique.

Key Words : Inner speech, inner life, endophasia, field survey, questionnaire, interview, protocol, linguistics.

Raconter le virus : Dialogue interdisciplinaire sur la transposition narrative du discours biologique

et

Face à la présence encore discrète des virus dans la littérature contemporaine, cet article examine quelques défis narratifs posés par la mise en récit des découvertes récentes de la virologie. Quels procédés littéraires peuvent transposer ces relations complexes, impliquant différentes échelles et différentes temporalités du vivant ? La modélisation en science a-t-elle des cousins en littérature, des procédés de formalisation qui pourraient communiquer les mêmes idées ? Cette réflexion est le fruit d’un dialogue entre un biologiste écrivain, qui s’interroge sur les moyens de transposer les connaissances et l’esprit des découvertes de microbiologie dans des récits, et une spécialiste de littérature anglophone, s’intéressant à l’imaginaire biologique du roman contemporain. Leur visée est aussi bien analytique que prospective : les trois premières sections s’appuient sur un panorama de la fiction narrative existante inspirée par les virus, de la science-fiction des années 1980 au roman contemporain (francophone et anglophone) ; les deux suivantes imaginent des pistes pour une littérature du virus encore à venir. Cinq pistes narratologiques sont ainsi explorées : i) les jeux de focalisation et d’échelle permettant de tenir compte de l’extrême hétérogénéité de la taille des populations interactives des virus et de leurs hôtes, et de la multiplicité des échelles temporelles et physiques exploitables ; ii) le potentiel déstabilisateur des virus dans les schémas actantiels classiques, en raison de la dynamique complexe de leurs relations avec leurs hôtes ; iii) la métaphorisation par la littérature d’un discours scientifique non exempt de ses propres métaphores, cette métaphorisation littéraire reposant sur une diversité d’imaginaires mobilisés ; iv) la transformation des relations virales en schèmes poétiques, et la transposabilité rhéthorique des images structurantes du discours scientifique ; v) l’intégration de nouveaux personnages qui correspondraient aux superorganismes associant les virus et leurs hôtes.

Mots-clés
Virus, récit, biologie, littérature, échelle, évolution, réseau, holobionte, focalisation, actant, métaphore, schème, organisme.

Quel agent économique Robinson Crusoé incarne-t-il ?

On compare l’usage qu’ont fait les économistes du personnage de Robinson Crusoé, figure de l’agent économique organisant des ressources rares en vue de maximiser sa satisfaction, au héros du roman de Defoe. En convoquant d’une part les interprétations de Ian Watt et Marthe Robert, d’autre part celles proposées par les économistes, on fait apparaître que si Robinson peut incarner un agent économique, c’est d’une manière plus ambivalente que celle que campe l’agent universel et atemporel de la théorie économique depuis la fin du XIXe siècle.

Sens séduits. Aspects neurocognitifs de la lecture poétique

Les déviations de sens qui fondent le langage poétique font ici l’objet d’une approche neurocognitive par le biais des voies de lecture (phonologique et lexicale) qui lient les régions cérébrales impliquées dans le processus : celle de la reconnaissance visuelle des lettres, celle d’attribution du son et celle d’attribution du sens. On tire parti pour cela de concepts tels que « bigramme », « arborescence du mot » ou amorçage. Sur un poème de Verlaine, sont étudiés des cas d’homophonie, de rébus et d’attraction sémantique dans lesquels les sens séduits sont aussi bien physiques que lexicaux.

Mots-clefs : Neurocognition. Lecture. Erreur poétique. Bigrammes. Rébus.

PROUST AU LABORATOIRE

Qu’est-ce que savoir? A cette question, les philosophes, les épistémologues, les historiens, les sociologues, les neurobiologistes, bien d’autres encore, s’efforcent depuis longtemps d’apporter des réponses, tantôt modestes et tantôt ambitieuses, mais dont il faut convenir qu’elles ne sont pas parfaitement éclairantes. Peut-être faut-il alors explorer des voies différentes et s’interroger : est-il d’autres manières de forger un savoir sur le savoir ? La réponse proposée ici, grâce à Proust, est : oui — par la littérature.

Espaces et parole intérieure en prison

et

Résumé :

La question de la représentation d’espaces en parole intérieure n’a guère été posée en tant que telle. L’espace est plutôt considéré comme l’une des catégories structurant notre rapport au monde et à nous-mêmes. Dans le cadre du programme Monologuer, des enquêtes sur les représentations et restitutions de parole intérieure réelle ont été menées, dont une en milieu carcéral, sur une durée de quatre mois. Ces enquêtes nous permettent de disposer d’échantillons précis à travers lesquels étudier les représentations spatiales. La parole intérieure est traversée par des lieux construits ou reconstruits, à partir de la perception, de la mémoire et de l’imagination. En prison, le monde extérieur, présent ou passé, réel ou imaginaire, ne résonne plus que dans la parole intérieure du sujet. Les représentations d’espaces concrets, d’espaces symboliques et d’espaces mythologiques participent ainsi pleinement de l’élaboration de patrons de constructions identitaires, variables d’un sujet à l’autre.

Abstract:

The issue of space representations in inner speech has rarely been raised for itsef. Space is rather considered as a category, among others, that structures our relationship to the world and to ourselves. In the research programme Monologuer, investigations on the representations and the reproductions of actual inner speech were conducted. One of them was carried out in prison settings over a four-month period. These investigations allow us to have accurate samples through which we can study spatial representations. Inner speech is affected by constructed or re-constructed places emerging from perception, memory and imagination. In prison, the outside world, present or past, actual or imagined, resonates only in the individual’s inner speech. Representations of concrete, symbolic and mythological spaces fully contribute to the building of identity patterns, varying from one individual to another.

Mots-clés : parole intérieure, vie intérieure, endophasie, rumination, mémoire, intime, espace carcéral, prison, seuil, espaces symboliques, espaces réels, enquête, questionnaire, entretien.

Key Words : inner speech, inner life, endophasia, rumination, memory, intimacy, jail, spaces, liminal /symbolic / real spaces, investigation, questionnaire, interview. 

Synesthesia: Seeing the World Differently

Abstract : In this paper I examine the processes and outcomes of using synesthesia in art. I discuss what might be different about artists with synesthesia and look at some types of experiences that synesthetes may have. I explore Heinrich Klüver’s Form Constants that can be found in the artworks of synesthetic artists. While Klüver discovered that synesthetes see things in common, I observe how they can be used in painting and also show what some common forms look like in video. Synesthesia shapes and informs one’s aesthetic, as well as contributes to the artistic process, even when one is unaware of one’s shared abilities. Because integrating one’s abilities into one’s work can invite challenges I discuss the impact that the art world can make. I also discuss how knowledge about synesthesia, or the lack of it, contributes to an artist’s work and an audience’s reaction to their artwork.

Keywords: synesthesia, synaesthesia, art, painting, colored music, colored sounds, colored touch, colored pain, artistic codes, video

Taches d’encre

Combien peu de ce qui s’est passé a été mis par écrit, combien peu de ce qui a été écrit a été sauvé ! C’est d’origine que la littérature est fragmentaire, elle ne conserve les monuments de l’esprit humain que pour autant qu’ils aient été couchés par écrit et aient survécu au temps. (Goethe, Maximes et réflexions, N° 267)

¿Qué es un acontecimiento? El conocimiento poético y anti-platónico de Chantal Maillard // Qu’est-ce qu’un événement ? La connaissance poétique et anti-platonicienne de Chantal Maillard

La cuestión de cómo se propicia el conocimiento es una de las inquietudes que Chantal Maillard somete a consideración dentro de su producción literaria. El primero de los poemas que conforman Matar a Platón plantea una exploración, a partir de varios sujetos, de los diversos modos posibles de comprender aquello que acontece en un instante. A pesar de la singularidad y especificidad de cada uno de los sujetos, todos se revelan como propuesta de un paradigma que es antiplatónico y que entona con el entendimiento de la cognición tal y como lo hacen las ciencias cognitivas actuales.

Palabras clave: conocimiento, poesía, antiplatonismo, ciencias cognitivas, acontecimiento, instante, Chantal Maillard.

Comment promouvoir la connaissance ? Cette question est une des préoccupations que Chantal Maillard soumet à notre considération dans son travail littéraire. Le premier des poèmes rassemblés sous le titre Matar a Platón envisage une exploration, à partir de plusieurs sujets, des diverses façons possibles de comprendre ce qui se produit en un instant. En dépit de la singularité et de la spécificité de chacun, tous les sujets se révèlent comme la proposition d’un paradigme anti-platonicien au diapason de la compréhension de la connaissance, tel que le font les sciences cognitives actuelles.

Mots-clés : connaissance, poésie, anti-platonisme, sciences cognitives, événement, instant, Chantal Maillard.

Literary Devices of Conveying Knowledge

In my paper I shall discuss four devices common in works of literature that facilitate our learning from it. Namely, these are simplification, exemplification, the demonstration of options and representative discussions, and internal focalisation and the generation of immersion. It is important that these devices are not exclusively literary but that they nevertheless contribute to the genuine epistemic value of literature. My underlying approach is that of analytical literary criticism which draws on the traditional understanding of knowledge as justified true belief. While outlining this approach by elaborating two exemplary positions (that of Tilmann Köppe and Oliver R. Scholz) I shall also give a general but brief account about research on the relation between literature and knowledge in Germany. My line of argument will be illustrated with examples from novels that can be considered science-in-fiction, a term coined by Carl Djerassi.

Les objets du savoir romanesque : musées et cabinets de curiosités dans Die Wahlverwandtschaften de Johann Wolfgang Goethe, Mardi d’Herman Melville et Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert

Résumé : La récurrence des descriptions romanesques de collections ou de cabinets de curiosités dans des romans contemporains des musées ne traduit pas seulement la nostalgie de Goethe, de Melville ou de Flaubert pour une episteme moderne. Elle est l’occasion de réfléchir aux limites des modes d’exposition du savoir contemporain et de désigner les risques de la spécialisation des savoirs en cours. Mais l’insertion dans le roman de ces cabinets est aussi une gageure : le roman y éprouve ses capacités à décrire et à exposer ainsi qu’à faire signe vers une réalité extérieure, pétrifiée dans chacun des objets décrits. Dans les cabinets de curiosités qui envahissent les musées romanesques des Wahlverwandtschaften, de Mardi et de Bouvard et Pécuchet, se jouent la mise en abyme de l’appréhension savante du monde ainsi que la possibilité, pour le genre romanesque, d’échapper à l’impératif mimétique aristotélicien sans renoncer toutefois à l’exigence de référentialité. Entre l’exhaustivité réaliste (même illusoire) et l’exemplarité allégorique, les trois romans étudiés élaborent plusieurs articulations possibles du texte de fiction au monde.

The “Right” Amount of Agency: Microscopic Beings vs Other Nonhuman Creatures in Contemporary Poetic Representations

This study examines contemporary poetic and literary attempts at bestowing agency and authorial power to microscopic beings and perceptible nonhuman beings. It finds that the agency of microscopic beings is starkly contrasted while that of perceptible nonhumans is bestowed in more careful terms. It first compares poems by Les Murray and Pattiann Rogers, both on perceptible nonhuman creatures and on microscopic beings, showing that poems about perceptible nonhuman creatures portray their objects’ agencies as nuanced, while poems about microscopic beings fully attribute and simultaneously fully deny agency to their objects. As for authorial power, poems about animals and trees strive to construe their objects as co-writers to a much greater extent than poems about microscopic beings. The study then examines more explicit attempts at granting authorial agency to animals and to a bacterium, by comparing Aaron Moe’s Zoopoetics and the rhetorics around Christian Bök’s Xenotext experiment which consists in inserting a sentence into the genome of a bacterium that will then issue a protein that encodes its answer to the sentence. While Moe struggles to establish the possibility of an animal poiesis, Bök holds together two opposed positions, the bacterium as mere support for a hubristic human power, and the bacterium as counter power and even writer of the poem. Moreover, it appears that the agency of microscopic beings (viral/parasitic) is drawn upon in attempts to establish the agency of other nonhuman beings. Finally, for the critic or poet setting out to describe attempts to transfer authorial power to nonhuman beings, viral/parasitic agency appears as an especially fruitful metaphor. The dichotomy at work in the literary attempts examined here may derive from the fact that the agency of microscopic beings such as viruses and parasites is often acknowledged, and largely feared by humans, while the agency of perceptible nonhuman beings (such as trees, plants, or animals) is often seen as hampered by human power and a society which has long been negating their ability to act.
Key words
Agency, Poetry (contemporary), Virus, Parasites, Bacteria in literature, Literature and the Environment, Animals in Literature.

Mots-clés
Agentivité, poésie (contemporaine), virus, parasites, bactéries dans la littérature, littérature et environnement, animaux dans la littérature.

De la formation de l’homme économique au dépassement de l’économique par l’Homme : l’Histoire de Gil Blas de Santillane et La vocation théâtrale de Wilhelm Meister

Résumé: Pour imposer son propre intérêt, l’homme économique à tendance à dévaluer les intérêts de l’autre – à le tromper – et à cette fin il recourt à des stratégies comportementales empruntées au théâtre. Je me propose, dans mon article, de regarder de plus près cette problématique et de mettre en relation la théorie de l’homo oeconomicus avec l’Histoire de Gil Blas de Santillane (1715/1735) d’Alain-René Lesage et la première version du Wilhelm Meister (1776) de Goethe afin d’élucider la logique de la constitution, dans et par la littérature romanesque, de ce sujet, ainsi que les anthropotechniques lui permettant de mettre sa compétence performative au service de sa réussite économique.

La norme et l’écart : étiologie et idéologie au XIXe siècle

Tout cela étonnera fort les gens du monde, qui, en général, ont pris le mot Mathématique pour synonyme de régulier. Toutefois, là comme ailleurs, la science est l’œuvre de l’esprit humain, qui est plutôt destiné à étudier qu’à connaître, à chercher qu’à trouver la vérité […]. En vain les analystes voudraient-ils se le dissimuler, ils ne déduisent pas, ils combinent, ils comparent ; quand ils arrivent à la vérité, c’est en heurtant de côté et d’autres qu’ils y sont tombés.1

Les mathématiques sont souvent présentées comme un langage. Qu’ils les considèrent comme provenant d’un autre monde, le monde des « idées pures »2, ou comme le « langage commode » donnant accès à l’ « harmonie interne du monde »3, de nombreux discours sur les mathématiques s’organisent autour d’une distinction entre ces dernières et le « monde », au sens de ce qui se situe hors du langage.
C’est à de tels discours de démarcations que nous consacrons cet article. Notre objectif n’est cependant pas de déconstruire ces discours du point de vue de l’histoire sociale4, ou de traiter des problèmes épistémologiques posés par des distinctions entre logique et intuition ou abstraction et expérience. Nous envisageons plutôt ces discours de démarcation en tant qu’ils forment des récits dont nous souhaitons saisir certaines modalités de construction et d’évolution.